Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Pherecydes Pharma entre en Bourse pour réhabiliter les virus tueurs de bactéries

mercredi 6 janvier 2021 à 17h23
Schéma de l'action d'un virus bactériophage sur une infection bactérienne

(BFM Bourse) - Après plus de 13 années de recherche & développement, la société française de biotechnologies arrive sur Euronext Growth. Face au développement préoccupant de bactéries résistantes aux antibiotiques, Pherecydes fait partie des rares entreprises au monde développant des phagothérapies en stade clinique.

Jamais on n'aura autant évoqué un virus qu'au cours de l'année écoulée, où le SARS-CoV-2, issu de la vaste famille des coronavirus, a entraîné la première pandémie mondiale depuis le VIH. Mais il s'agit d'un cas exceptionnel. Parmi l'immensité des virus existants, beaucoup n'affectent nullement les humains. Tout simplement car pour se reproduire, ils n'utilisent pas les cellules eucaryotes (contenant un noyau) telles que les cellules fonctionnelles de notre organisme. C'est le cas des virus bactériophages : pour se dupliquer, ces derniers détournent à leur profit la machinerie cellulaire des bactéries (organismes unicellulaires, ou procaryotes). Ce piratage aboutit éventuellement à la destruction des bactéries, offrant par là-même à la médecine de nouvelles possibilités face aux infections microbiennes. Une réponse potentielle à un problème de santé publique majeur : l'émergence de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques après plusieurs décennies d'utilisation massive des mêmes agents - sachant qu'aucune nouvelle catégorie d'antibiotique n’a été mise sur le marché depuis 1982, et aucune contre les bactéries gram-négatifs, les plus redoutables, depuis 1962 !

Historiquement, les virus bactériophages -ou tout simplement phages- ont d'ailleurs permis les premiers traitements antibactériens spécifiques, au début du XXe siècle. Jusqu'à la mise au point des antibiotiques tels que la pénicilline en 1928 et les sulfamides dans les années 1930. Molécules chimiques, infiniment plus faciles à produire, et d'une grande efficacité étant donné leur action simultanée sur un grand éventail de bactéries (quand les phages agissent de façon bien spécifique) les antibiotiques ont fait faire à la médecine un bond en avant... Même si leur action à large spectre est autant une force qu'une faiblesse à terme, ils ont logiquement éclipsé les virus bactéricides d'emploi beaucoup plus délicat. Quelques institutions principalement en Europe de l'est ont toutefois perpétué la phagothérapie. Régulièrement, certains patients atteints d'infections chroniques à bout de solutions revenus de Géorgie ou de Russie témoignent de guérisons spectaculaires. Inversement, les institutions occidentales sont restées réticentes jusqu'à une date très récente - non sans raisons.

En effet, le recours aux phages n'est aucunement remède miraculeux, il ne faut pas imaginer un sympathique virus détruisant toutes les vilaines bactéries comme un Pac-Man avale les fantômes de son labyrinthe (ne serait-ce qu'en termes d'échelle, la comparaison serait plutôt celle d'un moustique piquant un mammifère). Présents aussi bien sur terre que dans l'eau, les phages constituent sans doute l'une des espèces biologiques la plus répandue sur la planète, avec une diversité pléthorique. Chaque type ne va cibler qu’une espèce bactérienne en particulier, et au sein de cette espèce, uniquement quelques souches. Il faut donc préalablement identifier avec précision, pour chaque patient, la souche à l'origine de son infection, et trouver un phage agissant dessus, ce qui est loin d'être toujours possible, et confectionner une préparation qui soit efficace et sans danger. Une approche forcément individualisée, qui implique un coût important.

Certains phages (phages lytiques) lorsqu'ils infectent la bactérie et détruisent sa cellule en libérant des dizaines ou des centaines de clones lesquels poursuivent le processus jusqu'à élimination de toute la colonie bactérienne concernée : mais ce n'est pas toujours le cas. D'autres, les phages lysogènes (également appelés tempérés) insèrent leur ADN dans la cellule de la bactérie sans la détruire... Et peuvent rendre pathogène une bactérie inoffensive en modifiant son génome. Ainsi, c'est le virus CTX qui rend le bacille Vibrio cholerae capable de produire une toxine provoquant les diarrhées mortelles du choléra !

