(BFM Bourse) - Le candidat de gauche a remporté l'élection présidentielle à la surprise générale pour un quatrième mandat. Plusieurs actions européennes sont directement concernées par cette victoire inattendue.
Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, a totalement renversé la vapeur. Le candidat du parti des travailleurs (gauche) et président brésilien sortant a déjoué les pronostics en remportant le second tour de l'élection présidentielle dans le pays lusitanophone. Lula a battu le conservateur Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro. Ce dernier a d'ailleurs annoncé son intention de contester le scrutin.
Avec 51,8% des voix contre 48,2% pour le sénateur Flavio Bolsonaro, le vétéran qui aura 81 ans ce mardi a effectué une véritable "remontada".
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Les actis brésiliens souffrent
"C'est la première fois depuis la fin de la dictature militaire qu'un candidat à la présidence, qui était arrivé second au premier tour, parvient à battre le favori au second tour", écrit Barclays.
Cette victoire met sous pression les actifs brésiliens. Le réal brésilien chute de plus de 10% face au dollar et le Bovespa, indice phare de la Bourse de Sao Paulo, plonge de plus de 16,5% en début de séance.
Les marchés avaient très clairement anticipé une victoire de Flavio Bolsonaro. "Les investisseurs s'étaient fortement orientés vers un changement de gouvernement: l'indice Bovespa a augmenté de plus de 8% lors des premières transactions après le premier tour et les taux d'intérêt à long terme ont fortement chuté dans l'espoir d'un changement de politique fiscale. Beaucoup de ce mouvement semble maintenant devoir s'inverser, et la charge de la preuve repose clairement sur le président réélu", explique Viktor Szabó, spécialiste de la dette des marchés émergents chez Aberdeen.
Le spécialiste de marché explique que dans l'entre-deux tours, Lula a lancé des mesures budgétaires généreuses pour tenter de mettre l'opinion publique dans sa poche.
Le président brésilien se retrouve toutefois face à un Congrès dominé par ses opposants. Le Parti libéral de Bolsonaro a remporté le plus grand bloc de parti unique à la Chambre des députés depuis la Constitution de 1988, près du double de la taille du Parti des travailleurs de Lula, et il s'agit également de la plus grande force politique au Sénat, observe Viktor Szabó.
"Pour les investisseurs, cela joue dans les deux sens. Un Congrès hostile peut bloquer les promesses de campagne les plus coûteuses, comme le transport public gratuit, qui nécessite un amendement constitutionnel. Mais il est tout aussi probable qu’il bloque les mesures destinées à augmenter les revenus et les réformes structurelles, et qu’il obtienne des concessions coûteuses en échange de ses votes. L’impasse n’est pas une consolidation", développe le spécialiste de marché.
Edenred et Pluxxe perdent un catalyseur
Plusieurs grandes valeurs européennes et françaises sont directement concernées par les répercussions politiques (et budgétaires) de l'issue de ce scrutin.
Edenred et Pluxee, spécialistes des "avantages aux salariés" (titres restaurant, titres cadeaux) - activité où le Brésil est le premier marché – surveillaient avec vigilance cette élection.
L'an passé, Lula avait signé un décret défavorable à ces sociétés, avec notamment l'instauration d'un plafond sur les commissions payées par les marchands et restaurateurs auprès des émetteurs de titres-restaurant (comme Edenred et Pluxee donc), ou encore l'interopérabilité, une mesure favorisant la concurrence.
Pour simplifier, l'idée est de permettre à un potentiel nouvel entrant sur le marché des titres restaurant et alimentaires de bénéficier des réseaux des acteurs déjà établis. En clair, ses titres seraient acceptés chez les commerçants qui acceptent déjà les systèmes de ses concurrents.
Cette régulation a occasionné un lourd impact sur les deux groupes français. Edenred l'avait chiffré entre 16 à 10 points de pourcentage de son résultat brut d'exploitation (Ebitda). Pour Pluxee, UBS l'évaluait autour de 10 points de pourcentage de l'Ebitda.
