(BFM Bourse) - Le cours de BP recule de plus de 6% à Londres lundi, alors que le groupe pétrolier britannique a annoncé, après plus de trente ans de présence se retirer de Russie à cause de l'invasion de l'Ukraine. Une décision radicale qui pourrait lui coûter 25 milliards de dollars, et qui accroît la pression sur d'autres producteurs de faire de même.
Un "changement fondamental". Pour les administrateurs de BP, l'attaque russe en Ukraine change totalement la donne vis-à-vis de son implication dans Rosneft, l'un des principaux producteurs russe de pétrole - et principal fournisseur de carburant auprès de l'armée russe. Mis sous pression au cours du week-end, tant par l'opposition travailliste que par le gouvernement conservateur, le géant britannique du secteur a rapidement tranché en annonçant dimanche qu'il se retirerait du capital de Rosneft, dont il détient 19,75% du capital depuis 2013.
"L'attaque de la Russie contre l'Ukraine est un acte d'agression qui a des conséquences tragiques dans toute la région. BP opère en Russie depuis plus de 30 ans, travaillant avec de brillants collègues russes. Cependant, cette action militaire représente un changement fondamental. Cela a conduit le conseil d'administration de BP à conclure, après un processus approfondi, que notre implication avec Rosneft, une entreprise détenue par l'Etat [russe], ne peut tout simplement pas continuer. Nous ne pouvons plus permettre que des représentants de BP siègent au conseil d'administration de Rosneft. La participation de Rosneft n'est plus alignée sur les activités et la stratégie de BP et c'est maintenant la décision du conseil d'administration de se retirer de la participation de BP dans Rosneft. Le conseil d'administration de BP estime que ces décisions sont dans le meilleur intérêt à long terme de tous nos actionnaires", a déclaré le président du géant britannique Helge Lund.
"Comme tant d'autres, j'ai été profondément choqué et attristé par la situation qui se déroule en Ukraine et je suis de tout cœur avec toutes les personnes touchées. Cela nous a amenés à repenser fondamentalement la position de BP vis-à-vis de Rosneft. Je suis convaincu que les décisions que nous avons prises en tant que conseil d'administration ne sont pas seulement la bonne chose à faire, mais sont également dans l'intérêt à long terme de BP. Notre priorité immédiate est de prendre soin de nos formidables habitants de la région et nous ferons tout notre possible pour les soutenir. Nous examinons également comment BP peut soutenir l'effort humanitaire plus large", a ajouté le directeur général, Bernard Looney. Ce dernier ainsi que Bob Dudley, les deux administrateurs de Rosneft nommés par le britannique, ont démissionné avec effet immédiat du conseil du groupe russe.
Dans l'immédiat, BP s'inflige une lourde charge financière, en s'apprêtant à provisionner la différence entre le juste prix actuel de sa participation et le montant enregistré à son bilan, soit environ 14 milliards d'euros, plus une charge d'environ 11 milliards de dollars sur des pertes de changes jusqu'ici présentes au bilan mais non au compte de résultat. Soit au total des charges qui pourraient atteindre 25 milliards de dollars, certes sans décaissement de trésorerie.
En outre, la quote-part des bénéfices de Rosneft, de sa production et ses réserves ne seront plus consolidés dans les comptes mais présentées sur un segment distinct des résultats jusqu'à la cession effective.
Dans ce contexte, le cours de BP recule de 6,57% à 353,65 pence lundi matin sur le London Stock Exchange, ne profitant aucunement de l'envolée des cours du brut à plus de 99 dollars (+5,2%) pour le baril de Brent.
Mais le choix radical de BP créé un précédent et accroît la pression sur d'autres acteurs, en particulier TotalEnergies. Le cours du groupe français, historiquement lui aussi présent en Russie, recule de 6,65% à 45,02 euros au même moment. En direct et via sa participation de 18,9% dans PAO Novatek, la Russie représente notamment la plus grosse part de la production de gaz naturel de TotalEnergies. L'ensemble de sa production en Russie (gaz et liquides, le tout traduit en millions de barils équivalent pétrole) représente environ 10% de sa production totale.