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Pourquoi les prix du diamant pourraient marquer le pas à court terme

samedi 13 avril 2019 à 12h00
Les prix des diamants pourraient subir des vents contraires

(BFM Bourse) - Déclin structurel du nombre de mariages dans les pays développés, baisse du coût de production de pierres synthétiques, concurrence d'autres marqueurs de luxe: selon UBS, plusieurs facteurs risquent de limiter la progression des prix des variétés de diamants géologiques.

Le diamant en perte de vitesse ? L'extrême rareté de ce minéral, littéralement issu de milliards d'années de formation au coeur du manteau terrestre dans des conditions de très hautes températures et pression, et son éclat incomparable, lui assurent certes un pouvoir d'attraction qui ne disparaîtra jamais - comme le chantait Shirley Bassey, les diamants sont éternels. Si le marché de ce cristal entièrement constitué d'atomes de carbone reste fondamentalement solide, note UBS, à court terme cependant plusieurs facteurs pourraient mettre les prix sous pression.

Dans une vaste étude, "The Diamond Playbook" publiée récemment, les analystes de la banque helvète adoptent une approche plus prudente que le consensus de place vis-à-vis des diamants. Selon UBS, les prix ne devraient que modestement progresser dans un avenir prévisible, à un rythme près de deux fois moins rapidement que le marché du luxe en général - même s'il demeure un produit sur lequel les grandes maisons de luxe ne peuvent évidemment pas faire l'impasse.

Il faut savoir que le marché de la joaillerie représente quasiment 99% de la demande de diamants. Une exception parmi tous les matériaux précieux, y compris l'or, lequel est aussi utilisé dans l'industrie ou la santé et évidemment en tant qu'actif financier. UBS estime que les diamants représentaient environ 35% de la valeur du marché mondial de la joaillerie, soit environ 80% en 2018. Un marché dominé par deux acteurs, De Beers et Alrosa.

Mais au cours des huit dernières années, les ventes de diamants de joaillerie ont crû en moyenne de 2,5%, un rythme inférieur à la croissance du PIB mondial (environ 3%) comme aux ventes du marché total de la joaillerie (+3,1% en moyenne, jusqu'à représenter 260 milliards de dollars l'an dernier). Une moindre croissance qui s'explique par plusieurs facteurs, selon UBS.

D'une part, la demande a faibli au cours de la période 2015-2016 sur fond de campagne anti-corruption en Chine qui a réduit la demande pour des "cadeaux d'affaires" (y compris les montres de prix décorées de petits diamants). Par ailleurs dans les pays développés, comme le montrent les données de l'OCDE, le taux des mariages ne cesse de décliner depuis une quarantaine d'années. Et depuis 2013, le nombre d'unions diminue aussi fortement en Chine (de plus de 20% en quatre années). Or, une grande partie du marché pour les pierres de plus forte taille est constitué des bagues type solitaire offertes en fiançailles (un classique incontournable aux Etats-Unis notamment).

De plus, au sein du marché de la joaillerie la part des bijoux plus courants (contenant typiquement peu ou pas de diamant) par rapport à la haute joaillerie tend à augmenter. Et en tant que produit de luxe, la joaillerie elle-même subit davantage de concurrence, y compris de la part de produits de haute technologie tout à fait industriels mais adoptant les codes du luxe.

Dans ce contexte, UBS déplore aussi l'insuffisance des investissements marketing. La dernière campagne de De Beers "Un diamant est éternel" a pris fin en 2008. Depuis peu les sept principaux producteurs, réunis dans la DPA, tentent de prendre le relais (avec une campagne incitant les femmes à s'offrir leurs propres bijoux) mais le budget alloué -80 millions de dollars cette année- semble insuffisant par rapport à la taille du marché pour faire significativement bouger les lignes.

Le bureau d'études note également l'émergence de nouvelles technologies pour fabriquer des diamants de synthèse - avec désormais des caractéristiques presque identiques à des gemmes d'origine géologique.

Si en laboratoire, on sait fabriquer des diamants depuis des décennies (il ne s'agit après tout que d'ordonner des atomes de carbone selon un alignement particulier) les technologies type haute température-haute pression ne permettaient généralement de produire que des diamants pour applications industrielles. Or, le procédé dit CVD (chemical vapour deposition) permet de fabriquer des diamants en ajoutant les couches d'atomes. En dix ans, le coût du CVD a chuté de 4000 dollars le carat (poids poli) à 300 / 500 dollars, et permet d'obtenir des diamants indiscernables des diamants naturels, sauf à disposer de matériel d'analyse poussé.

"Si les diamants synthétiques parviennent à conquérir même une petite part du marché de la joaillerie, cela pourrait significativement peser sur la demande en diamants bruts naturels", avertissent les analystes, même s'il est difficile de modéliser l'adhésion des consommateurs. Selon un consultant cité par UBS, ces pierres synthétiques ne représentent encore que 2,2% des ventes de diamant de joaillerie, mais pourraient représenter rapidement 5%.

En face de ces éléments susceptibles de peser sur la demande, UBS note que l'offre de diamants -qui dépend d'une cinquantaine de sites dans le monde, dont seulement une poignée de taille significative- pourrait subit des perturbations, beaucoup d'acteurs redoutant en effet la fermeture d'ici 2021 de la mine australienne Argyle 2021, qui fut la plus importante au monde. Mais si celle-ci représente 11% des diamants produits dans le monde, cela ne correspond en valeur qu'à 2% car il s'agit de pierres de qualité relativement médiocre. "Nous pensons que la fermeture d'Argyle [par Rio Tinto] affectera le marché d'entrée de gamme, mais que son impact sera modeste et sans doute exagéré à l'échelle de l'ensemble du marché".

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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