(BFM Bourse) - Le titre du producteur d'acier a bondi ces récents mois et signe encore la deuxième plus forte performance du CAC 40 cette année. Citi juge qu'il s'agit d'une normalisation et non pas d'une exagération de sa valorisation en Bourse.
Par son statut de société très internationale et un nombre de places de cotations impressionnants (Paris, New York, Luxembourg, Amsterdam et les places espagnoles de Barcelone, Madrid, Bilbao et Valence), Arcelormittal n'est pas forcément l'action du CAC 40 la plus suivie.
Pourtant, l'aciériste connaît un rallye boursier assez vertigineux. Sur 2026, l'action de l'entreprise dirigée par Aditya Mittal (fils de Lakshmi Mittal) signe la deuxième plus forte hausse du CAC 40, avec un bond de 62% depuis le 1er janvier, seulement battu par STMicroelectronics (+110%) qui surfe sur la vague de l'intelligence artificielle (IA). Sur deux ans, l'action s'adjuge même 220%.
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Mesures protectionnistes
Pourtant, le groupe sidérurgique, à l'instar de l'ensemble de son secteur, a longtemps évolué sur des cours dépréciés, le marché se méfiant du caractère très cyclique de son activité à savoir la production d'acier. Surtout, les investisseurs n'avaient que peu d'attrait pour un secteur européen concurrencé par des acteurs chinois en surcapacité, qui ont ainsi plombé les prix de marché.
Selon les chiffres de la World Steel Association, la Chine produit autour de 52% à 53% de l'acier dans le monde et a ainsi besoin de nouveaux marchés après que le ralentissement prolongé du secteur immobilier a freiné la consommation sur le marché intérieur.
L'expansion à l'international des aciéristes chinois a été poussée par le développement rapide du pays au cours des dernières décennies, le soutien massif du gouvernement (y compris les subventions énergétiques et le financement à bas coût), et l'émergence de grands champions industriels comme China Baowu, aujourd'hui leader mondial devant Arcelormittal, formé à travers des fusions successives depuis les années 1980", explique le bureau d'études indépendant Alphavalue.
Toutefois, la Commission européenne a récemment pris des mesures pour équilibrer les conditions commerciales entre les acteurs du Vieux continent et leurs concurrents exportateurs (surtout chinois en réalité).
"Merci à Bruxelles pour les mesures protectionnistes tant attendues mises en place au cours de l'année 2026, à savoir la mise en œuvre intégrale du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) depuis le 1er janvier, ainsi que les contingents tarifaires (TRQ) qui devraient entrer en vigueur le mois prochain", écrivait en juin le bureau d'études indépendant Alphavalue.
"Ces développements ont provoqué une ruée sur les actions du secteur sidérurgique", ajoutait-il.
Le CBAM revient concrètement à imposer une taxe carbone sur les importations d'acier, d'aluminium (mais aussi de ciment, d'engrais et d'électricité) pour garantir des règles équitables entre producteurs européens et extra-européens. Le TRQ a de son côté relevé les droits de douane sur les importations d'acier en Europe à 50% tout en réduisant fortement le volume dispensé de surtaxes.
"L'acier est le nouveau ciment" en Bourse
Arcelormittal a par ailleurs publié une série de résultats convaincants et a récemment réduit sa participation au capital du producteur de tube sans soudure Vallourec, passant de 27,3% à 17,3%.
Ce qui a pu rassurer le marché quant à ses objectifs d'allocation du capital. L'un des attraits du groupe reste qu'il dévoue environ la moitié de sa génération de cash au retour à l'actionnaire sous forme de rachats d'actions.
Maintenant que l'action a tant monté, Arcelormittal fait-il face à un plafond de verre sur le marché ?
Citi a consacré une note sur le sujet mercredi. "Depuis au moins 2012, la valorisation n’a jamais été un point de débat pour investir dans Arcelormittal. Cependant, avec le cours de l’action en hausse de près de 200% sur 18 mois, et une valorisation égalisant la valeur comptable des capitaux, des questions sur la valorisation ont commencé à surgir chez les investisseurs", écrit la banque américaine.
Citi reconnaît que la hausse de l'action reflète avant tout une amélioration des multiples et non l'amélioration des perspectives des résultats. Ce qui signifie que la perception des investisseurs sur le titre s'est grandement améliorée.
Mais la banque argue qu'il s'agit d'une "normalisation", les cours précédents d'Arcelormittal étant précédemment bien trop bas. Les inquiétudes sur la valorisation lui paraissent ainsi mal placées.
La banque estime que le titre peut encore monter. Sa thèse reste que l"'acier est le nouveau ciment" sur la Bourse européenne.
Depuis 2022, les cimentiers ont connu une appréciation de leurs multiples boursiers conséquentes. L'allemand Heidelberg est passé d'un multiple de 3,2 fois le résultat brut d'exploitation (Ebitda) à 10 fois l'Ebitda.
Ce car les prix du ciment ont progressé de 40% en cinq ans alors que la demande en ciment a baissé de 10% en raison du renchérissement par l'Europe des coûts carbone. Cette dernière mesure a favorisé les acteurs locaux au détriment des exportateurs.
"Des changements réglementaires comme le TRQ et le CBAM créent un marché localisé avec un pouvoir de fixation des prix important", explique ainsi Citi.
Jefferies avançait également en février que "l'acier est le nouveau ciment sur l'acier européen" et anticipait une hausse des prix de l'acier européen jusqu'en 2027. Ce qui permettra à Arcelormittal de bénéficier d'un Ebitda structurellement plus élevé.
"Nous pensons que la configuration des prix en Europe reste solide après la mise en œuvre de la nouvelle réglementation de sauvegarde de l'acier de la part de l'Union européenne et, avec les perturbations potentielles de production et logistiques dans le paysage concurrentiel, cela pourrait offrir un potentiel de hausse supplémentaire à l'action par rapport aux niveaux actuels (malgré une demande sous-jacente faible)", a de son côté tranché Deutsche Bank dans une note publiée fin juillet.
Alphavalue notait, fin juillet également, que les résultats de la société montraient "une poursuite de l'amélioration des tendances opérationnelles sous-jacente". "Mais la récente hausse de l'action limite le potentiel", ajoutait le bureau d'études indépendant.
Plus largement, sur les quelque 14 analystes couvrant l'action, 10 recommandent de l'acheter et aucun de la vendre, selon investing.com.
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