par Juliette Rouillon
PARIS (Reuters) - La conviction croissante que les dégâts de la crise des "subprime" se feront encore sentir pendant longtemps, associée aux nouveaux records du baril de pétrole et de l'euro, finissent par pousser les investisseurs à baisser les bras, déclarent mardi des gérants et stratégistes parisiens.
"A court terme, on se rapproche d'une situation de capitulation", observe Romain Boscher, directeur des gestions actions de Groupama Asset Management.
"Le point de départ de la capitulation est l'ampleur et la durée de la crise immobilière à un moment où l'inflation est relancée par la hausse du baril de pétrole, un facteur exogène en dehors de tout contrôle", ajoute-t-il.
L'indice CAC 40 a chuté de 2,11% à 4.341,21 points mardi dans un contexte d'aggravation de la crise immobilière et de rumeurs de nouvelles dépréciations d'actifs dans la finance.
Après avoir perdu 11,6% en juin, l'indice phare de Paris affiche une baisse de près de 23% depuis le début de l'année.
"On a l'impression qu'il y a un peu de capitulation. C'est dur d'être contrariant dans un marché aussi baissier et les investisseurs n'arrêtent plus de couper leurs positions", note Arnaud Faller, directeur de la gestion diversifiée chez CPR AM.
Sans craindre qu'une situation d'inflation forte couplée à une croissance faible ou nulle s'installe durablement ("stagflation"), les experts mettent en avant l'impact désastreux sur les marchés de la perspective de hausse des taux dans une économie mondiale en plein ralentissement.
"On assiste depuis quelques jours à la prise de conscience par le marché que la nécessité de lutter contre l'inflation ne permettra pas aux banques centrales de mener des actions de politique monétaire pour soutenir la croissance," commente Jean Danjou, responsable de la stratégie chez Oddo Securities.
Tout en jugeant que les cours actuels ont déjà intégré le ralentissement de la croissance et des profits, ils estiment que la baisse des cours devrait se poursuivre, du moins à court terme, en raison de l'avalanche de mauvaises nouvelles venant de tous les fronts et à la grande incertitude quant à la reprise.
"En Europe, nous n'avons plus de problème fondamental de valorisation, à moins que l'on ne revienne à une période de forte inflation", estime le stratège d'Oddo. "Mais nous avons encore beaucoup de mauvaises nouvelles devant nous et le processus de correction des marchés va continuer à court terme."
"Tant que l'on ne connaitra pas encore l'ampleur du choc sur les bénéfices, on ne touchera pas le fonds", poursuit-il.
"Le problème majeur n'est pas tant la récession à prévoir à partir du 3e trimestre, mais la perspective qu'il n'y ait pas de franche reprise derrière", souligne pour sa part Romain Boscher.
CPR AM reste également à "sous-pondérer" sur les actions, tout en prévoyant que le CAC 40 devrait finir l'année au-dessus de son niveau d'aujourd'hui, autour de 4.750 points.
"C'est quand-même assez exceptionnel d'avoir une année en baisse de 30%", déclare-t-il, ajoutant que l'essentiel de la révision en baisse de la prévision de croissance des résultats 2008, passée de 10% au début de l'année à 1%, a été faite.
Dans ces conditions, Groupama AM conseille encore d'éviter les valeurs immobilières et financières, mais reste confiant sur les pétrolières et les matières premières et recommande de commencer à revenir sur certaines valeurs industrielles.
"C'est assez inédit d'avoir à la fois un choc financier, immobilier, sur les matières premières et les changes, d'autant que ces chocs ne semblent pas vouloir diminuer en intensité, au contraire. Comment voulez-vous que le marché redémarre dans ces conditions ?", conclut le gérant de Groupama.
Juliette Rouillon, édité par Jean-Michel Bélot
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