(BFM Bourse) - Le grand distributeur a publié des résultats semestriels marqués par une croissance satisfaisante au deuxième trimestre mais une rentabilité inférieure aux attentes. Le groupe mise sur l'amélioration des résultats de Cora et Match au second semestre pour parvenir à sa cible de résultat opérationnel courant.
Le potentiel boursier de Carrefour a récemment fait débat chez les analystes. Porté par son caractère de valeur défensive depuis l'éclatement du conflit en Iran, le groupe de grande distribution s'adjuge 10% depuis le début de l'année, contre 2% pour le CAC 40.
JPMorgan a jugé le mois dernier que la "hype" (l'enthousiasme) serait "rattrapée par la gravité" avec la publication des résultats semestriels de la société, la banque anticipant une déception.
A contrario, Morgan Stanley et UBS sont récemment passées à l'achat ou équivalent sur l'action, tandis que Royal Bank of Canada a initié sa couverture avec un conseil à l'achat. Les trois bureaux d'études avançaient plusieurs arguments, notamment une valorisation attrayante, un plan stratégique sous-estimé ou encore une génération de cash robuste.
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La croissance dépasse les attentes...
Les comptes des six premiers mois de l'année, publiés jeudi après la clôture du marché, ont plutôt tendance à étayer la position de JPMorgan.
"Carrefour a annoncé des résultats mitigés pour le premier semestre de l'exercice 2026, les ventes à périmètre constant du deuxième trimestre ayant dépassé les attentes, tandis que le résultat d'exploitation courant s'est légèrement situé en deçà du consensus (la prévision moyenne des analystes, NDLR)", résume le bureau d'études indépendant Alphavalue.
À la Bourse de Paris, l'action chute de 4,5% ce vendredi 24 juillet vers 10h40.
Sur le seul deuxième trimestre, Carrefour a dégagé une croissance de 1,9% en données comparables, contre 1,6% attendu par les analystes, avec notamment une hausse de 1% en France. L'ensemble des formats, allant des hypermarchés (+0,8%) aux enseignes de proximité (+1,5%) sont en hausse dans l'Hexagone.
"Les investissements réalisés par le groupe dans sa compétitivité depuis plusieurs trimestres portent leurs fruits avec des volumes positifs dans l’ensemble des formats. Ces investissements se sont poursuivis au premier semestre avec trois vagues de baisse de prix au niveau national en mars, avril et juin, portant chacune sur plus de 500 produits, avec des baisses de 8% en moyenne", clame Carrefour.
L'entreprise précise que les magasins Cora et Match, rachetés en juillet 2024 au belge Louis Delhaize pour 1,05 milliard d'euros, ont affiché une croissance de 4,6%. L'entreprise confirme au passage son objectif de 130 millions d'euros de synergies à l'horizon 2027.
En Espagne, Carrefour a dégagé une croissance de 2,2% en données comparables au deuxième trimestre, grâce à des investissements prix, tandis que les revenus au Brésil ont augmenté de 0,4% renouant avec la croissance après un repli de 0,8% au premier trimestre.
Le ROC n'est pas solide
Sur l'ensemble du premier semestre, le grand distributeur a publié des revenus de 43,8 milliards d'euros tandis que le résultat opérationnel courant (ROC) a atteint 757 millions d'euros, manquant les attentes logées à 779 millions d'euros.
Oddo BHF remarque que le résultat opérationnel courant de la France a légèrement raté le consensus (300 millions d'euros contre 310 millions d'euros attendu), "pénalisé par le changement de modèle de Cora/Match (prix, promotions, offre en marque de distributeurs)".
Le courtier considère surtout que le gros de l'écart avec les attentes provient de l'Argentine où Oddo BHF évalue le résultat opérationnel courant à 0, contre 26 millions d'euros sur la même période de 2025. La rentabilité de ce pays a été lestée "par une hausse du coût du risque sur fond de volumes en baisse", explique le bureau d'études.
Carrefour a confirmé ses objectifs pour 2026, qui incluent notamment un résultat opérationnel courant en hausse sur un an, une marge opérationnelle courante en progression de 0,25 point de pourcentage, un flux de trésorerie en hausse sur un an et une progression proche de 9% du résultat net ajusté par action.
Barclays explique que la direction a confirmé que les attentes du consensus pour le résultat opérationnel courant, c'est-à-dire 2,35 milliards d'euros en 2026, étaient en ligne avec ses prévisions.
La banque britannique calcule que le groupe, pour atteindre ce montant de 2,35 milliards d'euros, devra afficher une croissance de 11% de son résultat opérationnel courant sur la seconde partie de l'année après une hausse de 4% sur la première.
Tout repose sur Cora et Match pour le second semestre
Un sacré pas à franchir, donc. Carrefour mise sur Cora et Match pour cela. En raison des investissements passés pour mettre à niveau l'offre commerciale, les deux enseignes ont affiché une perte opérationnelle courante de 75 millions d'euros au premier semestre. Sur la seconde partie de l'année, Carrefour compte rapprocher les deux marques de l'équilibre, ce qui devrait permette de générer environ 70% de l'amélioration de la rentabilité nécessaire, note Barclays.
"La perte de 75 millions d'euros enregistrée sur Cora/Match au premier semestre reflète un équilibre entre l'effet positif de la disparition des derniers coûts exceptionnels d'intégration (50 millions d'euros) et l'effet négatif lié à l'alignement progressif du modèle commercial sur celui de Carrefour (-75 millions d'euros contre 30 millions d'euros au premier semestre 2026). Avec la fin de ces éléments transitoires, le management attend une amélioration matérielle de la performance de Cora/Match au second semestre, qui devrait être proche de l’équilibre (contre 40 millions d'euros au premier semestre)", développe Oddo BHF.
Les 30% restants proviendront des régions cœur du groupe à savoir le périmètre historique en France, l'Espagne et le Brésil.
Barclays note que le raté sur la rentabilité au premier semestre ainsi que la dépendance sur Cora et Match pour atteindre les attentes sur l'ensemble de l'exercice ont de quoi peser sur l'action.
Oddo BHF, de son côté, prévient que la faiblesse de l'Argentine écarte toute potentielle cession de ce pays, alors que plusieurs articles de presse avaient mentionné des prix de vente important allant jusqu'à 1 milliard de dollars.
Problème, note le courtier: le scénario d'une vente de l'Argentine constituait un rempart contre les vendeurs à découvert, ces investisseurs qui misent sur une baisse de l'action sans la détenir (en l'empruntant).
"Avec l’Argentine aussi faible, nous pensons que toute spéculation de cession potentielle disparait, et donc l’épée de Damoclès contre ceux qui voudraient se positionner en short également", souligne Oddo BHF.
Autrement dit, le courtier pense que les vendeurs à découvert pourraient revenir sur le titre, ce qui exercerait une pression à la baisse sur la valeur.
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