(BFM Bourse) - Sanofi a annoncé ce jeudi 12 février qu'il ne renouvellerait pas le mandat de Paul Hudson, qui quittera ses fonctions dans quelques jours. Pour le remplacer, le groupe pharmaceutique a jeté son dévolu sur la directrice générale de Merck KGaA. Mais le manque de hauts faits d'armes dans la R&D de Belén Garijo coince.
Sanofi change le traitement en urgence. Le groupe pharmaceutique a annoncé jeudi 12 février qu'il ne reconduirait pas le mandat de Paul Hudson, l'actuel directeur général, qui quittera ses fonctions dans cinq jours.
La société n'a pas motivé davantage ce choix. La chute du cours de Bourse, avec une baisse de 25,7% sur un an, a probablement (c'est un euphémisme) pesé dans la balance.
En octobre 2023, le dirigeant avait grippé la Bourse en décidant d'investir fortement dans la R&D quitte à sacrifier les perspectives de bénéfice à court et moyen terme. L'action avait plongé de près de 19% sur une seule séance.
L'idée était que Sanofi mette les bouchées doubles pour développer de nouveaux médicaments prometteurs à même de remplacer son blockbuster, Dupixent. Cet anti-inflammatoire multiples indications (asthme, dermatite atopique, prurigo nodulaire) assure le gros de la croissance de Sanofi.
Mais ce médicament phare fera face, à compter du début des années 2030, à un "patent cliff", c'est-à-dire une série de pertes de brevets. Ce "patent cliff" retranchera 17,3 milliards d'euros de revenus entre 2030 et 2035, selon les projections de JPMorgan.
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Sortie par la petite porte pour Hudson
D'où la décision de Paul Hudson d'intensifier les efforts dans la R&D. Problème: Sanofi a enchaîné les déconvenues l'an passé. Que ce soit en mai, avec l'itépekimab (pour traiter la bronchite du fumeur) ou, surtout, en septembre avec l'amlitelimab (pour soigner la dermatite atopique), la société a livré des données d'efficacité inférieures aux attentes du marché.
En décembre, l'autorité sanitaire américaine l'a en plus invité à revoir sa copie sur tolebrutinib (pour une forme de sclérose en plaques), en opposant une fin de non-recevoir à sa demande d'autorisation de mise sur le marché.
En résumé, la stratégie de Paul Hudson n'a pas payé et le conseil d'administration a estimé qu'un électrochoc était nécessaire.
"Le mandat arrivait à son terme et son remplacement potentiel demeurait une grosse question après une année 2025 un peu désastreuse, et le pipeline (les médicaments en cours de développement n'a pas forcément délivré", glisse un intermédiaire financier.
Pour remplacer le Britannique, Sanofi a décidé de nommer Belén Garijo directrice générale à compter du 29 avril prochain.
Née le 31 juillet 1960, cette doctoresse spécialisée dans la pharmacologie occupe depuis 2021 le poste de directrice générale de Merck KGaA, groupe de pharmacie et chimie allemand.
L'Espagnole était devenue la première femme a diriger un groupe du DAX 40, équivalent du CAC 40 à la Bourse de Francfort.
Belén Garijo a commencé sa carrière en milieu hospitalier avant de rejoindre le département R&D de l'américain Abbott puis de travailler pendant 15 ans chez Sanofi où elle a notamment piloté l'acquisition de la biotech américaine Genzyme en 2011, pour plus de 20 milliards de dollars. La dirigeante a rejoint Merck en 2011.
Belén Garijo est régulièrement citée dans les classements des femmes les plus puissantes. Elle se classe au 77e rang de celui de Forbes et au 33e pour Fortune.
Un bilan discuté
"Belén Garijo apportera une rigueur accrue à la mise en œuvre de la stratégie de Sanofi et accélérera la préparation de l’avenir du groupe. Sa priorité sera de renforcer la productivité, la gouvernance et la capacité d’innovation de la recherche & développement", a déclaré Sanofi.
Sa nomination est toutefois mal reçue en Bourse. Sanofi chute de 3% en milieu d'après-midi, accusant la plus forte baisse du CAC 40, après avoir perdu plus de 6% en milieu de journée.
"Je pense que le marché est quand même surpris par la brutalité de l'annonce, Paul Hudson partant dans quelques jours alors que, habituellement, il y a une période de transition", explique l'intermédiaire financier précédemment cité.
"Maintenant, il est vrai que le profil de sa remplaçante n'est pas forcément ce que le marché attendait. Elle est intéressante, a une bonne connaissance du secteur mais son 'track record' (son bilan, NDLR) est mitigé. Sur l'exécution du 'pipeline', il y a eu pas mal d'échecs chez Merck KGaA. Il y avait aussi peut-être beaucoup d'attentes sur un profil plus 'flashy'", développe cet expert de marché.
"Si Sanofi a connu plusieurs revers en matière de R&D au cours de l'année dernière, nous estimons que ce changement soudain ne fait qu'ajouter à l'incertitude à court terme pour Sanofi", explique de son côté Citi.
"Bien que Belén Garijo ait une longue carrière dans l'industrie pharmaceutique, compte tenu de l'importance accordée par Sanofi au redressement de la R&D, nous aurions considéré la nomination d'un dirigeant issu d'une grande société pharmaceutique et jouissant d'une solide réputation en matière de R&D/BD (R&D et 'business development', le développement de l'activité) comme susceptible d'avoir un impact plus immédiat sur les actions", détaille l'établissement américain.
Jefferies, qui a un conseil à l'achat sur Sanofi, reconnaît que ce choix "fera bien sûr débat'.
"Nous pensons qu'il est juste de dire que Belen n'aurait pas figuré sur de nombreuses shortlists de successeurs potentiels, car chez Merck KGaA, elle n'a sans doute jamais atteint le profil des anciens dirigeants de (Sanofi)".
Constatant que l'action Sanofi souffre ce jeudi, Jefferies explique que l'idée dominante dans le marché, ce jeudi, est que "la nomination d'une PDG sans expérience crédible en matière de R&D dans ses fonctions précédentes et incapable de stimuler la croissance de l'activité pharmaceutique de Merck KGaA reflète un échec de la gouvernance d'entreprise et une admission implicite que le changement culturel nécessaire est impossible à réaliser".
La banque pense toutefois différemment. "Considérer cette nomination comme un échec de la gouvernance d'entreprise semble sévère", tranche Jefferies.
"Nous soulignons qu'il est possible que le conseil d'administration ait compris (via cette nomination) ce qui doit être traité immédiatement et ce qui peut attendre", poursuit la banque.
Jefferies avance surtout que Sanofi est face à un défi difficile. Le bureau d'études rappelle qu'Astrazeneca avait mis quatre années d'efforts intensifs pour redresser sa R&D. Une performance qui selon le bureau d'études, sera difficile à reproduire.
"Étant donné que les brevets du Dupixent expireront en 2032, il n'y a pas vraiment le temps de mener à bien un cycle de R&D et d'espérer que tout se passe pour le mieux", prévient Jefferies.
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