(BFM Bourse) - L'éditeur allemand de logiciels professionnels a livré une croissance supérieure aux attentes, redorant quelque peu un blason boursier terni par les craintes d'obsolescence causée par l'IA.
La chute s'est avérée vertigineuse pour SAP. Il y a un peu plus d'un an, l'éditeur allemand de logiciels professionnels devenait la première capitalisation boursière européenne.
Une consécration pour la société basée à Walldorf qui a su négocier le virage vers l'informatique dématérialisée ("cloud") et l'intelligence artificielle. En 2024, le groupe d'outre-Rhin avait d'ailleurs annoncé une vaste réorganisation pour se concentrer sur l'essor de l'IA.
"SAP s'est imposé comme le seul proxy de l'exposition à l'IA" en Europe, expliquait l'an passé le bureau d'études indépendant Alphavalue.
Depuis tout a changé. SAP ne figure même plus dans le top 10 européen. Son cours de Bourse a chuté de plus de 47% par rapport à ses plus hauts atteints en février 2025.
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Craintes autour de l'IA
La société a lourdement échaudé le marché le 29 janvier dernier, en publiant des résultats et des prévisions décevantes dans le cloud. L'action avait alors plongé de 16% sur une seule séance. UBS évoquait "une punition violente et inhabituelle".
Surtout, SAP a été pris dans la tempête des craintes liées à l'IA. Depuis le début de l'année, les éditeurs de logiciels souffrent en Europe et à Wall Street (où même Microsoft boit la tasse), car les investisseurs redoutent que le secteur soit disloqué par des outils conçus par des start-up innovantes comme Anthropic.
La société assure que l'IA constitue une opportunité et non une menace pour elle. Les analystes, eux, relativisent grandement.
"L'argument selon lequel les nouveaux entrants ou concurrents peuvent tirer parti de l'IA pour développer un code que les acteurs historiques ont mis des décennies à concevoir suppose l'absence d'autres barrières à l'entrée. Or, nous constatons des barrières importantes pour la plupart des entreprises que nous suivons, notamment SAP, mais aussi Amadeus", expliquait en janvier Barclays.
Toutefois, la perception de marché est difficile à changer et il est ainsi compliqué de se défaire de l'étiquette de "perdant de l'IA".
"Il faudra peut-être du temps avant que les inquiétudes des investisseurs concernant les risques liés à l'IA ne s'estompent", jugeait UBS en janvier.
Jeudi encore, les résultats décevants de deux groupes américains (IBM et Servicenow) ont provoqué un nouveau vent de panique sur la tech et les logiciels, le marché y voyant le signe que les craintes autour de l'IA pouvaient se justifier. À Paris, Capgemini a perdu 5,7% tandis que SAP a encore chuté de 6,1%.
Bond à Francfort
Le groupe allemand parvient toutefois à reprendre de l'allant après la publication de ses résultats du premier trimestre, publiés ce vendredi 24 avril.
L'action SAP regagne ainsi 6% vers 15h à Francfort après que le groupe a fait état de ses comptes. "Les résultats du premier trimestre de SAP ont été un soulagement bienvenu après des publications plutôt décevantes de ses concurrents ces derniers jours", écrit Deutsche Bank.
De janvier à fin mars, la société allemande a généré des revenus de 9,56 milliards d'euros en croissance de 12% en données comparables.
L'indicateur le plus scruté par les investisseurs restent toutefois le "CCB"' ("current cloud backlog"), c'est-à-dire les revenus dans le cloud que la société s'attend à connaître au cours des 12 prochains mois. Il s'agit, en quelque sorte, du carnet de commandes de la société dans le cloud.
Sur la période, le "CCB" a augmenté de 25% hors effets de changes à 21,93 milliards d'euros, dépassant le consensus (la prévision moyenne des analystes), qui anticipait une croissance de seulement 24%.
"C’est clairement encourageant et cela témoigne d’une demande soutenue et dynamique pour les solutions SAP", apprécie Deutsche Bank.
"La croissance du chiffre d’affaires du cloud (+27% à taux de change constant), et en particulier celle de la suite ERP cloud (les logiciels de planifications de ressources comme la comptabilité, les RH, les achats, la chaîne logistique, NDLR), de 30% à taux de change constant, est restée soutenue, tandis que les marges brutes du cloud ont continué de progresser légèrement", constate encore la banque allemande.
La rentabilité de la société a également dépassé les attentes, le résultat opérationnel non-IFRS atteignant 2,87 milliards d'euros, en hausse de 24% hors effets de changes sur un an et supérieure de 6% au consensus. Le bénéfice net a progressé de 19% à 2 milliards d'euros.
À l'issue de ce trimestre, SAP a confirmé ses perspectives pour 2026, avec notamment des revenus tirés du cloud compris entre 25,8 milliards d'euros et 26,2 milliards d'euros, en hausse de 23% à 25% hors effets de changes, et un résultat opérationnel compris entre 11,9 milliards et 12,3 milliards d'euros en données non-IFRS, en progression de 14% à 18% hors effets de changes.
Un soulagement à court terme
Citi estime que les chiffres de la société devraient "contribuer à apaiser les inquiétudes à court terme concernant l'IA et la macroéconomie".
"Il s’agit d’une publication très solide de la part de SAP dans le contexte actuel", apprécie Oddo BHF.
"Les 'bears' (les investisseurs pessimistes sur le dossier, NDLR) se focaliseront sur l’absence de relèvement des objectifs, qui implique un ralentissement de la croissance Cloud et du CCB dans les prochains trimestres, mais rappelons que SAP n’actualise jamais sa guidance dès le premier trimestre et adopte traditionnellement une posture très prudente afin d’éviter toute surprise négative", ajoute le bureau d'études.
"Cette publication devrait rassurer sur les tendances de court terme, en attendant des éléments plus structurants sur l’IA", conclut Oddo BHF.
Au passage, Alphavalue rapporte que la direction a encore essayer d'apaiser les craintes sur l'IA en ayant recours à la pédagogie. SAP a "proposé une évaluation clinique", explique le bureau d'études indépendant.
"Le remplacement complet des processus métier par une couche d'agents autonomes n'est pas envisageable à court terme. Bien que les agents atteignent une précision de 85 à 90%, ce taux d'erreur demeure inacceptable pour les applications critiques. L'évolutivité de l'IA d'entreprise est limitée par la complexité de l'ontologie logicielle (7,3 millions de champs de données et 120 processus critiques), qui exige un alignement sémantique parfait, ce que les modules linguistiques tiers ne fournissent pas nativement", développe Alphavalue.
