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Dassault Systèmes est-elle vraiment la dernière licorne française à être entrée en Bourse?

mercredi 18 septembre 2019 à 16h22
Worldline, une des licornes boursières de la tech tricolore

(BFM Bourse) - En affirmant que la dernière introduction en Bourse à Paris d'une entreprise technologique française remontait à 1996, le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O fait plus qu'un raccourci. De France Télécom à Worldline, en passant par Iliad, plusieurs "licornes" ont franchi les portes du marché boursier au cours des vingt dernières années. Et parfois sur la base de valorisations encore plus importantes que Dassault Systèmes.

Merci pour les autres... "La dernière introduction en Bourse d'une entreprise technologique française à Paris de plus d'un milliard d'euros c'est Dassault Systèmes en 1996. Cela dit tout de ce que nous n'avons pas réussi à faire", a déploré mercredi matin au micro de Radio Classique le secrétaire d'Etat chargé du Numérique Cédric O, réitérant sa remarque du 11 septembre dernier sur BFM Business (voir vidéo ci-dessous à 8 min. 12). Mais ce constat semble hâtif et a suscité de vives réactions. "Il n’est pas utile de caricaturer le passé pour valoriser le combat politique", remarque notamment Nicolas Vanbremeersch, directeur général de l'agence Spintank.

De fait, si le fond du propos du ministre semble surtout destiné à mettre en lumière un retard -avéré - du marché parisien en termes de levées de fonds vis-à-vis du Nasdaq américain, il faut se souvenir qu'il a eu tout de même bon nombre d'acteurs indubitablement orientés "tech" qui, comme Dassault Systèmes, ont pu valoriser leur activité au travers du marché parisien.

L'ancienne filiale de Dassault Aviation (chargée au départ de développer de nouveaux logiciels de conception assistée par ordinateur pour mettre au point les futurs appareils du groupe aéronautique) est effectivement arrivée en Bourse en juin 1996. L'IPO eut lieu sans augmentation de capital, uniquement via la cession par le groupe Dassault de 15,2% de ses parts moyennant 920 millions de francs, correspondant à une capitalisation totale de plus de 6,05 milliards de francs. Soit, compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, l'équivalent de plus de 1,2 milliard d'euros aujourd'hui. Mais ce succès ne fut pas seulement celui de la Bourse de Paris. Puisque l'opération eut lieu à la fois à Paris et sur le Nasdaq américain justement (où le titre a été coté jusqu'en 2008).

L'entrée tonitruante de France Télécom en Bourse en 1997

Dès octobre 1997, une entreprise iconique de la vague des TMT (technologies, médias et télécoms) venait pulvériser ce record. Dans le sillage des privatisations accomplies par le gouvernement Jospin (à contre-courant du programme électoral du PS), l'opérateur historique France Télécom devenu société anonyme en juin 1996, entre en Bourse sur la base d'une capitalisation de 27,75 milliards d'euros. Et même 32 milliards d'euros à l'issue de sa première séance de cotations, devenant instantanément la première société française en terme de capitalisation boursière, se félicitait alors son PDG Michel Bon entre deux Concorde. Là aussi, l'IPO de France Télécom fut menée en parallèle à Paris sur le marché opéré par la "Société des bourses françaises" et à New York. Curieusement, vu la faiblesse des volumes, l'ADR Orange (pour "American Depository Receipt", une sorte d'action reflet qui représente le titre aux Etats-Unis) est toujours coté au Nasdaq à ce jour.

L'introduction de France Télécom a d'ailleurs fait des petits. En 2000, l'opérateur décide de coter indépendamment l'ensemble de ses activités multimédia et internet, ou France Télécom Interactive, dont la direction est confiée à Nicolas Dufourcq (aujourd'hui patron de Bpifrance). Présenté comme l'un des chefs de file d'un nouveau métier -fournisseur d'accès à Internet, ou FAI- Wanadoo décroche une valorisation d'une vingtaine de milliards d'euros (même si à l'époque, c'est l'activité d'annuaires, futur PagesJaunes, qui génère la majeure partie des revenus...).

