(BFM Bourse) - Le spécialiste des membranes cryogéniques pour le transport de gaz naturel liquéfié (GNL) a publié une croissance inférieure aux attentes et a maintenu ses objectifs quand les investisseurs espéraient un relèvement.
Ex-filiale d'Engie, Gaztransport et Technigaz (GTT), fait partie de ces pépites françaises parfois méconnues mais qui diposent de savoir-faire propres leurs offrant des avantages concurrentiels enviables.
La société s'est spécialisée dans les systèmes de confinement cryogénique à membranes destinés au transport et au stockage des gaz liquéfiés. Son cœur d’activité réside dans l’équipement des méthaniers et des unités de confinement de GNL (gaz naturel liquéfié), une énergie qui a le vent en poupe. A fortiori depuis l'éclatement du conflit en Russie qui a poussé nombre de pays à chercher des alternatives au gaz russe.
Selon le bureau d'études indépendant Alphavalue, environ 83% des navires de transport de GNL en activité sont équipés des technologies du groupe.
La société opère sur un modèle "asset light", qui lui permet d'afficher des marges impressionnantes. Au premier semestre 2026, la marge opérationnelle a atteint 64,1%, la marge nette 54,3%.
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Un "modèle asset-light"
"Lorsqu'un groupe veut construire un méthanier transportant du GNL, il va demander à des chantiers navals, par exemple, sud-coréens, de construire ce bateau à un budget donné, mettons 250 millions de dollars avec les technologies embarquées. GTT va, moyennant rémunération, accorder une licence à ces chantiers pour qu'ils puissent intégrer ces technologies et va envoyer des équipes pour fournir une assistance technique, s'assurer que le groupe utilise les bonnes technologies, les bonnes matières premières", explique Guillaume Delaby, analyste et directeur de la recherche "Global Oil Services" chez Bernstein.
Fort de ce positionnement enviable et d'une exécution digne de l'orfèvrerie, GTT s'est bâti une solide réputation, enchaînant les publications de qualité et les prises de commandes.
L'évolution de son cours de Bourse reflète ces solides fondamentaux : l'action prend 13% en 2026, 49% sur trois ans, et 481,5% sur dix ans. Avec une capitalisation boursière de 6,6 milliards d'euros, une possible intégration du groupe dans le CAC 40 à moyen terme demeure une question ouverte.
Toutefois la société connaît une anicroche dans son parcours. GTT a livré, vendredi soir après la clôture du marché, des revenus inférieurs aux attentes au titre du troisième trimestre et des neuf premiers mois de 2026.
Sur la période allant de juillet à fin septembre, le groupe a généré un chiffre d'affaires de 183 millions d'euros, soit 7% de moins que le consensus (la prévision moyenne des analystes), note UBS.
"Le groupe subit ponctuellement un effet décalage de quelques livraisons qui est temporaire et limité à 2% du chiffre d'affaires sur neuf mois", remarque Oddo BHF.
Une entreprise trop "consensuelle"?
GTT paie rubis sur ongle cette publication inférieure aux attentes. L'action de l'entreprise plonge de 13,4% en début d'après-midi à la Bourse de Paris, accusant le plus fort repli du SBF 120".
"L'idée est assez simple : on a eu une publication du troisième trimestre inférieure aux attentes. Cela arrive à toutes les sociétés, mais c'est quelque chose de très rare chez GTT", explique Guillaume Delaby de Bernstein.
L'analyste a choisi d'abaisser son opinion sur le titre de l'entreprise à "performance de marché contre "surperformance" précédemment, ce qui revient à passer d'"acheter à neutre.
"GTT est une entreprise qui fait l'unanimité, compte tenu de la très forte visibilité permise par le carnet de commandes record de 1.9 milliard d'euros, qui offre une très belle visibilité sur la progression des revenus, des bénéfices, du dividende sur la période 2027-2029", rappelle Guillaume Delaby.
"Le problème est que compte tenu de cette visibilité, l'optimisme du marché s'avère peut-être trop élevé, il y a peut-être un peu de 'suroptimisme' sur le titre", poursuit-il.
"Notre dégradation vise simplement à recoller les attentes avec la réalité des fondamentaux de la société, qui restent, certes excellents. Fondamentalement, l'histoire n'a pas changé", conclut l'analyste.
"Ces attentes élevées s'observent d'ailleurs sur la publication : tout le monde tablait sur un relèvement des perspectives 2026 alors qu’elles n’ont été que confirmées", illustre-t-il encore.
Départ du dirigeant historique
À noter que la société a également annoncé que Philippe Berterottière, dirigeant historique du groupe (il a été PDG de 2009 à 2024, puis de février 2025 à avril 2026) quitterait le mois prochain son poste de président du conseil d'administration, remplacé par Catherine Ronge, présidente du comité des nominations et rémunérations.
"Le départ de monsieur Philippe Berterottière du conseil marque, dans le respect des plus hauts standards de gouvernance, la fin de la période de transition réussie avec monsieur François Michel, qui a rejoint le groupe en qualité de directeur général en janvier 2026", a fait valoir GTT.
Pour Barclays, cette annonce peut potentiellement contribuer à la chute de l'action GTT. "Il a largement contribué au succès de GTT pendant de nombreuses années et a été étroitement associé au développement du groupe", rappelle l'établissement britannique.
Pour autant, Barclays estime que ce changement ne change strictement rien à la stratégie de la société. Plus largement, la banque britannique voit dans la chute de ce lundi une opportunité d'achat sur l'action et se dit "surprise de l'ampleur" de la baisse.
"À notre avis, le mouvement de ventes s'explique par une combinaison de facteurs conjoncturels plutôt que par une détérioration des fondamentaux ou des perspectives de croissance à moyen terme", écrit Barclays.
"Nous continuons d'observer une forte dynamique de croissance, soutenue par un nombre record de décisions d'investissement définitives (FID) dans des projets de liquéfaction de GNL, un carnet de commandes bien rempli et de multiples perspectives de croissance au-delà de notre cœur de métier à moyen terme", avance la banque.
Même son de cloche du côté d'Oddo BHF. "À l’appui de fondamentaux porteurs, des FID annoncées et attendues ainsi que du potentiel issu du marché du renouvellement, le groupe bénéficie d’une bonne visibilité pour les quatre prochaines années", abonde le courtier qui a confirmé son opinion à "surperformance".
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