Enfin, au-delà du risque d'effets secondaires, qui ne peut être exclu, comme pour tout traitement biologique les exigences pharmaceutiques en termes de purification (pour ne pas injecter d'autres ingrédients) et de fabrication sont aujourd'hui extrêmement élevées, nécessitant des technologies de production de plus en plus élaborées.

Depuis plusieurs années, la phagothérapie suscite un intérêt croissant de la communauté scientifique, principalement en réaction à l'émergence de bactéries antibio-résistantes, voire multirésistantes (résistantes à plusieurs antibiotiques) ou même toto-résistantes (à tous les antibiotiques disponibles). Toutefois la pratique n'en est qu'à ses balbutiements et à ce jour seule une petite dizaine d'entreprises -dont une seule est encore cotée, Armata Pharmaceuticals au Nasdaq- travaillent sur la phagothérapie en santé humaine. La plupart démarrent à peine ou s'apprêtent à démarrer des essais cliniques.

Parmi ces quelques pionniers, le français Pherecydes occupe une place de choix. Fondé en 2006, la société qui partage ses activités entre Nantes et Romainville (en banlieue parisienne) a investi près de 23 millions d'euros depuis sa création afin de mettre au point des traitements antibactériens basés sur les phages, grâce au soutien d'investisseurs spécialisés tels que ACE Management (Tikehau), Omnes Capital, Elaia, la famille Besançon (héritière d'un des grands labos tricolores et investisseur de premier plan dans nombre de biotech françaises) et à des aides de la Commission européenne, Nantes Métropole, la DGA et Bpifrance.

L’approche innovante de Pherecydes -appelée phagothérapie de précision- permet de passer au crible et caractériser de grandes quantités de phages pour n’en sélectionner que les plus performants sur des souches bactériennes d’intérêt. Les phages les plus efficaces sont ensuite isolés, caractérisés, testés puis produits dans des conditions contrôlées.

L'entreprise dirigée par Guy-Charles Fanneau de la Horie (ancien cadre dirigeant chez Biogen, qui a aussi dirigé Néovacs entre 2006 et 2013 et piloté son introduction en bourse) a choisi de s'attaquer en premier lieu à trois bactéries, considérées par l’OMS comme les plus dangereuses et notamment responsables d’infections nosocomiales gravissimes : Staphylococcus aureus (le staphylocoque doré), Pseudomonas aeruginosa et Escherichia coli (E. coli). Responsables à elles seules de plus des deux tiers des infections nosocomiales résistantes, elles représentent un coût de pour le système sanitaire estimé à 5 milliards de dollars à l'échelle de l'Europe et des Etats-Unis. Mais l'approche de la phagothérapie de précision peut être envisagée pour pratiquement toutes les bactéries.

Surtout, profitant d'un début d'ouverture de l'ANSM, Pherecydes a pu valider sa technologie via des résultats très encourageants obtenus à l’occasion de traitements compassionnels réalisés dans le cadre d'autorisations temporaire d'utilisation (réservés à des patients en impasse thérapeutique). À ce jour, 22 patients ont reçu des traitements anti-infectieux avec les bactériophages de Pherecydes, sous la supervision attentive de l'agence, dans sept hôpitaux en France.

Les résultats ainsi recueillis, combinés à une capacité de production aux standards GMP/BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication), permettent d’envisager de débuter en 2021 un programme dense d'essais cliniques -en vue d'obtenir des autorisations définitives de mise sur le marché- tout en poursuivant en parallèle la mise à disposition à des patients en ATU.

Le groupe ambitionne ainsi d'être une des premières biotechs à enregistrer un médicament dans cette nouvelle classe thérapeutique pour les indications visées.

Pour soutenir ses ambitions, Pherecydes Pharma frappe donc à la porte du marché parisien. Le groupe a donné mardi le coup d'envoi de son projet d'introduction sur Euronext Growth. En vue de cette opération, l'entreprise a publié son document d'information, dont la lecture approfondie est évidemment fortement conseillée aux personnes qui envisageraient de participer à l'introduction, en attendant l'annonce des modalités financières proprement dites.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+318.20 % vs +34.82 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat