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SCHNEIDER ELECTRIC

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Schneider electric : «Personne ne s'y attendait»… La plus grande acquisition de l'histoire de Schneider Electric à 20 milliards d'euros dans les logiciels industriels désarçonne la Bourse, l'action dévisse de 9%

Aujourd'hui à 12:05
Schneider s'effondre en Bourse

(BFM Bourse) - L'équipementier électrique plonge ce lundi 5 octobre après avoir annoncé le projet de rachat du spécialiste des logiciels industriels PTC pour 22,6 milliards de dollars. Si cette acquisition présente un rationnel stratégique clair, elle complique la thèse d'investissement sur Schneider Electric et survient à un moment où les investisseurs rediutent que des entreprises comme PTC voient leurs modèles économiques être bouleversé par l'IA.

Avec un "méga-deal" à plus de 20 milliards d'euros Schneider Electric prend à revers les investisseurs.

Le spécialiste des équipements électriques a changé de statut ces dernières années à la Bourse de Paris, notamment grâce à son offre de produits (armoires racks, systèmes de refroidissements, onduleurs…) pour les centres de données. Avec l'envolée des technologies d'intelligence artificielle (IA), le groupe a enregistré une forte demande et par ricochet une forte croissance sur ce segment. La société évoquait ainsi une progression de ses revenus "strong double digit" (entre 15% et 20%) dans les centres de données au deuxième trimestre.

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Le groupe présentait ainsi au marché un dossier d'investissement (ce que l'on appelle une 'equity story') simple, axée sur la croissance organique, c'est-à-dire hors acquisitions, sur les méga-tendances de l'économie, à savoir l'électrification, la transition énergétique et l'essor de l'IA.

L'annonce de Schneider Electric, ce lundi 5 octobre, vient toutefois changer la donne. Le pensionnaire (et deuxième groupe le plus important en termes de poids dans le calcul) du CAC 40 a annoncé la plus importante acquisition de son histoire.

Plus d'un milliard d'euros de synergies

Le spécialiste des équipements électriques a dévoilé le projet d'acquisition de l'américain PTC Inc, un spécialiste des logiciels industriels, segment sur lequel le groupe français est déjà présent via sa filiale britannique Aveva.

Fondé en 1985, PTC est notamment présent dans les logiciels de gestion du cycle de vie du produits (PLM) des applications (ALM) et des services (SLM). L'entreprise, cotée sur le Nasdaq, a réalisé un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros l'an passé pour une marge de résultat opérationnel retraité (Ebita) d'environ 40%, avec une croissance attendue de ses revenus d'environ 10% jusqu'en 2029.

"PTC compte plus de 30.000 clients et est particulièrement bien implanté dans les industries manufacturières discrètes et hybrides. Il est un concurrent direct de Dassault Systèmes et de Siemens", résume Oddo BHF.

Schneider Electric propose un prix de 205 dollars par action pour reprendre cette société américaine, ce qui représente la coquette somme de 22,6 milliards de dollars ou 20,1 milliards d' euros. En valeur d'entreprise (c'est-à-dire dette incluse), le total monte à 23,7 milliards de dollars. Si l'opération allait jusqu'au bout, Schneider signerait la plus grande acquisition de son histoire.

Par rapport au dernier cours de clôture de PTC Inc, la somme mise sur la table par Schneider Electric représente une prime de 42,3%.

Le groupe chiffre les synergies de coûts à environ 250 millions d'euros en rythme annuel d'ici à trois ans, pour des synergies, par essence plus difficile à réaliser, de 800 millions d'euros. Pour financer cette opération, l'entreprise émettra pour 5 milliards à 6 milliards d'euros d'actions nouvelles et 16 milliards à 17 milliards de dette nouvelle.

À la Bourse de Paris, le titre Schneider Electric plonge de 9,2% vers 12h15 accusant de loin le plus fort repli du CAC 40 qu'il leste forte fortement (l'indice perd 1%).

"SaaSpocalypse

"C'est la surprise pour le marché, personne ne s'y attendait. Le problème c'est que cette acquisition vient compliquer une 'equity story' jusque-là simple orientée sur la croissance organique. Il n'y avait pas forcément besoin pour le groupe de venir s'embêter avec une grosse acquisition", explique un analyste.

"Par ailleurs il faut quand même rappeler qu'il y a la fameuse crainte du 'SaaSpocalypse', ce qui jette une inquiétude sur l'opération", poursuit cet expert de marché .

Depuis le début de l'année, les investisseurs redoutent que les éditeurs de logiciels professionnels voient les modèles économiques être disloqués et rendus obsolètes par les outils des grands modèles d'IA. Les grands outils de la start-up Anthropic tels que "Claude Cowork" et "Claude Code" ont alimenté ces craintes. Un terme appelé "SaaSpocalypse", mot-valise composé de "Saas" ("software as a service", le logiciel en tant que service) et de l'apocalypse, s'est imposé pour décrire cette tendance de marché.