Puis en février 2001, c'est la filiale de téléphonie mobile, Orange, qui arrive en Bourse de Paris et simultanément à Londres (à l'origine, Orange était une marque de téléphonie mobile britannique, acquise par France Télécom). Le prix d'introduction valorisait Orange à 48,6 milliards d'euros. À noter que le successeur de Michel Bon, Thierry Breton, choisit en 2003 de racheter les parts minoritaires d'Orange via une offre de retrait finalisée en 2004. À la suite de cette réintégration de la branche mobile, l'opérateur abandonnera son nom de France Télécom pour prendre celui de sa filiale.

Iliad et Neuf Cegetel dans les années 2000

Toujours du côté des télécoms en 2004, le groupe de Xavier Niel Iliad rentre lui aussi en Bourse en dépassant au cours de sa première séance le seuil du milliard de capitalisation, avant de revenir à 870 millions d'euros en clôture.

En 2006, Neuf Cegetel qui se présente comme le deuxième opérateur généraliste du marché tricolore, après France Télécom, est valorisé à plus de 4,4 milliards d'euros.

Mais le segment des télécoms n'a pas été le seul pourvoyeur de licornes technologiques à Paris. Euronext, l'opérateur des bourses d'Amsterdam, Bruxelles et Paris est introduit sur son propre marché en 2014, à la suite du démantèlement du groupe Nyse-Euronext. Le géant des contrats à terme IntercontinentalExchange (ICE), ayant absorbé cet ensemble en 2013, avait préféré rendre son indépendance à la bourse paneuropéenne Euronext. Car il n'était intéressé que par la partie Nyse. Euronext, à la croisée des services financiers et des nouvelles technologies, récolte alors une capitalisation de 1,4 milliard d'euros.

Le leader mondial des cartes à puce oublié

Autre licorne oubliée du ministre, qui est pourtant une des réussites technologiques tricolores: Gemplus. La petite société fondée en 1988 par d'anciens ingénieurs de Thomson pour exploiter le brevet de la carte à puce, inventée par Roland Moreno, se hisse en quelques années au rang le leader mondial de la spécialité. Malgré un cours d'introduction révisé en baisse au dernier moment, la firme est valorisée autour d'un milliard d'euros à la toute fin 2000, lors d'une opération des deux côtés de l'Atlantique.

A nombre d'égards, JCDecaux (introduit en 2001 sur la base d'une valorisation de 3,6 milliards d'euros) peut aussi se classer comme un champion de la tech : le groupe familial est après tout pionnier de la mobilité partagée (Vélov' a fait ses débuts plus de 12 ans avant Lime) et intégré depuis longtemps les technologies numériques aux médias de la communication extérieure.

Worldline, une licorne récente

Parmi les "licornes" techs les plus récentes de la Bourse de Paris, Worldline tient aussi un rôle majeur. Filiale d'Atos, c'est un leader européen dans le secteur des paiements électroniques qui est arrivé sur la cote parisienne en juin 2014. L’offre a été bien accueillie par les investisseurs institutionnels français et internationaux. Le prix retenu de 16,40 euros par action correspondant à une capitalisation boursière d’environ 2,161 milliards d’euros. Et cinq ans après, Worldline pèse plus de 11 milliards. Etonnant tout de même qu'un tel succès ait échappé au ministre.

Enfin, il serait dommage de passer sous silence le segment des biotechs. Si aucune entreprise du secteur ne s'est cotée à Paris au-delà d'un milliard d'euros de prime abord, plusieurs d'entre elles ont passé ces dernières années ce cap symbolique, à l'image de Genfit, DBV Technologies, Cellectis, Nicox ou encore Innate Pharma.

Guillaume Bayre - ©2022 BFM Bourse
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