"Les investisseurs partaient du principe que les choses changeront avec Bolsonaro, avec une régulation plus favorable aux acteurs historiques que celle du décret signé par Lula. Avec l'issue de l'élection présidentielle, cet espoir n'a plus lieu d'être", commente un analyste.
Pluxee perd 2,3% en milieu d'après-midi et et Edenred abandonne 0,8%.
Les brasseurs et Santander très concernés
Au-delà de ces deux groupes, Barclays s'inquiète des répercussions pour les "staples", c'est-à-dire les groupes spécialisés dans les produits de grande consommation (L'Oréal, Henkle etc…). Pour la banque, la victoire de Lula "ajoute une nouvelle couche d'incertitude" pour ces entreprises. Le plongeon du réal brésilien crée également un impact négatif des changes.
Les alcooliers en particulier font face à compter de 2027 à une taxe "pêché", c'est-à-dire un alourdissement de la fiscalité qui risque de peser sur la demande et de favoriser le "downtrading" (des achats de produits davantage situés en entrée de gamme), explique Barclays. Les autres groupes de ce secteur devraient, eux, pâtir des incertitudes liées à la réforme de la TVA.
Barclays évoque plusieurs groupes particulièrement exposés au Brésil dont le brasseur AB Inbev (-2,8% à Bruxelles) pour lequel le Brésil représente 14% des revenus, ainsi que Heineken (-0,7% à Amsterdam, 11% des revenus) et le spécialiste des produits d'hygiène Unilever (stable à Amsterdam, 6% des revenus).
La banque britannique, dans une autre notre, estime que les "utilities" (des groupes énergétiques qui fournissent et/ou distribuent du gaz et de l'électricité) sont également concernés.
La victoire de Lula constituent un "vent défavorable modeste" pour ces groupes dont Engie (+2% à Paris), Iberdrola (+0,2% à Madrid) et Enel (+0,2%) à Milan.
"Ce risque découle des perspectives politiques au Brésil, qui pourraient avoir une incidence sur les tarifs de l'électricité, les conditions des concessions, la fiscalité et les rendements des investissements", explique Barclays.
"À court terme, le canal le plus visible devrait être d'ordre financier plutôt que réglementaire ; un real brésilien plus faible réduirait la valeur en euros des bénéfices brésiliens, tandis que la hausse des taux d'intérêt, induite par les préoccupations budgétaires, pourrait augmenter les coûts de financement des réseaux à forte intensité capitalistique et des programmes d'investissement dans les énergies renouvelables, et peser sur la valorisation des actifs brésiliens", ajoute la banque.
Selon ses estimations, le Brésil pèse pour environ 9% du bénéfice net ajusté d'Engie, 7% pour Iberdrola, et 5% pour Enel.
Une banque européenne est, par ailleurs, particulièrement touchée par la victoire de Lula: Banco Santander, la première banque de la zone euro en capitalisation boursière (167 milliards d'euros). Son action perd 3,6% en milieu d'après-midi.
La banque espagnole est très présente au Brésil, Citi estimant que le pays contribue pour environ 15% aux bénéfices de la banque espagnole.
"À la suite des résultats électoraux, nous nous attendons à ce que l'attention des investisseurs se porte désormais sur les perspectives budgétaires du Brésil et sur le risque que le taux Selic (le taux principal de la banque centrale brésilienne, NDLR) reste élevé plus longtemps, ce qui retarderait la normalisation de la qualité des actifs bancaires", explique la banque américaine.
Historiquement les "prêts douteux", - sur lesquels une banque est tenue de passer davantage des provisions pour pertes - de Santander sont étroitement corrélés avec ce taux Selic. Le taux des créances douteuses de la banque espagnole se situe actuellement à des niveaux très élevés de 7,8% ce qui constitue une source de préoccupation pour le marché, note Citi.
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