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Stéphane Furet : "Gérer la volatilité et s'éloigner des grands indices en 2016"

Stéphane FuretStéphane Furet

(Tradingsat.com) - Alors que la Bourse de Paris connaît son pire démarrage depuis l’an 2000 sur fond d’inquiétudes liées au ralentissement chinois et à la chute des matières premières, le choix des valeurs ou "stock picking" va s'avérer d’autant plus déterminant cette année, comme l’explique Stéphane Furet, directeur général de Dorval Asset Management.

Tradingsat.com : Comment analysez-vous ce début d’année difficile en Bourse ?

Stéphane Furet : Il y a un faisceau de nouvelles plutôt négatives, qui part de la Chine où l’indice ISM manufacturier mesurant l’activité manufacturière, est ressorti à 48,2 en décembre, en dessous du seuil des 50 qui sépare la croissance de la contraction. Cela fait plusieurs mois que le secteur primaire chinois tire la croissance à la baisse, ce qui se reflète aussi dans les prix des matières premières. En un an, le PMI chinois est passé de 58 à 48. Bien que plus résistant, l’indice PMI des services a déçu également, entretenant la vision pessimiste d’une poursuite de la baisse de la croissance chinoise. Ce tableau n’a pu être contrebalancé par l’ISM manufacturier américain, tombé lui aussi sous le seuil des 50. L’impact de la faiblesse des cours du pétrole commence semble-t-il à se faire sentir sur toute la filière pétrole et gaz de schiste aux Etats-Unis. L’Europe est la seule zone où les tendances d’activité sont positives.

Tradingsat.com : Les cours du pétrole peuvent-ils remonter ?

Stéphane Furet : Il faut pour cela que la production pétrolière américaine recule. Or, les stocks sont au plus haut. Des faillites d’opérateurs américains dans le pétrole de schiste sont nécessaires pour réinverser la dynamique et sortir de ce phénomène déflationniste. A 35 dollars le baril WTI coté à New York, la moitié des puits ne sont plus rentables aux Etats-Unis, il est certain que cela ne peut pas durer éternellement.

Tradingsat.com : Quel est votre scénario macroéconomique pour 2016 ?

Stéphane Furet : A ce stade, nous ne voyons pas encore trop d’inflexion. La croissance mondiale devrait quand même se situer autour des 3%, l’économie chinoise ne devrait pas s’écrouler. La consommation chinoise tient, l’activité des services continue à augmenter en proportion du PIB chinois et à se rapprocher des 50%, ce qui est tout à fait conséquent. En laissant un peu « filer » sa devise, le gouvernement chinois soutient la compétitivité des exportations chinoises. Il a aussi pris des mesures pour réduire les surcapacités dans l’acier. Tout ne va pas se faire en un jour mais c’est ce type d’initiatives que le marché appréciera pour ne pas tomber dans un scénario catastrophe sur la Chine.

Tradingsat.com : Quelle est votre stratégie de gestion dans ce contexte ?

Stéphane Furet : A très court terme, sur le fonds flexible Dorval Convictions nous avons réduit le taux d’exposition à 60%, au lieu de 80% en tout début d'année. C’est un mouvement tactique pour s’adapter au contexte macroéconomique compliqué à court terme. L’élément de soutien des marchés que peuvent constituer les publications de résultats annuels ne démarre vraiment que cette semaine. En attendant, l’Eurostoxx peut retomber sur ses points bas de septembre 3000 points, dont il n’est plus très loin. De toute façon, et ce sera la règle générale cette année, il faudra gérer les épisodes de volatilité et privilégier le « stock-picking » afin de sélectionner les valeurs offrant le meilleur potentiel, tout en restant à l’écart des grands indices qui sont constitués des gagnants du cycle précédent. Nous restons investis à 100% dans le fonds long, Dorval Manageurs.

Tradingsat.com : Dorval Manageurs est classé meilleur fonds d’actions française en 2015.

Stéphane Furet : Oui, et cela confirme la fiabilité de notre gestion puisque le fonds est également dans les dix premiers sur 5 et 10 ans. Le « process » fonctionne donc quel que soit le cycle du marché. La performance de l’année dernière tient au fait que l’on a évité les secteurs avec les plus fortes déconvenues : les « utilities », les parapétrolières, les produits de base que nous n’avions quasiment pas en portefeuille. Au contraire, nous étions fortement positionnés sur ce qui a bien fonctionné:les valeurs liées à la numérisation de l’économie ont été en particulier prisées, et c’est une thématique qui touche de nombreux pans de l’économie, y compris l’automobile. Un constructeur comme BMW va d’ailleurs intégrer les systèmes Android Auto de Google et Car Play d’Apple dans ses futurs modèles. Le maintien d’une position surpondérée sur les valeurs moyennes, dont l’activité très domestique est tournée sur le marché européen, a également contribué à la performance.

Tradingsat.com : Quels sont les secteurs et valeurs que vous privilégiez aujourd’hui ?

Stéphane Furet : Nos thématiques favorites demeurent la numérisation de l’économie, l’automobile et les valeurs qui profitent de la baisse du coût de l’énergie. Nous avons cependant repondéré les compagnies pétrolières, telle que Total en France, ou BP et ENI en Europe. Et, tout doucement, nous introduisons aussi quelques valeurs de construction dans le portefeuille. En France le secteur devrait en effet profiter des nouvelles mesures sur le PTZ et de taux d’emprunt toujours très faibles. Nous avons constitué des positions sur le fabricant de matériaux de construction Saint-Gobain, sur le spécialiste du matériel électrique Rexel. Sur Somfy également, spécialiste des volets roulants et de la domotique qui présente l’intérêt d’être au carrefour de la digitalisation et de la rénovation/construction. La société affiche des taux de croissance supérieurs à ceux de Legrand avec un écart de valorisation qui tend à se combler, que la faible liquidité du titre ne suffit pas à justifier.

Tradingsat.com : La présence de Bouygues dans le portefeuille répond-elle à la même logique ?

Stéphane Furet : Pas vraiment. Nous l’avons acheté dans le cadre de la cession attendue de Bouygues Télécom. Il s’agit davantage d’un achat de « trading », sachant que le potentiel n’est pas énorme. Le statut de holding de Bouygues ne va pas disparaître. Une grosse partie du paiement devrait en effet se faire en titres selon le schéma de rachat par Orange qui est évoqué.

Tradingsat.com : Pourquoi surpondérez-vous Renault et Faurecia dans l’automobile ?

Stéphane Furet : Ce sont les deux grandes idées du secteur : un constructeur et un équipementier. Nous pensons que les résultats seront meilleurs que les anticipations. La baisse du prix de l’énergie est extrêmement favorable aux constructeurs - et dans une moindre mesure aux équipementiers - qui peuvent dégager d’énormes économies sur les matières premières. Dans le même temps, les immatriculations se reprennent en France et en Europe avec des progressions de +7% à +8% en moyenne. Parmi les équipementiers, Faurecia est celui qui garde le plus de marge de progression en termes de rentabilité, partant de plus bas, et qui dans l’absolu est toujours le moins bien valorisé. Quant à Renault, le « pipeline » de nouveaux modèles 2016 est le plus prometteur avec le prochain renouvellement de la Mégane, leur modèle le plus vendu et le plus rentable, et d'autres nouveautés : le crossover Kadjar, le nouveau modèle haut de gamme Talisman, et la nouvelle offensive dans le segment à bas coût avec le succès de la Renault Kwid en Inde.

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