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Le pseudo fleuron allemand des paiements Wirecard est désormais en faillite

jeudi 25 juin 2020 à 11h39

(BFM Bourse) - Après avoir réussi à berner les investisseurs pendant des années, avec le soutien actif d'une partie de la place financière allemande, Wirecard n'a d'autre choix aujourd'hui que de se déclarer en faillite. La semaine dernière, le cabinet d'audit EY avait refusé de certifier les comptes après avoir découvert un trou de près de 2 milliards d'euros dans la trésorerie du groupe.

Une épitaphe lapidaire pour un scandale financier qui n'a sans doute pas fini d'éclabousser la place de Francfort. Le groupe Wirecard, membre depuis 2018 de l'indice phare de la Bourse allemande Dax, a jeté l'éponge jeudi via un communiqué long de deux phrases. Une semaine après avoir reconnu ne pas être en mesure de publier ses comptes annuels après un audit d'EY ayant révélé le caractère fictif de l'essentiel de la trésorerie, avec un trou de près de 2 milliards d'euros.

"Le comité de direction de Wirecard AG a décidé aujourd'hui de déposer une demande d'ouverture d'une procédure de faillite auprès de la cour de district compétente de Munich (Amtsgericht München) étant donné l'imminence de la faillite et le sur-endettement", indique ce communiqué (traduit par nous). Le dépôt de demandes de mise en faillite pour ses filiales est également à l'étude, est-il précisé.

Le scandale Wirecard a déjà conduit à la démission de Markus Braun, principal artisan du développement de la firme, spécialisée au départ sur le traitement des transactions pour des sites de paris en ligne ou de pornographie. L'homme d'affaires autrichien avait pris en 2002 les rênes de la société qu'il avait fusionnée avec un concurrent, Electronic Business Systems, et introduite en Bourse en 2005 via le rachat d'une société holding déjà cotée. Markus Braun est désormais soupçonné par la justice allemande d'avoir maquillé le bilan du groupe.

Mais les retombées de l'affaire risquent de ne pas s'arrêter là, étant donné le singulier lobbying en faveur de Wirecard au sein de la place financière allemande, et en dehors, qui a permis à la firme de lever des sommes considérables sur le marché obligataire.

Alertée à plusieurs reprises sur de possibles malversations comptables, l'Autorité fédérale de supervision financière (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, ou BaFin) avait décidé d'enquêter... sur de possibles manipulations de cours de la part des fonds spéculatif pariant à la baisse sur le titre, sans s'arrêter aux soupçons qui pesaient sur Wirecard. Felix Hufeld, son président, a dû reconnaître cette semaine que la BaFin n'avait pas été à la hauteur de sa mission. Il doit être désormais entendu par la commission des finances du Bundestag, le 1er juillet.

Les irrégularités du bilan de Wirecard et sa politique d'acquisitions douteuses avaient aussi échappé à la plupart des analystes (en mars dernier, trois seulement étaient à la vente, dont celui de Mirabaud qui estimait franchement à zéro la juste valeur du titre) ainsi qu'aux agences de notation.

Fin août 2019, Moody's avait attribué à la dette de Wirecard la note "Baa3", qui correspond à une catégorie "Investment Grade" (peu risqué, par opposition à des titres de dette spéculatifs), permettant au groupe de lever pour 500 millions d'euros sur le marché obligataire en septembre. Ces obligations risquent de perdre toute valeur avec la faillite de l'entreprise, ceci avant même qu'un seul coupon ait été versé puisque la première échéance des intérêts était prévue en septembre 2020. Dans ce cas de figure, les investisseurs n'auront pas revu le moindre centime de leur mise de départ, un cas relativement exceptionnel.

Exceptionnelle par l'importance démesurée qu'avait pris Wirecard en Bourse (jusqu'à dépasser la Deutsche Bank en termes de capitalisation au moment de son inclusion dans l'indice Dax), l'affaire n'est toutefois que la dernière en date d'une série de scandales ayant éclaboussé la place allemande.

Malgré la réputation d'orthodoxie allemande, Wirecard n'est pas la première société de l'indice phare allemand à faire faillite. Dans les années 1990, Metallgesellschaft avait pratiquement sombré après des des prises de positions malvenues sur le marché à terme du pétrole ayant entraîné des pertes colossales. Héritier de l'un des plus grands conglomérats industriels du pays, le groupe disposait cependant d'actifs qui lui avaient permis de repartir, avant de fusionner avec GEA. Plus récemment, les scandales Göttingen (2007), Prokon ou Dresdner Infinus (en 2014) et P&R Containers (2018) ont aussi défrayé la chronique outre-Rhin. Avec à chaque fois, des appels à davantage de contrôle et de surveillance...

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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