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Sébastien Malafosse : "Nous suivons de près Gensight, DBV Technologies, et Transgene"

vendredi 23 février 2018 à 09h25
Sebastien Malafosse

(BFM Bourse) - Après une année 2017 difficile, le secteur des biotechnologies retrouve des couleurs, comme l'illustre le rebond de plus de 15% affiché par l’indice Next Biotech depuis le 1er janvier. Le point avec Sébastien Malafosse, analyste Biotech & Pharma chez Oddo BHF.

Tradingsat.com : Quel est votre sentiment sur le secteur des biotechnologies ?

Sébastien Malafosse : 2017 a correspondu à un gros passage à vide. Il y a eu plusieurs résultats d’essais cliniques décevants qui ont pris à contrepied certains espoirs de la biotechnologie française. La tendance semble à présent s’inverser. D’abord, parce que les investisseurs considèrent que les mauvaises nouvelles ont été largement intégrées dans les cours de Bourse. Ensuite parce que le marché a sans doute envie de retenter certaines histoires, comme Onxeo par exemple, qui rebondit déjà de plus de 50% cette année, ou encore Valneva, Innate Pharma, Geneuro… En ce qui nous concerne, nous suivons de près Gensight, DBV Technologies, et Transgene.

Tradingsat.com : Gensight est assez méconnue. Elle pèse environ 160 millions d’euros en Bourse, quel est son potentiel ?

Sébastien Malafosse : Gensight est spécialisée dans la thérapie génique. Elle gagne plus de 10% depuis le début de l’année mais est loin d’être valorisée à son juste niveau selon nous. C’est notre principal pari pour 2018. La société mène des essais sur un médicament expérimental visant à soigner la neuropathie de Leber, une maladie ophtalmique rare, sans traitement, qui cause la cécité chez les jeunes adultes. Les résultats d'un essai clinique de phase III sont attendus début avril. Gensight disposera d’un boulevard s’ils sont positifs. D’autant qu’il y a maintenant un précédent : la Food and Drug Administration a validé en début d’année la première thérapie génique en ophtalmologie, le Luxturna du laboratoire américain Spark Therapeutics, contre une autre forme de cécité. Le produit a obtenu un prix de vente de 850 000 dollars, ce qui en fait le traitement le plus cher du monde. C’est un argument extrêmement fort pour Gensight, qui est la mieux placée pour pouvoir faire la même chose dans une autre maladie, alors que sa valorisation en Bourse est dix fois inférieure…

Tradingsat.com : Concernant DBV Technologies, le concurrent Aimmune semble disposer d’un produit plus efficace dans le traitement de l’allergie à l’arachide.

Sébastien Malafosse : Les données indiquent que le produit d’Aimmune serait environ 40% plus efficace que celui de DBV avec 50,3% des patients de l’étude de phase III répondeurs contre 35,3%. Toutefois, les patients de DBV étaient moins allergiques, ce qui peut expliquer une efficacité inférieure et un plus grand effet de placebo. Mais surtout, Viaskin Peanut, le produit de DBV, est toujours le plus sûr. Aucun choc anaphylactique sévère n’est survenu lors de l’étude de phase III de DBV, alors qu’il y en a eu un dans l’étude d’Aimmune. D’autre part, 12% des patients de l’étude d’Aimmune ont dû stopper le traitement en cours d’étude en raison d'effets secondaires, contre seulement 1% dans l’étude de DBV. Ces écarts renvoient à des technologies très différentes. DBV fait appel à une méthode d’immunothérapie sous la forme d’un patch qui administre l’allergène sur la peau, éliminant tout risque de passage dans la circulation sanguine, alors qu’Aimmune fait appel à une solution en gélules, forcément plus risquée. Or, s’agissant d’un problème de santé public important aux Etats-Unis, qui vise en particulier les enfants, le profil de sécurité du produit est un élément clé. De plus, si les résultats de phase III mitigés publiés en octobre dernier par DBV ont pu être considérés comme un échec, ils n’ont pas du tout freiné le développement de la société. La Food and Drug Administration a confirmé que les données disponibles suffisaient au dépôt du dossier d`Autorisation de Mise sur le Marché et DBV devrait soumettre son dossier au second semestre 2018. Nous sommes peut-être à un an à peine de la commercialisation de Viaskin Peanut.

Tradingsat.com : Transgene est une biotech historique de la Bourse de Paris, mais qui a beaucoup déçu. Qu’en attendez-vous ?

Sébastien Malafosse : En quelque sorte, Transgene a admis que son approche ne pouvait constituer un traitement central du cancer, mais qu’elle pourrait en revanche potentialiser des technologies existantes. La société se positionne désormais en complément de produits immuno-oncologiques tels que les fameux inhibiteurs de points de contrôle. Le potentiel d’une combinaison de ce type de produits avec le TG4010 de Transgene est en train d’être exploré dans le cadre de différentes études en co-développement. A n’en pas douter, des résultats positifs remettraient la société sous les projecteurs et pourraient déclencher des accords de partenariat. L’on pourrait alors assister au "revival" [renouveau, ndlr] de Transgene. Une première réponse devrait tomber à très court terme avec les résultats attendus fin mars de la combinaison de TG4010 avec Opdivo de Bristol-Myers Squibb dans le cancer du poumon non à petites cellules.

Propos recueillis par François Berthon - ©2020 BFM Bourse
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