par John Bowker et Jui Chakravorty
LONDRES (Reuters) - British Airways, Iberia et American Airlines, filiale d'AMR Corp, sont sur le point de conclure une alliance qui devrait solliciter l'immunité auprès des autorités antitrust, a-t-on appris jeudi de sources informée de la teneur des discussions.
Les trois compagnies aériennes pourraient aboutir d'ici une semaine à un accord de partage des recettes qui créerait un nouveau poids lourds du transport aérien, notamment sur les liaisons entre Londres et les Etats-Unis.
Les discussions entre BA, American et Iberia "progressent bien" même s'il reste un risque minime de les voir échouer, a précisé la source.
George Stinnes, directeur des relations investisseurs de British Airways, a confirmé la tenue des pourparlers mais n'a donné aucune précision sur leur objectif final. La compagnie avait annoncé en avril avoir engagé des négociations avec American Airlines sans en dévoiler la teneur.
"Nous parlons de ce qui aurait un sens en matière de coopération, ce qui serait le mieux et le plus efficace", a-t-il déclaré à la presse. "La vérité, c'est qu'on pourrait aboutir dès demain à quelque chose d'intelligent ou qu'on pourrait ne jamais y parvenir. Il serait irréaliste d'essayer de donner un calendrier."
Les rapprochements se sont multipliés ces derniers mois dans le secteur du transport aérien, de nombreuses compagnies voyant leur santé financière compromise par l'envolée du prix du kérosène et le ralentissement de la demande.
En Bourse, l'action British Airways a gagné 2,7% jeudi et AMR a fini en hausse de 4,6% tandis qu'Iberia terminait inchangée.
50,6% DU TRAFIC ENTRE LONDRES ET LES USA
Le mois dernier, Miguel Blesa, le président de Caja Madrid, premier actionnaire de la compagnie espagnole, avait déclaré qu'Iberia et BA discutaient d'une alliance, mais pas d'une fusion. BA détient 13,5% du capital d'Iberia et a tenté en vain d'en prendre le contrôle l'an dernier.
American a déjà conclu des accords séparés avec BA et Iberia mais les trois groupes n'ont pour l'instant aucun lien commun spécifique.
Iberia a refusé de commenter ces informations et American Airlines s'est contenté de rappeler avoir déjà confirmé les discussions avec BA.
Une alliance entre American et BA pourrait leur donner une part de marché de 50,6% sur les liaisons entre Londres et les Etats-Unis selon les chiffres de l'Official Airline Guide.
Un tel accord serait donc étudié avec attention par les autorités américaines, a estimé Barnard Nigro, avocat spécialiste des dossiers antitrust au cabinet Willkie Farr and Gallagher.
"Etant données les positions relatives des compagnies et de certains des hubs, il semble probable que cela soit regardé de près", a-t-il dit. "Il est difficile de prédire le résultat."
La Commission européenne a déclaré qu'elle étudierait éventuellement le dossier. "Pour ce que j'en sais, nous n'avons pas été contactés par ces compagnies pour l'instant et l'attitude de la Commission dépendrait beaucoup de leurs intentions", a expliqué Jonathan Todd, porte-parole de l'exécutif communautaire.
American et BA ont déjà échoué par deux fois à obtenir l'immunité antitrust des autorités américaines mais devraient cette fois s'appuyer sur l'accord dit "ciel ouvert" entre les Etats-Unis et l'Union européenne pour plaider leur cause.
AU NOM DU "CIEL OUVERT"
Cet accord, entré en vigueur en mars, donne aux compagnies aériennes européennes et américaines le droit d'opérer sans limite des vols transatlantiques.
"Ils diront que le marché est devenu plus concurrentiel. L'accès à Heathrow est désormais assuré, même s'il a un prix. Les autres compagnies peuvent obtenir des créneaux horaires et lancer des liaisons supplémentaires", estime Gert Zonneveld, analyste de Panmure Gordon.
L'aéroport de Londres-Heathrow est le plus important du monde en terme de trafic et BA y détient 40% des créneaux horaires.
Plusieurs analystes s'attendent à voir se multiplier les alliances entre des compagnies américaines et d'autres continents, comme celle nouée entre Northwest Airlines et KLM, la branche néerlandaise d'Air France-KLM.
En octobre dernier, en réaction à la création d'une coentreprise transatlantique pesant huit milliards de dollars entre Air France-KLM et Delta Air Lines, British Airways avait appelé de ses voeux une collaboration plus étroite avec American Airlines.
Depuis, Delta Air Lines et Northwest Airlines ont annoncé un projet de fusion. Et Continental Airlines, qui a mis fin en avril à des discussions en vue d'un rapprochement avec United Airlines, filiale d'UAL, a dit en juin qu'elle demanderait le feu vert du Département américain des Transports pour se joindre à United au sein de Star Alliance.
Virgin Atlantic a toutefois estimé qu'un accord entre British Airways, American Airlines et Iberia constituerait une distorsion de concurrence.
"Une telle alliance donnerait naissance à un mastodonde sur les routes transatlantiques comprenant deux des plus importants membres de l'Union européenne, ce qui se traduira par une hausse des prix pour les passagers, qui auraient en outre moins d'options", a dit un porte-parole de Virgin.
Version française Dominique Rodriguez et Benoît Van Overstraeten
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