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Les questions que pose l'euphorie boursière des géants américains de la technologie

lundi 27 juillet 2020 à 17h30
Les questions que pose l'euphorie boursière des GAFAM

(BFM Bourse) - Les géants technologiques américains communément désignés par l'acronyme GAFAM ressortent encore plus forts de la crise sanitaire, au point que leur prépondérance au sein des principaux indices new-yorkais commencent à soulever des questions.

Depuis quelques semaines et même si l'élan s'est ralenti la semaine dernière, les grandes sociétés technologiques américaines affichent une santé boursière insolente, posant une série de questions sur la physionomie et l'avenir à court terme des marchés.

Pour combien de temps encore?

Difficile à dire. Au 27 juillet, la capitalisation cumulée de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft tourne autour de 6.300 milliards de dollars (plus de 5.300 milliards d'euros). L'indice phare parisien, le CAC 40, est pour sa part évalué à environ 1.560 milliards d'euros, soit plus de trois fois moins que les cinq plus grosses capitalisations boursières américaines réunies.

"Mettre en parallèle les valorisations permet de mieux visualiser le poids de ces entreprises. Mais il n'y a aucune logique à comparer une entreprise technologique avec une pharmaceutique ou un indice", relativise toutefois Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés pour le groupe IG.

Le rallye boursier des GAFAM observé depuis le creux de la mi-mars (qui a porté Apple, Microsoft et Amazon à des sommets historiques) a néanmoins connu un coup d'arrêt au cours de la semaine écoulée, à l'instar du Nasdaq, où sont cotées ces mastodontes, qui a flanché en fin de semaine dernière, suscitant "des inquiétudes quant aux valorisations élevées", souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets. Et rappelant aux plus pessimistes l'éclatement au début des années 2000 de la bulle des TMT (technologie-médias-télécoms).

Présentent-elles un risque systémique ?

Le poids de ces entreprises est devenu si important que leur chute entraînerait mécaniquement les indices américains. D'autant que "tout le monde détient ces valeurs, qui servent à obtenir du rendement", développe Christopher Dembik, responsable de la recherche macro-économique chez Saxo Bank.

Toutefois, ces entreprises "recouvrent des secteurs différents", nuance Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA IM. Et présentent pour la plupart des performances bien réelles en termes de ventes et de bénéfices, encore renforcées par la pandémie qui a dopé le télétravail et la vente par internet, entre autres - loin du paysage du début des années 2000, peuplé de sociétés dont les valorisations boursières étaient déconnectées de leur capacité à dégager des bénéfices.

Sont-elles des freins pour les autres entreprises ?

"La hausse de ces valeurs est plus problématique que leur baisse", avance Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion. Pour lui, "elles attirent tellement de flux financiers qu'elles assèchent les capacités de financement et de développement des industries concurrentes".

"De nombreuses entreprises non-rentables" gravitant autour de ces grands groupes "continuent d'être financées" par ailleurs. Les liquidités déversées en abondance par les banques centrales, "qui auraient dû aider les entreprises fragilisées, favorisent paradoxalement les entreprises numériques", estime Régis Bégué. En somme, les grands noms de la "tech", loin d'être un appeau à spéculateurs, seraient devenues des valeurs refuges, là où des entreprises plus traditionnelles sont désormais considérées comme des investissements plus risqués.

Quelles sont leurs fragilités ?

"Une bonne nouvelle sur l'économie et une visibilité plus forte pousseront à des ajustements violents des investisseurs. Ils délaisseront les valeurs technologiques au profit de valeurs plus cycliques ou très décotées", expliquent les experts d'Aurel BGC, qui ne croient toutefois pas à un tel tournant avant plusieurs mois. Et à condition que les baques centrales remontent leurs taux ou durcissent un peu leurs politiques très généreuses, ce qui n'est pas pour tout de suite.

Les GAFA pourraient aussi tanguer si leurs résultats trimestriels, qui doivent être publiés dans la semaine, déçoivent. Sans compter un contexte politique lourd. Les patrons de Facebook, Apple, Amazon et Alphabet (Google) seront entendus jeudi devant la Chambre des représentants des Etats-Unis sur leur pratique en termes de concurrence ou de gestion des données. Hasard du calendrier ou coïncidence, ces quatre géants dévoileront leurs résultats le même jour, après Bourse, Facebook ayant annoncé ce lundi décaler sa publication de mercredi à jeudi.

"On peut avoir des réglementations parcellaires, voire un démantèlement de certaines activités. Mais la guerre commerciale avec la Chine empêche tout gouvernement américain de se mettre à dos les GAFAM, au risque de devenir dépendant technologiquement de cette dernière", avance Christopher Dembik.

Les indices technologiques sont-ils encore pertinents ?

Les GAFAM représentent plus de la moitié du Nasdaq 100 (et plus d'un quart du S&P 500), qui regroupe les 100 plus grosses valorisations de l'indice technologique. "Cela le rend moins pertinent" juge Régis Bégué. Mais le marché américain demeure hégémonique. "Toutes les entreprises étrangères veulent y être cotées pour acquérir de la visibilité", estime Christopher Dembik.

Et les tentatives de le concurrencer, par les places européennes ou par la Chine, qui a lancé en juillet 2019 le STAR Market pour attirer les valeurs technologiques, peinent à trouver leur place. La Bourse de Hong Kong s'est également lancée lundi, avec son Hang Seng Tech Index, nouvel indice des trente principales valeurs technologiques chinoises, et va tenter de rapatrier les fleurons chinois de la tech (Alibaba, Tencent, Xiaomi) qui ne sont plus vraiment les bienvenus à Wall Street.

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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