(BFM Bourse) - Ludovic Subran, le directeur des investissements de l'assureur allemand, a prévenu lors d'une conférence organisée par le Financial Times que le marché évoluait actuellement dans une bulle. Ce que ne manqueront pas de sanctionner les investisseurs obligataires, bien plus regardants que ceux opérant sur les actions.
À peine après avoir levé pas moins de 86 milliards de dollars en s'introduisant en Bourse, SpaceX a de nouveau sollicité les investisseurs pour financer ses lourds investissements.
Le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle, est cette fois passé par le marché de la dette en émettant pour 25 milliards de dollars d'obligations sur des échéances allant de 2031 à 2056, mardi.
Quelques jours avant, lorsque la société avait annoncé son intention de faire appel au marché obligataire et que Bloomberg livrait les premiers chiffres sur le potentiel montant levé, l'action SpaceX avait dévissé. Le titre avait chuté de 16,4%, effaçant près de 400 milliards de dollars de capitalisation boursière sur une séance. Seul Nvidia, en janvier 2025, a fait "pire".
L'émission obligataire de SpaceX a pu renforcer certaines craintes du marché comme quoi les grands groupes américains investiraient beaucoup trop dans l'IA, domaine dans lequel le groupe d'Elon Musk mise également beaucoup.
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Des investisseurs obligataires bien moins cléments
Ludovic Subran, directeur des investissements chez l'assureur allemand Allianz, dresse, lui, un constat sans appel.
Le fait que SpaceX ait levé des fonds obligataires si peu de temps après une émission d'actions retentissante constitue un "bon exemple" de la transition des marchés d'"une phase d'essor sain, d'un essor prolongé ... vers une zone de bulle", a-t-il estimé lors d'un évènement organisé par le Financial Times, qui rapporte ses propos.
"C", a-t-il déclaré.
Ludovic Subran prévient surtout que le marché du crédit n'a pas la patience de celui des actions. "Bien sûr, les investisseurs obligataires ne sont pas comme les investisseurs en actions. Les investisseurs en actions, on peut les emmener sur Mars. Les investisseurs obligataires, eux, se demandent: “Où est mon coupon ?”, a affirmé le spécialiste de marché.
Depuis l'automne dernier, les "hyperscalers", c'est-à-dire les groupes d'informatiques dématérialisés qui cherchent à développer d'importants services liés à l'intelligence artificielle, ont levé des montagnes de dette sur le marché.
Ce qui a créé un tournant, car la "bulle IA" restait auparavant un sujet cantonné sur les actions. "Depuis septembre et plus exactement mi-septembre, le thème de l'IA est devenu un thème systémique", soulignait en décembre Elyas Galou, de Bank of America. Le spécialiste de marché date même plus précisément ce virage à partir de l'émission obligataire "jumbo" ("géante") d'Oracle, avec une levée de 18 milliards de dollars.
L'IA, auparavant centrée sur les marchés actions, s'est alors propagée à celui dit "du crédit" c'est-à-dire les obligations d'entreprises, expliquait Elyas Galou.
SpaceX est endetté
Meta a ensuite levé 30 milliards de dollars en octobre sur le marché obligataire et Amazon 15 milliards de dollars en novembre.
"La grosse différence, c'est que désormais les 'bond vigilantes' (pour simplifier des investisseurs obligataires qui sanctionnent les dépenses trop élevées, NDLR) donneront le pouls de l'investissement dans l'IA", poursuivait-il.
À la différence de plusieurs "hyperscalers" (Amazon, Alphabet ou Microsoft), SpaceX n'est pas désendetté.
Dans une récente note, S&P estimait que son ratio de dette nette rapportée au résultat brut d'exploitation ajusté s'inscrivait sous 2.
L'agence rappelait surtout que le groupe brûle actuellement du cash, et S&P s'attend à ce que la société ne dégage pas de flux de trésorerie positif d'ici à 2029.
"Même si le produit de l'introduction en Bourse de la société permettra de financer en partie ce déficit, nous pensons que SpaceX devra lever des capitaux supplémentaires, tant sur le marché obligataire que sur le marché des actions, pour couvrir ces déficits", prévenait l'agence de notation.
Cap vers les marchés actions
Avec la remontée des rendements obligataires et la hausse des marchés actions, certains groupes ont toutefois décidé de lever des fonds via des augmentations de capital et non pas des émissions de dette.
Alphabet a placé pour 84,75 milliards de dollars d'augmentation de capital pour financer le développement de ses infrastructures d'IA. Oracle compte lever sur son exercice actuel au moins 20 milliards de dollars de capital. Selon de nombreux médias anglo-saxons, Meta préparerait de son côté un appel au marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
La banque UBS s'attend à ce que les augmentations de capital aux États-Unis atteignent 400 milliards de dollars en 2026, plus du double du précédent record de la fin des années 2000. Tout ceci pour financer donc des dépenses d'investissement ("capital expenditure") qui vont s'envoler en raison du "boom" de l'IA.
Selon les projections de Goldman Sachs, ces "capex" des "hyperscalers" devraient atteindre 1.100 milliards de dollars en 2027 et 5.300 milliards de dollars en cumulé sur 2025-2030.
Si les craintes autour d'une bulle liée à la thématique de l'intelligence artificielle ont tendance à revenir puis repartir, les récents indicateurs pointent vers un regain de tension.
Dans une récente note, les analystes de Bank of America écrivaient que le "Nasdaq Bubble Risk Indicator" (BRI), un indicateur de risque conçu par la banque américaine, s'approchait de son niveau "de bulle".
