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Des investisseurs de «120 pays» pour Dangote Petroleum, Jio deuxième société cotée la plus valorisée d'Inde…Pourquoi les méga-introductions en Bourse des pays émergents attirent-elles autant?

Aujourd'hui à 12:00
Aliko Dangote, milliardaire nigérian et homme le plus riche d'Afrique

(BFM Bourse) - De Lagos à Bombay, deux introductions en Bourse hors normes illustrent l’appétit des investisseurs pour les grandes entreprises des économies émergentes. Au Nigeria, la raffinerie du milliardaire Aliko Dangote affirme avoir attiré des souscripteurs de 120 pays, tandis qu’en Inde, le géant des télécommunications et du numérique Jio Platforms a vu son action bondir dès sa première séance.

Présentée comme la plus importante opération jamais réalisée sur les marchés de capitaux africains, l’offre de Dangote Petroleum Refinery a été clôturée mardi, au terme de six semaines. Initialement prévue pour s’achever le 13 octobre, elle avait été prolongée de deux semaines afin de permettre à davantage d’investisseurs africains d’y participer.

Selon la société, des souscripteurs issus des 54 pays du continent et de cinq autres continents ont pris part à l’opération. Aliko Dangote, homme le plus riche d’Afrique, estime que la demande a représenté "plus de trois ou quatre fois" les 1,6 milliard de dollars initialement recherchés.

"C’est une réalisation historique pour l’Afrique. Elle montre ce qui est possible lorsque nous croyons en notre continent, que nous travaillons ensemble et que nous investissons dans notre avenir commun », a déclaré le milliardaire nigérian de 69 ans, également présent dans le ciment, le sucre et les engrais.

Une action au prix d'une boisson gazeuse

Pour l'introduction en Bourse de sa raffinerie Dangote Petroleum, le milliardaire avait proposé des actions à portée de toutes les bourses au prix de 0,4 dollar l'unité, à peu près le prix d'un Coca ou d'un Pepsi à Lagos, Nairobi ou Kinshasa.

Les fonds levés doivent servir à doubler la capacité de la raffinerie nigériane d'une capacité actuelle de 700.000 barils par jour - déjà la plus grande du continent -, afin d'en faire la plus grande au monde.

Des investisseurs provenant des 54 pays africains et de cinq autres continents ont participé à l'offre, précise Dangote Refinery dans un communiqué.

"Les demandes d'investisseurs provenant de 120 pays démontrent l'intérêt international extraordinaire pour notre entreprise et la confiance que les investisseurs placent dans l'avenir de cette raffinerie", a ajouté Aliko Dangote, dont la fortune est estimée à plus de 35,7 milliards de dollars.

En septembre, le groupe Dangote a également lancé les travaux d'une raffinerie de 16 milliards de dollars prévue sur l'île de Lamu, au Kenya, avec une capacité projetée de 700.000 barils par jour, dans l'objectif d'étendre sa présence dans d'autres pays africains. Le projet devrait être achevé dans un délai de 30 à 40 mois.

Selon un rapport de l'Africa Finance Corporation (AFC) publié en avril, l'Afrique importe actuellement plus de 70% de ses produits pétroliers raffinés.

"Des technologies capables de transformer la vie des Indiens",

En Inde, l’entrée en Bourse de Jio Platforms a également suscité un engouement massif. Cette cotation, l'une des plus attendues de l'année, avait suscité une forte demande la semaine dernière, les investisseurs ayant présenté 22 fois plus de demandes que le nombre de titres proposés.

Mercredi, l’action de la société a clôturé sa première journée de cotation à la Bourse de l’Inde à 1.417,5 roupies, contre un prix d’introduction de 1.119 roupies, soit une progression de plus de 27%. La progression de l'action a porté la valorisation de Jio à environ 137 milliards de dollars, faisant de l’entreprise la deuxième société cotée la plus valorisée du pays, derrière sa maison mère Reliance Industries.

Lancé il y a une décennie, le service mobile de Jio a bouleversé le marché grâce à des rabais agressifs lui permettant de conquérir rapidement des clients aux dépens de ses rivaux Bharti Airtel et Vodafone.

Avec plus de 530 millions d'abonnés, l'entreprise tire aujourd'hui l'essentiel de ses revenus des télécoms, mais elle s'est développée ces dernières années dans les services numériques et l'intelligence artificielle.

L’entreprise tire encore l’essentiel de ses revenus des télécommunications, mais elle investit désormais dans l’intelligence artificielle, le cloud, les appareils connectés et les communications par satellite.

"Au cours de nos dix premières années d’existence, nous avons démocratisé l’accès aux données. Pour les dix prochaines, notre objectif est de démocratiser toutes les technologies capables de transformer la vie des Indiens", a déclaré Akash Ambani, directeur général de Jio Platforms et fils aîné de Mukesh Ambani, lors de la cérémonie de cotation à Bombay.

Selon des analystes de Nomura, Jio devrait désormais chercher moins à conquérir de nouveaux abonnés qu’à augmenter les revenus générés par chacun de ses clients.

"Nous estimons que le cycle d'investissements massifs dans la 5G est désormais largement derrière Jio, ce qui devrait dégager d'importants flux de trésorerie", ont-ils affirmé.

Des experts estiment que Jio est au coeur de la stratégie de Reliance visant à dépasser le secteur pétrolier et qu'il soutient ses ambitions technologiques futures.

La presse locale a rapporté que le groupe envisageait une constellation de satellites en orbite basse pour fournir des services Internet depuis l'espace, un projet qui le placerait en concurrence avec Starlink, la société du magnat américain de la tech, Elon Musk, qui tente depuis des années de se lancer en Inde.

Elon Musk a accusé plus tôt dans le mois des "oligarques" indiens non identifiés d'empêcher le déploiement de Starlink dans le pays, et qualifié le président de Reliance de "Premier ministre Ambani" et de "véritable patron de l'Inde".

Reliance a répliqué en soulignant qu'il n'avait jamais "craint la concurrence" et qu'il accueillait favorablement les offres des rivaux dans les communications par satellite, y compris Starlink.

Si Jio s'est diversifié au-delà des télécommunications, plusieurs experts mettent toutefois en garde les investisseurs, estimant qu'il faudra du temps avant que ces nouveaux investissements ne permettent à l'entreprise d'en récolter les fruits.

La monétisation de ses nouveaux services numériques "reste encore à démontrer à grande échelle", ont souligné plus tôt ce mois-ci des analystes de la société de services financiers Emkay Global, qualifiant l'entreprise de "moteur numérique de l'Inde".

(Avec AFP)

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