Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Le trading algorithmique est-il responsable de la correction du mois d'octobre ?

samedi 3 novembre 2018 à 14h00
Un trader, visiblement perplexe.

(BFM Bourse) - Alors que les investisseurs particuliers et professionnels ne représenteraient plus que 20% des transactions opérées sur les marchés financiers, certains observateurs avisés se posent des questions sur la responsabilité des "robots-investisseurs" dans la correction du mois d'octobre. Explications.

Et si les robots-investisseurs, qui exécutent des ordres selon des stratégies pré-établies, étaient responsables de la correction subie par différentes places boursières au cours du mois d'octobre ? "Au cours du mois d'octobre" car, rappelons-le, on parle de "correction" seulement lorsque la chute dépasse les 10%, ce qui n'est pas le cas du CAC 40, par exemple, sur l'ensemble du dernier mois (-7,28% entre le 1er et le 31 octobre pour l'indice phare de la place parisienne). C'est l'avis de Gérard Moulin, gérant du fonds Pricing Power chez Amplegest.

Des mouvements incohérents

"Les robots-investisseurs sont de plus en plus nombreux à intervenir sur les marchés financiers, créant des mouvements incohérents sur les titres cotés. Le mois d’octobre 2018 en a été la parfaite illustration" estime Gérard Moulin, dans une note publiée le mercredi 31 octobre. Il s'appuie sur deux exemple de "chute exagérée" et de "rebond incohérent" pour justifier le constat qu'il dresse. Premier d'entre eux : Porsche. Le 29 octobre, la Chine indique qu'elle va diviser par deux les taxes sur les ventes d’automobiles jusqu’à 1600 centimètres centimètres cubes. Conséquence directe, les automates (ou "robots-investisseurs" se positionnent immédiatement à l'achat sur l'ensemble des valeurs du secteur automobile, Porsche compris. Le titre du constructeur allemand progresse de 4,6%. "Le problème qu'un enfant de 8 ans peut résoudre, c’est que Porsche ne produit aucun modèle dont la cylindrée est inférieure à 1600 centimètres cubes. Le robot a donc bêtement fait ce pour quoi il a été programmé : il a acheté le secteur, en toute incohérence" se désole Gérard Moulin.

Le gérant du pôle actions européennes chez Amplegest appuie son analyse en prenant un deuxième exemple, dans l'autre sens cette fois-ci, Thalès. Selon lui, la chute subie par le titre en octobre a été largement exagérée par les robots-investisseurs. Rappel des faits, par Gérard Moulin : "Le 18 octobre, Thalès publie parmi les tout meilleurs résultats de son histoire. Quelques jours plus tard, c'est au tour de Gemalto, que Thalès est en train de racheter. Cette publication est légèrement en-dessous des attentes mais la société maintient ses prévisions pour l’année : il ne s’agit donc pas d’une vraie mauvaise nouvelle". Dans le même temps, la Belgique ne retient pas l'avion Rafale dont Thalès est l'un des principaux équipementiers. "Bien que ce contrat n’était pas pris en compte dans les perspectives de croissance de Thalès, la valeur subit la foudre des investisseurs. Depuis la sortie de ces deux "mauvaises nouvelles", le titre baisse ainsi tous les jours alors que ce dossier est l’un des plus résistants de la cote" s'indigne le gérant du fonds Pricing Power.

Selon lui, "sous prétexte de modernisation des marchés financiers, on a laissé intervenir des robots programmés sans discernement, incapables de sortir du "read across", c'est-à-dire du traitement de l’information en cherchant tous les actifs qui peuvent être directement ou indirectement concernés". Et M. Moulin de se demander "où sont passés le discernement, la nuance, le dosage, tout ce qui rend une décision subtile et tactique" ?

"Les prises de positions contradictoires disparaissent"

Éric Delannoy est président du cabinet de conseil en stratégie Tenzing. Et s'il ne partage pas la prise de position de Gérard Moulin, il n'est "pas étonné que tout le monde se pose des questions sur le trading algorithmique". L'économiste explique que les stratégies sectorielles des robots-investisseurs "font disparaître les prises de positions contradictoires pour faire apparaître des positions communes à tous les acteurs". Il estime qu'on peut donc "se poser la question de savoir si cette forme de trading n'est pas un accélérateur de tendance, susceptible d'amplifier des mouvements (haussier ou baissier) sur des nouvelles sur lesquelles les arbitrages sont faciles à faire". De fait, Éric Delannoy admet volontiers que le trading algorithmique "pose beaucoup de questions éthiques sur la maîtrise des ordres qui sont passés" mais "ne pense pas qu'on peut le tenir responsable de la crise (la correction du mois d'octobre, ndlr)".

"Les automates se sont mis à enclencher les "stops" comme en 1987"

Pour le gérant fondateur de Krechendo Trading, Tarek Elmarhri, "le mouvement d’octobre s'explique par la volatilité qui a commencé à s'emballer avec la très forte hausse des taux en Italie et le risque de voir des hausses des taux trop forte aux États-Unis". Au cours du dernier mois, le trader pour compte propre explique que "les automates de trading se sont mis à "shorter", enclenchant les "stops" comme en 1987, sauf que la panique fut moins importante". Pour rappel, lors du krach boursier du 19 octobre 1987, l'indice phare de Wall Street, le Dow Jones, avait perdu pas moins de 22,7% de sa valeur.

Bien que les avis des spécialistes divergent et qu'il soit délicat d'évaluer précisément l'influence que le trading algorithmique a pu avoir sur le mois d'octobre chaotique vécu par les marchés, on peut affirmer, sans trop se mouiller, que les robots-investisseurs ont, a minima, amplifié cette baisse.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+328.90 % vs +11.98 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat