Frédéric Rollin Conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management
Frédéric Rollin est conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management. Diplômé de l'Ensae Sea, statisticien économiste, Frédéric Rollin possède 28 années d'expérience de gestion financière institutionnelle.
(BFM Bourse) - Au cours des cinq dernières années, les investisseurs ont appris au moins une chose : les apparentes velléités d'orthodoxie de la politique monétaire en Turquie doivent être systématiquement considérées avec scepticisme, car elles risquent fort de s'avérer temporaires.
Le licenciement spectaculaire samedi 20 mars de Naci Ağbal, le très apprécié gouverneur de la banque centrale, ne fait pas exception. Les marchés turcs ont réagi fortement, anticipant le renversement de la politique monétaire prudente adoptée au cours des derniers mois.
Le risque systémique, une contagion à l’ensemble des actifs émergents, nous semble toutefois très modéré. Comme le montre le graphique ci-dessous, les obligations turques représentent désormais une portion minime des indices de référence: seulement 2,29% du JPM GBI-EM Global Diversified, proportion en baisse constante depuis mi-2016.
Part des obligations turques dans l’indice JPM GBI-EM Div.:

De plus, la corrélation de la performance des obligations turques avec le reste de l’indice est de plus en plus faible, de 0,8 en 2016 à 0,3 en 2021 (en moyenne sur 52 semaines de la corrélation sur 12 semaines des performances hebdomadaires du JPM GBI EM et du JPM GBI EM Turquie). Ceci dénote bien entendu de la réduction du poids du pays dans l’indice, mais aussi le risque très spécifique que fait porter la politique monétaire turque sur son propre marché. C’est probablement ce qui explique que la contagion aux actifs émergents les plus fragiles reste à ce stade contenue - et devrait selon nous le demeurer.