(CercleFinance.com) - Wall Street a eu tôt fait de se désolidariser des places asiatiques et européennes: les 0,7 à 0,9% perdus à l'ouverture ont été effacés en moins d'une heure... et les raisons de cet optimisme sont difficiles à cerner en l'absence de statistiques US pour l'expliquer, sans parler d'une actualité macro-économique du week-end qui se résume surtout à une résurgences des tensions commerciales avec la Chine (surtaxation des pneus importés, Pékin porte plainte auprès de l'OMC... mais Goodyear en a profité pour prendre +3%).
'Les marchés n'aiment pas çà' expliquaient les commentateurs en préouverture, alors que le 'S&P' et le Nasdaq menaçaient de perdre -1% à la reprise des cotations... mais le problème semble avoir glissé sur Wall Street comme l'eau sur les ailes d'un canard en l'espace d'une poignée de minutes, le temps pour les acheteurs de reprendre le marché US en main.
Un véritable 'rush' s'est matérialisé sur General Electric qui n'a pas tardé à gagner +2% lundi matin... et puis la spirale haussière s'est accélérée et le titre a flambé de +5% sur le déclenchement d'un 'stop achat' au-dessus des 15$, permettant au Dow Jones de progresser de +0,2% malgré une majorité de valeurs en repli.
Les analystes font de la surenchère dans les recommandations positives au sujet du conglomérat depuis que le scénario d'une reprise forte et rapide (que rien n'atteste dans les faits mais peu importe) est devenu le credo incontournable et obsessionnel des investisseurs et de la presse financière. L'accumulation des sinistres liés aux prêts 'prime' et commerciaux, des taux de crédit revolving à 30% qui assomment les emprunteurs (le but est de décourager les 'mauvais profils') ne troublent nullement Wall Street puisque certains membres de la FED assurent que le soutien au système bancaire va se poursuivre et qu'il ne sera abandonné qu'en douceur.
Cela signifie que l'argent des contribuables pourrait continuer d'éponger n'importe quel type de pertes, chacune des grandes banques survivantes au krach financier de l'année 2008 représentant un risque systémique trop considérable pour être sacrifié comme le fut Lehman un an auparavant.
Un des leaders du Dow Jones fut d'ailleurs JP Morgan avec un gain de +3% et AIG s'est offert un gain de +10% pour fêter le 1er anniversaire de sa faillite. Près de deux tiers des titres du 'S&P' (+0,6%) ont clôturé dans le vert, traduisant une vague d'achats indiciels qui semble beaucoup plus technique que motivé par la brillance de la toile de fond conjoncturelle. Même observation en ce qui concerne le Nasdaq (+0,5%) qui a profité de la hausse de quelques ténors comme Apple (+1%), Joy Global (+3,6%), Staples (+3%), Baidu (+2,6%, upgradé par Goldman Sachs), RIM (+2,5%).
Un des temps forts de cette journée pour les américains fut le discours de Barack Obama qui vient d'appeler Wall Street à tirer les leçons de la crise économique et avertit que les prises de risques excessives motivés par la 'culture du bonus' ne doivent plus être garanties par le contribuable en dernier ressor.
De nouvelles mesures de régulation du système financier vont être adoptées (selon Barney Frank) d'ici la fin de l'année. Demain, Ben Bernanke s'exprimera sur sa gestion des évènements depuis septembre 2008. Dans l'attente, le Dollar a connu un petit accès de faiblesse en fin d'après-midi, chutant jusque vers 1,4640E avant de revenir au contact des 1,4600E. Alors que de nombreuses statistiques sont attendues aux USA cette semaine, certains 'stratèges' expliquent que plus le tableau économique inspirera de méfiance, plus les actions ont des chances de monter.
En d'autres termes, plus la réalité s'éloigne du scénario privilégié par les marchés, plus les sceptiques se retrouvent nombreux mais contraints de courir après les cours de bourse (sous la pression de leurs clients qui n'y connaissent rien mais voient les indices flamber)... puisque les mauvais chiffres produisent l'effet inverse de celui qu'ils escomptaient.
Conclusion, plus c'est mauvais aux yeux de 'mainstreet', plus c'est bon pour Wall Street qui s'ingénie à orchestrer un fantastique jeu de dupes.
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