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Novartis parie 10 milliards de dollars sur un traitement prometteur du cholestérol

lundi 25 novembre 2019 à 17h10
Le rachat de Medicines Co. par Novartis salué

(BFM Bourse) - Le géant suisse a conclu un accord en vue de racheter la biotech américaine Medicines Co. pour 9,7 milliards de dollars, mettant la main sur l'inclisiran, une molécule qui pourrait être prochainement homologuée pour lutter contre l'excès de cholestérol chez les patients jusqu'ici difficiles à traiter. Par ricochet, l'opération alimente le rebond d'une biotech française mal en point, Abionyx (ex-Cerenis).

Confirmant les rumeurs qui se faisaient de plus en plus insistantes, le groupe pharmaceutique helvète Novartis a officialisé lundi son projet de rachat de The Medicines Company, dévoilant un projet d'OPA amicale à 85 dollars par action qui valorise la biotech américaine 9,7 milliards de dollars.

Un prix colossal si l'on considère que Medicines Co. ne réalise aucun chiffre d'affaires, ayant vendu en 2018 son portefeuille de produits commercialisés pour se concentrer sur un projet phare, celui de la molécule inclisiran. Mais cette dernière recèle aux yeux de Novartis un potentiel de blockbuster (un médicament réalisant au moins un milliard de dollars de revenus à l'année), étant donné un mécanisme d'action susceptible de bouleverser le traitement des patients à risque chez qui les médicaments actuels contre le cholestérol ne produisent pas d'effets.

L'annonce du rachat intervient quelques jours après la finalisation de l'ambitieux programme clinique mené par Medecines Co. comprenant trois études de phase 3, portant sur 3700 patients au total. Selon les données d'ORION-9 et ORION-10, dévoilées la semaine dernière par la firme du New Jersey, l'administration d'inclisiran a permis de diminuer significativement, de plus de moitié, le taux de "mauvais" cholestérol (LDL) chez des patients atteints d'hypercholestérolémie familiale ou d'athérosclérose. Ceci avec un mécanisme d'action totalement inédit, fondé sur l'utilisation des petits ARN interférents (pARNi). Il s'agit non pas d'une pilule quotidienne -la norme aujourd'hui avec les statines, avec l'inconvénient d'un taux d'adhésion très médiocre- mais d'un produit à injecter deux fois par an, n'interférant pas avec le protocole habituel puisqu'il améliore la capacité même du foie à retirer les molécules de cholestérol de la circulation sanguine.

Principale cause de décès dans le monde

Malgré les progrès thérapeutiques, les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de décès dans le monde (plus de 18 millions de morts par an, 85% provoqués par une maladie coronarienne ou à un accident vasculaire cérébral). L'excès de cholestérol LDL est à la fois la principale cause d'athérosclérose et le facteur de risque de maladie cardiovasculaire sur lequel il est le plus facile d'agir (la réduction du LDL est pratiquement proportionnelle à la réduction du risque de troubles cardiovasculaires).

Aujourd'hui, environ 100 millions de personnes dans le monde reçoivent des traitements hypolipidémiants, principalement des statines, qui ont une efficacité réelle mais présentent des limitations bien connues des praticiens, en particulier pour le traitement des patients à risque élevé, ceux présentant une maladie coronarienne préexistante, une hypercholestérolémie familiale et/ou un diabète, qui présentent un risque plus élevé et qui nécessitent une prise en charge la plus intensive. De plus, certains patients ne tolèrent pas les doses élevées de statines. Enfin, au-delà de quelques mois, la prise des traitements devient souvent aléatoire, ce qui diminue l'effet thérapeutique.

Avec son Lescol (fluvastatine, aujourd'hui largement génériqué), le groupe bâlois avait lui aussi profité de l'essor des statines dans les années 1990-2000, dans le sillage d'autres molécules comme le célèbre Lipitor de Pfizer (appelé Tahor en France) - à l'époque le médicament le plus vendu au monde.

Demande de mise sur le marché dès fin 2019

Le directeur général de Novartis, Vas Narasimhan, s'est dit ravi de la signature de l'accord "car inclisiran est un médicament potentiellement transformationnel qui réinvente le traitement des maladies cardiaques d'origine athéroscléreuse et de l’hypercholestérolémie familiale. Avec des dizaines de millions de patients à haut risque d'événements cardiovasculaires liés à un taux élevé de LDL, nous croyons qu'inclisiran pourrait contribuer de manière significative à l'amélioration des résultats pour les patients et aider les systèmes de soins de santé à s'attaquer à la principale cause de décès dans le monde. La perspective d'apporter inclisiran aux patients s’inscrit également dans notre stratégie globale visant à transformer Novartis en une société de médicaments de spécialité et ajoute [à notre portefeuille] un traitement expérimental susceptible de devenir un moteur important de la croissance à moyen et long terme".

The Medicines Company mise sur un dépôt de la demande de mise sur le marché dès la fin 2019 aux Etats-Unis (et donc une mise sur le marché potentielle quelques mois après) et au cours du premier trimestre 2020 en Europe.

Lundi, le cours de Medicines Co. grimpait de 22,48 % à 83,96 dollars, s'alignant au portage près sur le prix de l'OPA annoncée. L'opération était également appréciée du côté de Novartis avec un gain de 1,05% à 90,73 francs suisses.

De façon moins intuitive, le rachat profite également à Abionyx, le nouveau nom de la biotech française Cerenis. La société développait un autre produit visant à réduire le taux de cholestérol LDL, lequel avait toutefois échoué à démontrer une efficacité significative dès la phase 2. Déjà dynamisée indirectement par les rumeurs d'un intérêt de Novartis pour Medicines Co. la semaine dernière, l'action gagnait encore 3% à 0,393 euro lundi.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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