(BFM Bourse) - Téhéran a laissé planer la menace de miner le détroit d'Ormuz, voie stratégique du pétrole mondial. Exail Technologies a indiqué à BFM Business être prêt à intervenir dans la zone avec son système de drones le plus avancé au monde. Pour un bureau d'études, les répercussions pour l’activité d’Exail seraient importantes si l'Iran envisageait de mettre sa menace à exécution.
C'est le nouvel enjeu stratégique de la guerre actuelle au Moyen-Orient: le trafic dans le détroit d'Ormuz et surtout le risque de voir l'Iran y déployer des mines dévastatrices pour les navires.
C'est par ce passage que transite, en temps de paix, un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Selon Washington, l'Iran aurait l'intention d'y déployer des mines même si à ce jour, rien n'est confirmé.
Le minage du détroit d’Ormuz par l’Iran pourrait constituer un tournant majeur dans le conflit actuel au Moyen-Orient. Ces armes sont particulièrement efficaces pour bloquer un espace maritime, car elles sont faciles à installer, disponibles en grand nombre et extrêmement difficiles à neutraliser.
"C'est facile de miner, n'importe quel bateau peut balancer une mine à la mer. La mine est la Némésis de tous les armateurs!", a expliqué à BFM Business, Stéphane Audrand, consultant indépendant et officier de réserve dans la Marine.
"Si l'Iran venait à poser 300 mines dans le détroit d'Ormuz, cela bloquerait entièrement la navigation", prévenait Louis O'Connor, gérant de fonds chez Uzès Gestion, à l'antenne de Good Morning Markets, jeudi 12 mars.
Sur BFM Business vendredi 13 mars, Didier Maleterre, vice-amiral d’escadre, vice-président conseiller défense d'Exail Technologies a expliqué que les conséquences seraient lourdes mais pas définitives. "Mais tout dépend du nombre de mines déployées par les Iraniens. Si c'est un faible nombre, ça peut se passer en deux-trois semaines, mais s'il y a beaucoup de mines, ça peut durer plusieurs mois", a-t-il expliqué.
"Et si l'Iran osait...?"
Dans une note à l'intitulé évocateur "Et si l'Iran osait...?", publiée lundi 9 mars, TP ICAP Midcap évaluait déjà les implications de cette stratégie iranienne de perturbation du trafic d'Ormuz par la pose de mines. Il s'agirait alors d'une "opération aux conséquences potentiellement irrémédiables", et l'intermédiaire financier rappelle que l'Iran l’a déjà fait durant les années 1970 et que le pays dispose de capacités de minage.
Dans ce contexte, Uzès Gestion estime qu'Exail Technologies, spécialiste des drones anti-mines pourrait "éventuellement intervenir dans cette situation", quand TP ICAP Midcap juge que les répercussions pour l’activité du groupe technologique "seraient importantes".
Il faut dire que l'ETI française s'est imposée comme un acteur majeur tant dans les équipements de navigation que sur les drones, notamment depuis le rapprochement avec le spécialiste de la navigation sous-marine iXblue et sa filiale ECA, en septembre 2022.
Le groupe développe des systèmes robotisés de lutte contre les mines navales reposant sur plusieurs drones autonomes de surface et sous-marins. Son système intégré, appelé UMIS, combine des drones sous-marins chargés de cartographier les fonds marins et de détecter les mines grâce à des sonars, des robots téléopérés pour les identifier, ainsi que des drones de neutralisation capables de les détruire avec une charge explosive.
Ces robots sont déployés depuis un drone de surface ou un navire, ce qui permet d’effectuer les opérations de déminage à distance et sans exposer les équipages.
Le vice-président conseiller défense d'Exail Technologies explique qu'Exail Technologies exploite un "système de drones pour écarter le risque humain de la zone mortelle. On opère des drones de surface qui vont opérer des drones sous-marins, c'est un peu James Bond, mais ça marche", explique-t-il.
En 2025, Exail Technologies a remporté "plusieurs commandes significatives" pour des systèmes de navigation dédiés à la défense terrestre, qui ont été acquis par différentes forces armées européennes, dont les marines belge et néerlandaise, références de l'OTAN dans ce domaine.
Le groupe profite très clairement de l'essor des investissements des états dédiés à la défense et du contexte géopolitique actuel, avec le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.
Si l'Iran envisageait de déployer des mines dévastatrices pour les navires dans le détroit d'Ormuz, "cela pourrait avoir un fort impact indirect sur l’offre d’Exail, qui deviendrait subitement hautement stratégique pour un ensemble de pays avec lesquels le groupe travaille déjà (Émirats arabes unis,…)", avance Julien Thomas, analyste en charge de la couverture d'Exail Technologies pour TP ICAP Midcap.
De nouveaux clients?
Si jamais les pays du Golfe étaient en charge du nettoyage du détroit d'Ormuz, l’analyste s'attend à ce que ce cas de figure accélère les phases II de plusieurs programmes de déminage déjà signés auprès du groupe, ainsi que générer de nouvelles commandes de consommables KSTER (qui sont détruits lors de la neutralisation de la mine, NDLR) ou DriX pour assurer la surveillance de la zone.
"Par ailleurs, de nouveaux pays tels qu’Oman, le Qatar ou le Koweït pourraient se tourner vers la solution d’Exail", signale-t-il.
Pour autant, Exail Technologies n’investirait pas dans de nouvelles capacités pour répondre à un goulot d’étranglement temporaire et dans cette hypothèse, les pays du Golfe contacteraient directement la Belgique et les Pays-Bas afin d’être livrés en priorité.
"Bien sûr, il est aussi possible que l’US Navy ou le programme BENL (marines belge et néerlandaise), sous l’égide de l’OTAN, soient chargés de cette mission", avance TP ICAP Midcap, qui relève également que le groupe a réussi à "gagner d’importantes parts de marché sur les équipements de navigation auprès des marines du Golfe, qui souhaitent réduire leur dépendance envers les fournisseurs américains".
Pour 2026, Exail Technologies vise une croissance "à deux chiffres" de son activité après une hausse de 28% de ses revenus en 2025, dépassant largement les objectifs annoncés en octobre. L'an dernier, la société a bénéficié de la livraison des premiers systèmes dronisés de lutte contre les mines ainsi que de la montée en puissance de la production de systèmes de navigation.
"Le groupe bénéficie de tendances de marché favorables, telles que l’augmentation des budgets de défense, la dronisation accrue des forces navales et une demande soutenue pour des équipements de navigation destinés à la fois au secteur civil et à la défense", fait valoir Exail Technologies dont le titre gagne 60% depuis le début de l'année, et plus de 300% sur un an et 576% sur trois ans.
Cette ascension boursière lui a d'ailleurs ouvert les portes du SBF 120, en septembre 2025, en compagnie de la biotech Abivax, qui fait l'objet de nombreuses rumeurs sur son potentiel rachat, alimentant là aussi son impressionnante hausse à la Bourse de Paris (+1.784% sur un an).
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