(BFM Bourse) - Le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle avait souffert en août, lors de la parution de ses résultats trimestriels. Le titre prend sa revanche, alors que le débat sur sa valorisation reste loin d'être tranché.
SpaceX enchaîne les montagnes russes vertigineuses en Bourse. Depuis son arrivée à Wall Street, en juin dernier, le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle a connu un parcours en dents de scie.
Introduite à 135 dollars, l'entreprise a vu son action bondir de 67% sur les tous premiers jours de cotation avant de replonger de 53,4%, début août, pour retomber à 105,11 dollars le 6 août. La société avait alors publié ses premiers résultats trimestriels qui avaient reçu un accueil glacial (-13,61%), le marché découvrant les dépenses d'investissements ("capex") gargantuesques que prévoyait le groupe dans sa division d'intelligence artificielle (IA).
Dans ses comptes du deuxième trimestre 2026, le groupe avait alors indiqué que ses "capex" dans l'IA avaient atteint 15,83 milliards de dollars (contre 1,17 milliard pour les lanceurs et 1,4 milliard pour Starlink), ce qui représentait une multiplication sur un an de… 21.
"Les investissements massifs dans l'IA l'emportent sur" les revenus générés par la société dans ce domaine, tranchait Morningstar. Le chiffre d'affaires de la division d'IA avait été multiplié par plus de trois à 2,56 milliards de dollars.
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"Un acte de foi"
Depuis, l'optimisme est revenu sur le titre. L'action SpaceX reprend 58,4% depuis début août, regonflant sa capitalisation boursière (la valeur de la totalité de ses actions) de 778 milliards de dollars. Ce qui représente plus de la totalité de la valeur en Bourse de la plus importante entreprise cotée en Europe, à savoir le néerlandais ASML (680 milliards de dollars).
SpaceX prend d'ailleurs 3% ce vendredi, alors que le groupe a annoncé avoir acheté un portefeuille de licences de basses fréquences aux États-Unis. Ce qui lui apportera la dernière pièce pour lui permettre de concurrencer les opérateurs télécoms américains (Verizon, T-Mobile, AT&T) qui souffrent en Bourse.
"Désormais, ils ont les licences pour proposer une offre plus complète et concurrencer les opérateurs télécoms. L'offre satellitaire, jusqu'à présent, c'était bien pour les zones blanches mais cela ne vaut pas la téléphonie mobile traditionnelle en ville, cela ne pénètre pas les murs, ne passe pas bien dans les bâtiments", explique un analyste du secteur des télécoms à BFM Bourse.
Au-delà de la hausse ce vendredi, SpaceX a plus bénéficié d'un effet de "positioning", c'est-à-dire que des investisseurs achètent le titre le jugeant peu cher par rapport à ses perspectives, sans qu'il y ait toutefois de réel déclencheur expliquant leurs décisions.
"SpaceX, c'est tout simplement un acte de foi", a déclaré à Bloomberg Larry Tentarelli, fondateur de Blue Chip Daily. "Il faut acheter ces actions et les conserver pendant deux, trois ou quatre ans, sans se laisser impressionner par leur volatilité. Car, fondamentalement, il n'y a aucune raison d'acheter des actions SpaceX en ce moment", a-t-il ajouté.
Optimisme des analystes
Le titre a pu être aidé par les commentaires et avis d'analystes souvent (et très) optimistes.
Lundi, l'analyste de Morgan Stanley, Adam Jonas, venait nuancer le constat comme quoi SpaceX affiche une valorisation bien généreuse en Bourse. Rappelons que la société s'échange 113 fois les revenus de son dernier exercice publié, un multiple largement supérieur à celui de n'importe quelle grande capitalisation. Nvidia est à 26 fois, L'Oréal, la première capitalisation de la Bourse de Paris, autour de quatre.
Jonas argue toutefois que ces multiples ignorent l'hypercroissance des résultats et les perspectives de la société, et que l'intérêt n'est pas tant de regarder dans le rétroviseur que vers l'avant.
L'analyste de Morgan Stanley estime qu'en tenant compte de la croissance attendue de son résultat d'exploitation d'ici à 2028, l'action SpaceX s'échange avec une décote de 40% par rapport aux multiples de valorisation des autres méga-capitalisations américaines.
En juillet, Adam Jonas avait débuté le suivi de SpaceX avec un objectif de cours à 300 dollars (contre une action autour de 165-166 dollars actuellement).
La banque tablait alors sur une hausse du chiffre d’affaires, qui passerait de 45 milliards de dollars en 2026 à 319 milliards en 2030, puis à 3.300 milliards en 2040.
Comme les autres analystes, Morgan Stanley estime que le bon déploiement de Starship, une fusée entièrement réutilisable, entraînera une baisse des coûts des lancements de satellites.
Ce qui permettra d'étendre à moindre frais les constellations de satellites opérées par Starlink, dopant par la même la rentabilité de cette division. En abaissant ces mêmes coûts, SpaceX pourra également permettre à plus long terme d'opérer des data centers dans l'espace (qui bénéficieraient alors d'une énergie infinie avec le soleil).
SpaceX a d'ailleurs récemment opéré et réussi le 14e vol d'essai de cette fusée. "Le vol n°14 a constitué une démonstration décisive de la capacité du Starship à atteindre l'orbite, à déployer des charges utiles opérationnelles et à ramener ses étages supérieur et inférieur de manière contrôlée", louait Bank of America.
La banque américaine a un objectif de cours de 235 dollars. "SpaceX est passée du statut d'entreprise spécialisée dans les lanceurs à celui d'acteur incontournable de l'économie spatiale", écrit Bank of America.
Citi, pour sa part, pense que le cours de SpaceX pourrait dépasser les 900 dollars, ce qui accorderait une capitalisation boursière à l'entreprise de près de 11.500 milliards de dollars, près du double de Nvidia.
"À terme, le déploiement réussi de Starship ouvrira, selon nous, la voie la plus abordable et la plus évolutive pour exploiter le potentiel économique de l’espace, permettant ainsi à SpaceX d’accéder à des marchés d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars qu’aucune autre entreprise ne peut, de manière réaliste, exploiter", considère l'établissement américain.
"SpaceX entame une période de deux à trois ans particulièrement riche en catalyseurs, qui devrait, selon nos prévisions, permettre à l’entreprise d’établir des positions dominantes sur plusieurs marchés à forte valeur ajoutée, à savoir la connectivité et l’IA", ajoute la banque.
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