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Warren Buffett désigne enfin son successeur à l'issue d'un solide trimestre pour Berkshire

lundi 3 mai 2021 à 17h30

(BFM Bourse) - Le conglomérat dirigé par Warren Buffett a poursuivi ses rachats d'actions à un rythme, faut de cibles d'acquisition jugés suffisamment abordables par le milliardaire, dans un marché où l'essor des SPAC complique son allocation d'actifs. Mini-révolution à Omaha, l'oracle a enfin nommé son successeur, et le marché réagit bien.

Un temps farouchement opposé aux rachats d'actions (pratique qu'il jugeait réservée aux "patrons sans imagination"), Warren Buffett n'a eu d'autre choix que de s'y mettre depuis 2018, faute d'identifier suffisamment d'opportunités d'investissements dans un marché qu'il trouve quelque peu surévalué. Si le rythme a légèrement ralenti, son conglomérat Berkshire Hathaway a tout de même racheté pour 6,6 milliards de dollars de ses propres actions - soit un peu plus de 1% du capital au cours actuel. C'est moins que le record de à plus de 9 milliards au troisième trimestre 2019 mais cela reste un montant considérable qui "devrait être accueilli positivement par les investisseurs" selon Cathy Seifert, analyste de CFRA Research.

Le marché lui donne raison, les résultats trimestriels publiés vendredi après Bourse par Berskhire Hathaway étant salués d'un gain de 1,3% à...418.325 dollars. Rappelons que l'oracle d'Omaha est un partisan des actions chères qu'il considère comme une barrière à la spéculation court-termiste (même s'il est possible de miser à moindre coût). Cela constitue un sommet historique pour le titre du conglomérat qui pèse désormais près de 700 milliards de dollars, ce qui en fait le neuvième groupe mondial par sa capitalisation.

Les investisseurs réagissent aussi au solide trimestre affiché par le groupe dont le bénéfice d'exploitation a atteint 7,02 milliards au premier trimestre, en hausse de 19,6% par rapport à la même période de 2020 mais pas au niveau des trois premiers mois de 2019 (8,07 milliards). Son bénéfice net, qui reflète le portefeuille d'actions de 282,1 milliards de dollars de Berkshire (sur un montant total d'actifs sous gestion de 673,6 milliards à fin mars dernier, en hausse de 1,4% sur les trois derniers mois) s'élève à 11,7 milliards, contre une perte de 49,7 milliards un an plus tôt au plus fort de la pandémie.

La concurrence des SPAC

L'investisseur le plus célèbre des Etats-Unis a par ailleurs profité de son assemblée générale qui a duré plus de 5 heures et -pandémie oblige- s'est de nouveau tenue à distance, pour donner son avis sur l'état actuel des marchés. Avec son compère de toujours Charlie Munger (97 ans), Warren Buffett (90 ans) a répondu durant près de quatre heures aux questions des actionnaires, du Bitcoin à Heinz en passant par les compagnies aériennes, la fiscalité ou les SPAC, ces coquilles vides cotées à la mode dont il est loin d'être fan. Celles-ci, qui ont pour unique objectif d'acquérir une entreprise non coté avec les fonds levés de leur introduction (sur la seule réputation de son patron), ont déjà récolté quelque 90 milliards de dollars sur le premier trimestre, un record absolu. "Cela ne durera pas éternellement, mais c'est là que se trouve l'argent aujourd'hui" constate Warren Buffett, à qui ces nouveaux véhicules cotés mènent la vie dure.

Car si Berkshire Hathaway a bien 70 à 80 milliards de dollars à "mettre au travail" (sur un niveau quasi-record de 145,4 milliards de trésorerie à fin mars) selon les termes de son patron, ce dernier regrette ne pas être compétitif face aux SPAC "prêts à s'investir à tout prix". Car si la coquille vide cotée ne trouve pas de cible dans les deux ans après (maximum) avoir levé des fonds, ils doivent les retourner aux investisseurs, alimentant une frénésie d'achat à Wall Street depuis le dernier trimestre 2020 et complique nettement l'allocation d'actifs de Warren Buffett.

Le nonagénaire à la tête de sa société d'investissement depuis 51 ans a également tenu à mettre en garde les investisseurs à l'égard du niveau historique atteint par les marchés mondiaux qui ont effacé en à peine plus d'un an le krach de mars dernier. "L'envie de spéculer est très forte dans le monde entier et, de temps en temps, elle reçoit une énorme poussée et on en arrive à ce moment où il y a plus de gens qui entrent dans le casino que de gens qui en sortent chaque jour", a-t-il imagé. "Il (le casino, qu'il compare au marché, NDLR) se crée sa propre réalité pendant un certain temps et personne ne vous prévient lorsque l'horloge sonne minuit et que tout se transforme en citrouilles et en souris", a-t-il poursuivi, en guise d'alerte.

Warren Buffett a -enfin- choisi son successeur

Habemus papam. Alors que la question agitait Wall Street depuis maintenant de nombreuses années, les investisseurs ont enfin aperçu de la fumée blanche s'échappait des locaux du siège du groupe basé à Omaha. La prochaine tête de l'immense holding financier américain se nommera Greg Abel (57 ans), a indiqué lundi le milliardaire Warren Buffett (8e homme le plus riche du monde avec une fortune estimée à 104 milliards de dollars selon Bloomberg) à la chaîne américaine CNBC, mettant fin au suspense.

"Les dirigeants s'accordent à dire que si quelque chose devait m'arriver ce soir, Greg (Abel, NDLR) serait aux commandes demain matin", a-t-il affirmé, comme le laissait présager la tendance depuis quelques mois. L'actuel patron du groupe a ajouté qu'Ajit Jain (67 ans), dirigeant de la division assurances de Berskshire et principal concurrent de Greg Abel, prendrait la relève en cas d'incapacité de ce dernier. "Ce sont deux personnes formidables" a par ailleurs confié Warren Buffett. Canadien, Gregory Abel a rejoint l'entreprise en 1992 au sein de sa division énergie et chapeaute depuis plus de trois ans toutes les activités ne relevant pas de l'assurance. Et ce sera donc à lui qu'incombera la lourde tâche de réaliser une transition en douceur et de reprendre le flambeau du plus célèbre investisseur de Wall Street, ce qui s'annonce ardu tant les investisseurs se sont reposés sur les épaules de Warren Buffett depuis de longues décennies.

"La présence de Warren Buffett dans l'entreprise permet au titre d'évoluer en Bourse 10 à 15% au-dessus de sa valeur réelle. S'il n'est plus là, cette surcote va disparaître", estime ainsi Gregori Volokhine, gérant de portefeuille chez Meeschaert Financial Services.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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