(BFM Bourse) - Le spécialiste de la vidéo à la demande a livré des résultats globalement en ligne avec les attentes, avec toutefois des revenus trop juste dans sa zone géographique clef et des objectifs décevants. De quoi alimenter les craintes très vives sur le titre, le marché redoutant la compétition de contenus générés par l'IA.
Depuis plusieurs mois, le marché zappe Netflix. L'action du spécialiste du streaming chute de 20,7% depuis le 1er janvier, une chute qui passe même à 50% par rapport à son pic de juin 2025.
Bank of America estime que ce plongeon reflète un mélange de plusieurs craintes du marché. La première porte sur l'engagement, le groupe ayant précédemment fait part d'une baisse du nombre d'heures de visionnage par abonné sur un an.
Ensuite, les investisseurs redoutent des "perturbation potentielles" provenant "de la création de contenu par l'intelligence artificielle (IA)" et expriment des "préoccupations accrues concernant la concurrence après les fusions et acquisitions récentes dans les médias", liste encore l'établissement américain.
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Hausse du nombre d'heures de visionnage
Bank of America fait notamment référence au rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, qui devrait permettre de créer un rival important dans le streaming. Netflix s'était un temps positionné sur cette opération avant d'y renoncer pour des questions de prix.
Le marché a d'ailleurs pu redouter que Netflix mette le cap sur les acquisitions et sortent de son rôle de "builder not buyer" (un développeur plutôt qu'un acquéreur). Avec le risque que le groupe se serve de son cash pour de la croissance externe plutôt que de retourner des liquidités aux actionnaires via notamment des rachats d'actions.
Malheureusement pour ses actionnaires, Netflix a livré des résultats de nature à entretenir les craintes du marché, jeudi, après la clôture de Wall Street.
L'action souffre d'ailleurs, ce vendredi 17 juillet, le titre perdant 11,4% dans les échanges de préouverture.
Les résultats du deuxième trimestre du groupe sont globalement ressortis en ligne avec les attentes des analystes.
Sur la période allant d'avril à fin juin, Netflix a dégagé des revenus de 12,56 milliards de dollars en hausse de 13,4%, tandis que le bénéfice par action s'est établi à 80 cents contre 72 cents, un an plus tôt.
D'après un consensus cité par Citi, les bureaux d'études tablaient sur des revenus de 12,58 milliards de dollars et un bénéfice par action de 79 cents.
Du côté des points positifs, Netflix a fait part d'une hausse des heures de contenus visionnés de 2% sur un an au premier semestre, "malgré la concurrence des Jeux Olympiques d'hiver et de la Coupe du Monde cette année", note Citi.
Des objectifs qui laissent le marché sur sa faim
À contrario, les revenus dans la plus importante zone de la société, à savoir les États-Unis et le Canada ("UCAN"), se sont avérés inférieurs aux attentes, à 5,43 milliards de dollars, en hausse de 10% sur un an, contre 5,52 milliards de dollars espérés.
"Les investisseurs ont exprimé des inquiétudes concernant le ralentissement de la croissance de UCAN. Nous noterions que cela pourrait simplement refléter des comparaisons difficiles, car les hausses de prix n'ont bénéficié qu'à la moitié du trimestre au deuxième trimestre 2026 contre un trimestre complet au deuxième trimestre 2025", décortique Citi.
Surtout, Netflix a livré des perspectives décevantes. Pour son troisième trimestre, le groupe table sur une croissance de ses revenus de 12% et de 11% hors effets de changes et sur une marge opérationnelle de 33,2%.
Pour l'ensemble de 2026, le groupe de streaming attend des revenus en progression de 13% à 14%, soit 51 milliards de dollars à 51,4 milliards de dollars. Le groupe a resserré une précédente fourchette allant de 50,7 milliards à 51,7 milliards de dollars. Netflix continue par ailleurs de tabler sur une marge opérationnelle de 31,5%.
Citi note que les perspectives de revenus et de marges pour le troisième trimestre sont inférieures de respectivement 1% et 3% au consensus. Par ailleurs, certains investisseurs espéraient que la société relève ses objectifs annuels, qu'elle a donc simplement confirmés.
"Netflix a ajouté une autre fissure à son histoire de croissance après avoir prévu un deuxième trimestre consécutif de ralentissement de la croissance des ventes", observe de son côté Stephen Innes, de Spi AM.
Netflix a aussi indiqué qu'il ne livrerait plus qu'une fois par an son rapport sur les contenus et le nombre d'heures de visionnage, plutôt que deux fois par an. Citi estime que cette décision peut également peser sur l'action.
"Quand la croissance des abonnés est devenue une histoire moins fiable, Netflix a cessé de publier les chiffres trimestriels des abonnements", a déclaré à Bloomberg Mike Proulx, directeur de recherche chez Forrester.
"Maintenant, alors que l’engagement est plus scruté, la société réduit la fréquence de ce rapport. Netflix dit que l’engagement est sain. Si c’est vrai, les investisseurs devraient vouloir plus de visibilité, pas moins", ajoute-t-il.
