(Bletchley) Lundi, 20 Juillet 2009 00:00
Notre Président de la République qui se surprend de plus en plus à vénérer la justice sociale,
a décidé de ramener les français à la raison en matière de création culturelle en général et
d’écoute musicale en particulier.
Son analyse - et celle de ses conseillers élyséens - est probablement la suivante :
Alors que partout ailleurs dans le monde la musique téléchargée légalement supplante somme toute
assez naturellement la musique achetée sur support CD, la France elle collectionne tous les records
de rébellion. Astérix et Obélix continuent donc de défier César et plus de 9 Musinautes
français sur 10 considèrent comme normal de télécharger de la musique sans payer, proportion
exactement inverse de celle que l’on mesure au Japon par exemple !
Et il y a fort à parier que ce sera idem pour les autres œuvres de l’audiovisuel ou du cinéma.
Casus Belli !... Il faut donc niveler tout ça avant qu’il ne soit trop tard … Ah non mais !
Il suffit donc de « casser » les illégaux vite et fort et le tour sera joué. C’est cela
l’esprit de géométrie de Nicolas. Deux points, une ligne qui relie ces deux points, on coupe
selon cette ligne et le problème tombe. Descartes revisité rue du Faubourg Saint Honoré …
Mais qu’en est-il exactement de ce soi-disant micro climat Français en terme d’industrie
culturelle et musicale.
Tout d’abord un premier fait, pour une offre Internet dite « légale » (c'est-à-dire payante)
:
1/ Les artistes connus n’ont, en valeur absolue des revenus perçus, rien à perdre à être
diffusés en ligne et des artistes moins connus ont eux carrément tout à y gagner.
2/ Les producteurs-majors-distributeurs ont eux tout à y perdre.
En effet, contrairement aux idées reçues, dans le système traditionnel ce n’est ni la « mise
bouteille » de la musique, ni la recherche de talents ni même l’enregistrement qui constituent
une barrière à l’entrée mais bel et bien la distribution et la promotion.
Internet offre à cet égard une solution fulgurante à un coût marginal. Cela ne plaît
évidemment pas du tout aux Majors et à leurs artistes plénipotentiaires et c’est bien normal.
La fonction critique de distributeur est déplacée vers celle du vendeur « Internet » final. Ca
les énerve donc carrément et à tel point que, de l’avis de tous, les conditions qu’ils posent
au distributeurs de musique en ligne qui se piqueraient de marcher sur leurs plates bandes
légalement est une véritable escroquerie (imposition d’une somme fixe décourageante à
l’entrée et ensuite plus de 70% des revenus des ventes à leur rétrocéder …)
A qui donc profite le crime selon vous ? ... Ainsi, avec Hadopi, les Majors ont enfin l’alibi
idéal :
Faire semblant de concourir au développement d'Internet en terme de contenu culturel légal (le
premier problème c’est que leur devise cachée est clairement « Pas si vite devant et poussez
pas derrière »),... tout en cassant les méchants illégaux (le second problème c’est que ce
sont en fait à 80% des gentils illégaux).
Dans les faits, ce sera une vraie et constante réalité : Faire c…. le monde !
On comprend très bien pourquoi d’ailleurs.
Nos gentilles Majors sont, depuis toujours, expertes à pratiquer la méthode consistant à faire
payer un prix anormalement élevé pour une œuvre en prévision des copies illégales qui en seront
faites. Seulement voilà, avec Internet, la proportion de la fuite est telle qu’amortir cela dans
un surprix offert au « pigeon » devient impossible, il convient donc de faire du répressif pour
ramener cela à une proportion moins voyante.
De plus, les producteurs n’ont jamais voulu entendre parler de ce foutoir que représenterait à
leurs yeux la licence globale (pour un prix forfaitaire donné je télécharge ce que je veux) car
ils estiment être parfaitement légitimes à disposer ad vitam aeternam de ce fameux droit de
régner et d’autoriser qui leur permet de négocier les droits avec des interlocuteurs
unilatéralement choisis par eux.
Ils ont semble-t-il fermement convaincu Sarkozy sur ce point, allez savoir pourquoi.
Quant aux brillants intellectuels qui entourent notre Président, ils nagent en pleine superstition.
