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Pétrole Brent

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Pétrole brent : Croissance en Chine, crise au Venezuela... Ce qui fera bouger les prix du pétrole en 2019

mardi 29 janvier 2019 à 17h50
Des incertitudes géopolitiques entraînent des remous sur le marché de l'or noir

(BFM Bourse) - Entre le ralentissement de la demande mondiale, la hausse de la production de pétrole de schiste ainsi que la crise au Venezuela, l'actualité est riche sur le marché de l'or noir. Les cours du pétrole devraient être marqués par une volatilité exacerbée en 2019.

Après avoir vu les cours des barils d'or noir plonger de plus de 40% entre début octobre et fin décembre dans un contexte de surabondance de l'offre, l'Organisation des pays exportateurs (Opep) et ses partenaires dont la Russie avaient décidé de réduire leur production de 1,2 million de barils par jour (bpj) à compter du mois de janvier. La remontée des cours a été immédiate, le baril de Brent rebondissant de près de 25% entre le 24 décembre et le 21 janvier, pour revenir à 63 dollars, son plus haut niveau depuis fin novembre dernier. La poursuite de ce rebond a toutefois été entravée par les inquiétudes sur l'excès d'offre et les perspectives de ralentissement de l’économie mondiale.

Un nombre de puits de pétrole exploités aux États-Unis en hausse

La société parapétrolière Baker Hugues a comptabilisé vendredi dernier dix nouveaux puits de pétrole actifs aux États-Unis par rapport à la semaine précédente, ce qui porte leur nombre à 862 et constitue la première hausse hebdomadaire de l'année. La fermeture de plusieurs puits au cours des dernières semaines avait pu laisser penser aux investisseurs que la chute des cours au 4e trimestre avait découragé les investissements dans le schiste américain. Il n'en fut donc rien, l'ouverture de dix nouveaux puits constituant un signe d'une probable hausse des extractions de brut dans les semaines à venir. "Malgré les efforts de l'Opep pour limiter la production, les craintes sur l'augmentation de l'offre continuent de peser sur les cours" indiquait Alfonso Esparza, analyste chez Oanda.

Mercredi dernier, la publication hebdomadaire des réserves de pétrole brut aux États-Unis par l'Agence américaine d'informations sur l'Énergie (EIA) avait laissé les analystes pour le moins perplexes, les prix du baril américain de référence s'étant apprécié dans la foulée. Une hausse qui allait "à l'encontre de toute logique car le rapport hebdomadaire était particulièrement de nature à peser sur les prix", soulignait alors Robert Yawger, analyste chez Mizoho. Ce dernier rappelait que "les stocks de brut [avait] bondi de 8 millions de barils alors que ceux d'essence [avaient] atteint un niveau jamais connu auparavant". Ce qui aurait dû faire baisser les prix. "Il est vraiment étonnant que les investisseurs n'aient pas réagi aux chiffres sur les stocks", avait aussi estimé Kyle Cooper de Ion Energy, ajoutant que les investisseurs "pensaient sans doute qu'à 53 dollars le baril (de WTI, ndlr), le prix était assez attractif pour investir".

De son côté, la production d'or noir était restée au niveau record atteint la semaine précédente, les États-Unis ayant extrait en moyenne 11,9 millions de barils par jour. Selon l'EIA, qui diffusait par ailleurs ses prévisions annuelles pour les décennies à venir jeudi dernier, ces extractions devraient d'ailleurs continuer à grimper jusqu'en 2027 et se maintenir au-delà des 14 millions de bpj jusqu'en 2040. De quoi alimenter les craintes d'une surabondance de l'offre...

Craintes d'un ralentissement de l'économie chinoise

Dans le même temps, les cours d'or noir sont toujours victimes "des inquiétudes croissances sur le ralentissement de la demande en Chine" note Margaret Yang Yan, analyste chez CMC Markets à Singapour. Les investisseurs restent également dans l'expectative avant de nouvelles négociations à venir - dès mardi après-midi à Washington en présence du vice-premier ministre chinois- sur le front commercial sino-américain. En attendant d'éventuelles bonnes nouvelles sur cette question, le marché n'a pas été rassuré par les derniers indicateurs macroéconomiques en provenance de Chine, et encore moins par les prévisions des groupes américains ajustées à la baisse du fait de la faiblesse de leurs activités en Chine.

La crise au Venezuela pourrait déséquilibrer le marché

Dernier rebondissement politique, et non des moindres, à affecter le marché pétrolier : la crise présidentielle au Venezuela qui dure depuis le 10 janvier dernier. Si Nicolas Maduro a été investi ce jour-là pour un deuxième mandat de six ans, l'opposition et une partie de la communauté internationale -Union européenne et États-Unis en tête- n'ont pas reconnu sa légitimité, Donald Trump, notamment suivi par le Canada et le Brésil, ayant choisi de reconnaître Juan Guaido, le président du Parlement autoproclamé "président en exercice". Nicolas Maduro accuse alors les États-Unis d'avoir ordonné "un coup d'État fasciste" et reçoit le soutien de Vladimir Poutine qui dénonce une "ingérence extérieure destructrice".

Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie et la Chine ont ensuite bloqué un projet américain de déclaration visant à soutenir le Parlement dirigé par Guaido et le secrétaire d'État américain Mike Pompeo avait, dans la foulée, appelé tous les pays à cesser leurs transactions financières avec le régime de Maduro. Ce dernier coupait alors totalement les ponts avec le pays de l'oncle Sam, une réaction qui "pourrait pousser Washington à sanctionner l'industrie pétrolière" de ce pays qui possède les plus amples réserves de brut au monde, prophétisait Sukrit Vijayakar, analyste chez Trifecta Consultants.

Lundi, les États-Unis lui ont donnée raison en annonçant des sanctions contre la compagnie pétrolière vénézuélienne PDVSA, lui interdisant de faire du commerce avec des entités américaines et gelant ses avoirs à l'étranger afin d'empêcher "le détournement de davantage de ressources" par Nicolas Maduro.

Les États-Unis se tirent une balle dans le pied

"La crise qui empire au Venezuela soutient les prix alors que la semaine a été marquée par une hausse massive des réserves américaines", ont résumé les analystes de Saxo Bank dans leur note publiée mardi. Car malgré l'effondrement des capacités de productions du Venezuela ces dernières années, le pays d'Amérique du Sud détient toujours les plus importantes réserves prouvées de pétrole brut au monde et une bonne partie de l'industrie pétrolière internationale a besoin de son pétrole lourd pour le mélanger à des pétroles plus légers et produire de l'essence et d'autres produits raffinés.

Contrairement aux sanctions contre l'Iran, les États-Unis n'ont pour l'instant pas interdit aux autres pays de faire affaire avec Caracas mais le Venezuela pourrait tout de même peiner à trouver des acheteurs pour écouler son pétrole lourd. "Il n'est pas impossible que des pays européens se joignent aux sanctions", prévient par exemple Olivier Jakob, analyste chez Petromatrix. Ce qui pourrait inciter le Venezuela à se tourner vers l'Inde et la Chine -qui soutiennent toujours officiellement Maduro- selon les analystes d'ING. Les deux pays les plus peuplés au monde ont en effet acheté à Caracas environ 300.000 barils par jour en 2018 (contre plus de 500.000 pour les États-Unis).

Les analystes d'ING préviennent cependant que "pour la Chine, les exportations servent avant tout à payer la dette de Caracas, donc cela ne va pas générer de liquidités pour PDVSA" (NDLR : Petróleos de Venezuela SA, la compagnie pétrolière publique du pays). En fin de compte, il semblerait que ce soit les États-Unis qui aient le plus à perdre dans cette histoire, et plus précisément les raffineries américaines du golfe du Mexique, spécialisées dans le mélange du pétrole lourd au brut plus léger produit aux États-Unis". Pour Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB, les sanctions américaines "ne pénalisent que les raffineries américaines", d'autant plus qu'il risque d'être difficile de trouver ce type de pétrole ailleurs, même si les analystes de Commerzbank suggèrent que "le Canada pourrait s'engouffrer dans la brèche avec ses sables bitumeux". Quoiqu'il advienne, le ministre saoudien de l'Énergie Khaled al-Faleh a estimé, dans une déclaration lundi à la chaîne Al-Arabiya, que la crise au Venezuela "pourrait affecter l'équilibre du marché pétrolier".

Vers des sanctions supplémentaires contre le Venezuela?

Mardi, le secrétaire américain Steven Mnuchin a indiqué que les États-Unis envisageait d'aller plus loin dans les sanctions pour faire pression sur le gouvernement de Nicolas Maduro. "Nous recherchons toujours des sanctions supplémentaires (...) afin de s'assurer que nous protégeons les actifs du pays pour le peuple du Venezuela", a affirmé le ministre de Donald Trump sur la chaîne Fox Business News. "Il n'y a pas de doute que nous essayons de couper les fonds au régime" de Nicolas Maduro "qui ne devrait pas être au pouvoir" a ajouté Steve Mnuchin, qui parle du Venezuela comme d'un "pays très, très riche en ressources pétrolières qui connaît une pauvreté et une crise humanitaire extraordinaires".

Accès de volatilité à prévoir en 2019

"Sur fond de troubles géopolitiques et de ralentissement économique, les cours du pétrole seront marqués par une grande volatilité cette année", a prévenu vendredi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'Énergie (AIE), Fatih Birol, présent au Forum économique de Davos. Le dirigeant de l'organisation internationale, émanation de l'OCDE et créée en 1974 à la suite du premier choc pétrolier, considère que la volatilité des prix "pourrait bien être encore plus forte que l’année dernière", pointant notamment les "inquiétudes géopolitiques qui pourraient être plus fortes et plus fréquentes cette année". Sur le volet de la croissance économique, le responsable de l’AIE note que "l’économie mondiale ralentit et nous ne connaissons pas encore les implications de ce ralentissement sur la demande".

Quentin Soubranne - ©2019 BFM Bourse
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