Le français Dassault Systèmes a été pris dans la tempête, notamment en raison d'une présentation de MistralAI montrant des exemples de simulation physique et d'ingénierie via des modèles d'IA.

"La valorisation des actifs logiciels industriels est sous pression en raison des inquiétudes liées à l'IA et, même si nous estimons que celles-ci sont en grande partie infondées, cela ne change rien au fait que cela renforcera l'exposition de Schneider à cette préoccupation", tranche Royal Bank of Canada.

"Le marché va certainement sanctionner le titre, le groupe se renforçant sur un segment qui interroge en ce moment (risque de disruption en lien avec l’IA) et il finance en partie cette acquisition par une augmentation de capital", exlique Oddo BHF dans une note publiée en amont de l'ouverture du marché.

PTC Inc n'a d'ailleurs pas été épargné, le cours de la société américaine perdant 17,3% depuis le début de l'année et 30% sur un an. Cette baisse du titre n'a d'ailleurs probablement pas échappé à Schneider qui a sauté sur une opportunité.

Oddo BHF juge ainsi que ce projet d'acquisition a "le sens du timing" au vu de la chute du titre PTC.

Une "pièce manquante" mais à quel prix?

Le financement peut par ailleurs faire sourciller. "Si l'augmentation de capital reste raisonnable, Schneider va se situer sur des niveaux d'endettement historique avec un ratio dette nette (sur le résultat brut d'exploitation, NDLR), allant de 2,5 à 3 alors que la société se refusait à dépasser 2", remarque l'analyste anonyme précédemment cité.

Cette opération "entraînera également une dilution des activités de gestion de l'énergie et des centres de données, que le marché souhaite posséder" via son exposition à Schneider, pointe Jefferies.

Pourtant l'opération fait sens sur le plan stratégique. "Cela vient compléter un 'white space' (un trou dans le portefeuille, NDLR). Historiquement, Schneider avait un bon positionnement sur le 'hardware discret' (les machines de production pour parvenir à des biens individuels, tangibles, NDLR) et sur le software des processus. Cette acquisition permet de faire disparaître cette incohérence stratégique'", explique l'analyste anonyme.

"PTC est un actif de grande qualité qui affiche un solide historique de croissance et des indicateurs d'exploitation parmi les meilleurs de son secteur", loue pour sa part Jefferies.

"D'un point de vue stratégique, cette opération comble l'une des lacunes qui subsistaient dans le portefeuille de logiciels de Schneider, qui ne disposait pas d'une offre compétitive en matière de CAO (conception assistée par ordinateur et de PLM et dont la présence dans les secteurs discrets et hybrides était moins importante que celle de ses concurrents", explique la banque.

"PTC est la pièce manquante de l'offre de logiciels industriels de Schneider et ouvre la voie à un marché environ trois fois plus vaste. Aveva, filiale de Schneider Electric, excelle dans l'ingénierie et l'exploitation d'installations industrielles, PTC apporte quant à elle les logiciels de conception, de gestion du cycle de vie des produits et de services utilisés pour les produits et les machines qui y sont intégrés. Cela permet à Schneider de s'implanter davantage dans la fabrication discrète et hybride et, selon la direction, de multiplier par trois environ son marché potentiel dans le domaine des logiciels industriels. Il s'agit là d'un véritable élargissement du portefeuille, et non d'un simple renforcement de la taille d'Aveva", abonde Barclays.

Le jeu en vaut-il pour autant la chandelle? "Nous pensons que les investisseurs se montreront très sceptiques face à cette opération. Il est indéniable que PTC apporte des compétences dont Aveva manque, et le principal argument en faveur de cette opération réside dans une diffusion plus large de deux portefeuilles complémentaires", argue Barclays.

"Toutefois, cela nécessitera probablement une exécution sans faille pour justifier son prix élevé, selon nous. Le contexte actuel n’est pas favorable, compte tenu de la dévalorisation continue des entreprises SaaS en raison des inquiétudes concernant leur 'avantage concurrentiel' et de la pression commerciale exercée par l’IA", tranche encore la banque allemande.

D'autres écueils existent. "Les synergies de coûts sont plus limitées et l'opération repose principalement sur des synergies de chiffre d'affaires, qui peuvent prendre plus de temps à se concrétiser et s'avérer plus difficiles à réaliser", fait valoir Jefferies.

De plus, les grandes acquisitions structurantes sont plus difficiles à digérer que les plus petites. L'intégration de cette acquisition "s'annonce complexe", juge Royak Bank of Canada.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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