La propriété intellectuelle ça fait bien, c’est un beau sujet, c’est moderne, pas fatigant et
les strass et paillettes ne sont jamais très loin. Comme tous les superstitieux ils imaginent donc
lire derrière les faits et en savoir bien plus qu’ils n’en connaissent en réalité. Seulement
voilà, dans la pratique cela risque de se traduire par pas mal d’ennuis pour beaucoup de citoyens
pas plus voyous que ça en fait.
Par là, notons bien que l’Elysée ne fait que consacrer le fait que nos gouvernements (pas
simplement celui de Nicolas) sont devenus des institutions de bienfaisance de plus en plus exposées
au chantage des lobbyings.
La justice au nom de laquelle ils prétendent agir est une fiction, personne ne sait en quoi elle
consiste. Il y a simplement en la matière une distribution qui profite à des groupes isolés
tandis que le coût et la peine en sont répartis sur l’ensemble des gens.
Ainsi, le téléchargement culturel illégal, chacun a l’impression qu’il s’agit de punir
l’autre, le méchant « geek », vous savez celui qui connaît mieux l’informatique que nous, le
bidouilleur né, celui qui comprend tout sans lire la doc dans tous les sens … Tiens ! bien fait
!
Je ne rentrerai pas dans les détails de Hadopi 2 (d’autres s’en chargent) qui au passage est
une insulte aux prérogatives du Conseil Constitutionnel et qui constitue au sens juridique réel du
terme ce qu’il est communément convenu d’appeler une véritable « Fraude à la Loi »
(constitutionnelle).
Je ne suis pas pour le piratage je suis pour la réflexion, je ne suis absolument pas contre la
répression ! Punir oui, mais les seuls vrais coupables !
Or dans les faits, Hadopi traquera à 80% des gens qu’il conviendrait de considérer comme faisant
tout bonnement un « fair use » (usage raisonnable) de la musique. Les vrais pirates eux,
utiliseront leur savoir-faire pour faire punir d’autres à leur place et sauront aisément laisser
l’ADN de parfaits innocents bien en évidence sur les lieux du crime! Et c’est nos gentilles
commissions ad-hoc qui à l’aide de juges débordés démêleront tous ça !
Ben voyons …
Les pouvoirs publics ne connaissent rien au numérique, ça c’est normal et ça n’est pas grave,
on ne leur demande après tout que du bon sens. Ceux qui y connaissent quelque chose et les
conseillent se comportent 9 fois sur 10 en adorateurs du pouvoir et imposent par le biais de
rapports sans intérêts des méthodes dénuées d’une quelconque vision si ce n’est du désir
de mettre en avant leurs propres hypothèses, ça c’est humain …
Parce que nous sommes tous attachés à cet idéal de base de la démocratie que constitue la
défense des prérogatives attachées à la création intellectuelle, pourquoi nous sentirions nous
obligés de défendre des méthodes et institutions particulières qui cherchent à passer à tort
pour leur traduction concrète ?
La Loi doit exprimer la conduite permanente de la société et Hadopi est à cet égard d’une
nullité sans égal.
Pourquoi pour s’adapter et coller au mieux à l’esprit de fronde hexagonal, ne pas avoir pensé
à approfondir par exemple le concept d’un droit à l’écoute gratuite de titres de qualité
sensiblement dégradée (inférieure au CD) et réserver la répression à ceux qui malgré cela
continueront à piller et dupliquer du « Master-like » (leur intention sera là beaucoup plus
suspecte non?). A cet égard, on sait très bien que Deezer le site emblématique d’écoute «
streaming » en ligne (en direct, en qualité basse et sans téléchargement possible) ne fait
qu’encourager les auditeurs à acheter des titres (tant des artistes peu connus que des très
connus d’ailleurs).
Sarkozy est somme toute courageux, intelligent et sait user des hommes comme peu de politiques
savent en user. A l’opposé il est bien trop le nez sur le guidon, trop cornaqué par sa garde
rapprochée, bien trop prévisible et n’a pas de vision de société cohérente (mais qui en a ?).
Mais pourquoi diantre fait-il donc à ce point n’importe quoi sur ce sujet ?
Je vous laisse juste vous interroger et y apporter votre propre réponse. :-)