par Matthias Blamont
PARIS (Reuters) - Le Rafale, qui n'a essuyé que des revers à l'exportation, pourrait remporter cette année son premier succès à l'international à moins que des considérations stratégiques de dernière minute ne viennent une nouvelle fois saper les efforts de son concepteur, Dassault Aviation.
Selon les spécialistes géopolitiques et les analystes interrogés par Reuters, l'avion de combat "omnirôle", en service uniquement dans l'armée de l'air et la marine françaises, pourrait trouver un client dans les tout prochains mois au Moyen-Orient, une région qui entretient d'étroites relations diplomatiques, commerciales et culturelles avec Paris.
Les professionnels de la défense sont unanimes: les Emirats arabes unis tiennent la corde pour devenir le premier marché du Rafale à l'export où Dassault espère placer une soixantaine d'appareils.
Le Qatar ou le Koweït pourraient aussi signer une commande ferme à relativement court terme.
La possibilité d'un contrat au Brésil, qui a noué un "partenariat stratégique" avec la France en décembre 2008, est également jugée pertinente mais à un horizon plus éloigné.
"Les discussions se poursuivent en Libye, en Inde et aux Emirats arabes unis notamment", affirmait Charles Edelstenne, P-DG de Dassault Aviation, lors de la présentation des résultats annuels du groupe le 19 mars dernier.
Pour les plus optimistes, un contrat au Moyen-Orient pourrait être signé dès juin, lors du salon aéronautique du Bourget. D'autres misent sur le salon de Dubaï de novembre.
Nicolas Sarkozy pourrait également se réserver la primeur d'une annonce à l'occasion d'une visite prévue fin mai à Abou Dhabi pour inaugurer une nouvelle base militaire française, la troisième dans l'Océan Indien.
La prudence reste toutefois dans tous les esprits tant la concrétisation d'un accord se joue au plus haut niveau politique et ce parfois jusque dans les toutes dernières minutes. Dassault garde en mémoire les échecs accumulés ces dernières années, notamment au Maroc, en Corée du Sud et à Singapour, où un contrat semblait acquis.
"LOBBY SURPUISSANT"
"Le Rafale souffre de deux handicaps. D'une part, il n'est (véritablement) en service que depuis 2006 et il s'est révélé impossible pour la France de vendre un avion qui n'avait pas fait ses preuves au sein de ses propres unités de combat", explique une source industrielle.
"D'autre part, l'âge d'or dont a bénéficié Dassault à l'international jusqu'à la fin des années 1980 est terminé. Longtemps, des pays n'ont pas voulu acheter d'appareils américains et, pour ne pas acheter 'soviétique', ont opté pour des avions français. Washington a fermé les yeux, ce n'est plus le cas depuis la chute du mur de Berlin et leur lobby aujourd'hui est surpuissant", ajoute-t-elle.
De fait, le Rafale affronte plusieurs avions jugés très crédibles, tant en termes de prix que de capacités techniques, comme l'Eurofighter Typhoon, assemblé par EADS, BAE Systems et Finmeccanica, les F-15 et F-18 E/S de Boeing et les avions de combat russes Mig et Soukhoï, sans compter l'arrivée prochaine du F-35 JSF (Joint Strike Fighter) dont la mise en service est prévue pour 2012.
"RELAIS DE CROISSANCE"
Au-delà du Rafale, plusieurs spécialistes indiquent que Dassault Aviation ne pourra pas faire l'économie d'une remise en question de son modèle économique dans les années à venir.
La vente d'avions d'affaires, qui assure l'essentiel de l'activité du constructeur, est soumise aux fluctuations du cycle économique. Au premier trimestre, les annulations d'avions Falcon ont été plus nombreuses que les commandes et le chiffre d'affaires a reculé de près de 30% .
"Dassault devra repenser sa stratégie et identifier de nouveaux relais de croissance. Ses initiatives dans les drones et sa montée au capital de Thales montrent qu'il a pris conscience de l'enjeu et qu'il prend place dans la consolidation attendue du secteur de la défense en Europe", estime Yan Derocles, analyste aéronautique auprès d'Oddo Securities.
Dassault Aviation a annoncé fin décembre l'acquisition d'une participation de 20,8% au tour de table de Thales auprès de l'équipementier télécom franco-américain Alcatel-Lucent pour 1,57 milliard d'euros. Ce mouvement va lui permettre de se renforcer dans les "systèmes de défense", un domaine à haute valeur ajoutée, même s'il suscite le mécontentement de l'un de ses actionnaires de référence, EADS, la maison mère d'Airbus étant confrontée aux mêmes exigences de diversification pour assurer l'avenir.
Le groupe de Saint-Cloud s'est également positionné sur le créneau des "drones" (avions sans pilote), actuellement au centre d'une bataille sans merci entre industriels européens, et teste sa crédibilité avec une offre remise aux forces armées espagnoles aux côtés de Thales. Il aura toutefois à affronter la concurrence de son actionnaire, EADS encore.
Edité par Jean-Michel Bélot et Jacques Poznanski
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