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Victime du biais en faveur de l'ESG, le secteur pétrolier accuse une importante décote

samedi 31 juillet 2021 à 12h00
Le secteur pétrolier accuse une importante décote

(BFM Bourse) - Le directeur des investissements de Mirabaud John Plassard constate une déconnexion quasi-historique entre l’évolution du prix du baril de pétrole et la performance des valeurs du secteur. Et donc, pour le spécialiste, un fort potentiel de rattrapage.

Une décote qui ne se justifie plus ? Pénalisées par l'effondrement des cours pétroliers et le biais ESG adopté de plus en plus largement par les investisseurs des deux côtés de l'Atlantique, les valeurs du secteur sont largement délaissées depuis quelques années. De fait, si le prix de l'or noir a largement rebondi depuis son creux historique touché en mars 2020, le baril de Brent évoluant actuellement à un sommet depuis octobre 2018, les pétrolières n'ont pas suivi en Bourse, celles-ci connaissant même une sous-performance (relative) quasi-historique relève John Plassard, directeur des investissements chez Mirabaud, dans une note consacrée au sujet.

"Si les majors américaines ont "sauvé les meubles" face à la hausse effrénée du prix du baril de pétrole, les entreprises européennes ont connu une sous-performance notoire à mettre sur le compte de plusieurs facteurs spécifiques" souligne-t-il. À titre d'exemple, TotalEnergies affiche seulement 4,2% de hausse depuis le 1er janvier (contre +19,4% pour le CAC 40), quand Chevron (+21%) et surtout ExxonMobil (+41%) surperforment le S&P à ce stade en 2021.

Parmi les éléments qui justifient le rebond timoré des majors pétrolières (ExxonMobil et Chevron avaient respectivement lâché environ 40% et 30% en 2020), John Plassard met en avant une pression des investissements "ESG" -répondant à des critères évaluant la prise en compte des enjeux environnementaux, sociétaux et de bonne gouvernance de long terme dans la stratégie des entreprises- ainsi que la réduction des dividendes des énergéticiens durant la crise sanitaire, ainsi que les doutes sur la soutenabilité d’un prix du baril élevé.

Pour sa part, John Plassard table sur une évolution positive du prix de l'or noir, n'excluant pas un baril entre 80 et 100 dollars dans les prochains mois, étant donné la vive reprise de la demande, le refus persistant de l'Opep+ de rouvrir les vannes, le regain de tensions au Moyen-Orient ou encore le possible début d'un super-cycle pour les matières premières.

John Plassard note par ailleurs que le profil ESG des grands producteurs de pétrole, notamment européens, évolue rapidement. "Si plusieurs sociétés ont déjà fait évoluer leur nom (le géant norvégien Statoil est devenu Equinor tandis que Total s’appelle maintenant TotalEnergies) elles ont cependant fait bien plus, en acquérant plusieurs entreprises dans la transition énergétique et en se débarrassant simultanément d’actifs considérés comme polluants".

Conséquence directe: l'exploitation pétrolière ne représentera bientôt plus la majeure partie des revenus des majors ! D'ici à 2030, le pétrole ne devrait plus représenter que 30% des revenus chez TotalEnergies. John Plassard cite aussi l'exemple emblématique du danois Ørsted, fondé en 1973 afin d’assurer la souveraineté énergétique du pays scandinave en pétrole en gaz, et qui s'est transformé dès 1991 en construisant le premier parc éolien mondial et en convertissant ses centrales électriques au charbon vers la biomasse. Entre 2009 et 2019, Ørsted est ainsi passé de 15% à 85% de production d’énergies renouvelables, et le groupe pourrait atteindre un bilan zéro carbone... dans moins de quatre ans. D'autres géants pétroliers, l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell et le britannique BP en tête, ont également engagé de vastes plans d'investissements en vue de développer rapidement leur capacité de production d'énergies renouvelables.

Si la mode n'a pas pris tout de suite outre-Atlantique -ExxonMobil ayant repoussé les assauts des militants pour l'environnement pendant près de 20 ans avant de céder en mars dernier face à un petit fonds activiste à qui il a dû céder 3 sièges à son conseil d'administration- les majors états-uniens mettent désormais les bouchées doubles.

Les deux leaders du marché ont ainsi mis l'accent sur leurs initiatives dans les renouvelables à l'occasion de la présentation de leurs résultats trimestriels ce vendredi. Chevron a par exemple annoncé avoir commencé à produire du biocarburant dans sa raffinerie d'El Segundo en Californie et a installé dans ce même Etat sa première station de gaz naturel comprimé. ExxonMobil continue pour sa part de miser sur les techniques de capture et stockage du carbone, et a signé dans ce cadre des accords en juillet pour participer à un projet en Ecosse et pour explorer le développement d'infrastructures en Normandie.

John Plassard estime par ailleurs que les producteurs européens devraient réduire l'écart de dividendes avec leurs homologues états-uniens cette année. "Royal Dutch Shell par exemple a annoncé son intention de renforcer son retour à l'actionnaire en augmentant ses dividendes et/ou en rachetant ses propres actions", vu la hausse plus rapide et prononcée que prévu des cours pétroliers et gaziers.

Dernier élément qui plaide selon l'expert en faveur d'un investissement dans une société du secteur: celles-ci souffrent actuellement d'une "sous-valorisation évidente".

"Aux États-Unis (alors que la performance des entreprises du secteur de l’énergie a été très positive en relatif par rapport aux valeurs du secteur européen), le compartiment se négocie aujourd'hui à un rendement d'environ 10% pour les flux de trésorerie disponible (ce ratio est obtenu en divisant le flux de trésorerie disponible par la capitalisation boursière, NDLR) et de 8% pour les flux de trésorerie disponible sur la valeur d'entreprise (capitalisation +/- les dettes), (...) Si l'on se fie à l'histoire récente, on constate que les valeurs américaines du secteur se négocient actuellement comme si les investisseurs s'attendaient à un effondrement des prix du pétrole dans un avenir proche" calcule John Plassard.

"Que cela soit en Europe, mais aussi aux États-Unis. Il y a donc un fort potentiel de rattrapage qui pourrait se matérialiser par un short squeeze massif en cas de poursuite de la hausse du prix du baril de pétrole" conclut-il, données de JP Morgan montrant que les sociétés du secteur sont parmi les plus shortées du marché à l'appui.

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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