(BFM Bourse) - Mardi soir après la clôture du marché, Airbus a livré ses perspectives de moyen terme, tablant sur un résultat opérationnel ajusté de 12 à 13 milliards d'euros en 2029, contre 7,1 milliards l'an passé, le tout assorti d'un programme de rachats d'actions de 5 milliards d'euros. Si les analystes jugent ces objectifs prudents, la visibilité offerte par la société enthousiasme la Bourse.
Ces dernières années, Airbus a franchi de nombreux obstacles qui obstruaient son horizon.
L'avionneur a dû composer avec les affaires de corruptions qui ont frappé la précédente direction, les déboires à répétition de l'A400M, puis le Covid, les difficultés à relancer ensuite une chaîne logistique mise en hibernation pendant la pandémie et les droits de de douane américains.
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Airbus a encore des échanges tendus avec ses fournisseurs de moteurs (surtout Pratt&Whitney) pour obtenir les approvisionnements nécessaires à la bonne montée en cadence de sa famille A320 neo, son monocouloir "best-seller".
L'ex-EADS compte produire d'ici fin 2027 entre 70 et 75 appareils par mois sur cette famille, véritable cash-machine de la société européenne, avant de stabiliser une cadence de 75 sur le début de 2028.
S'il reste évidemment des défis à relever pour le groupe, Airbus est sortie des zones de turbulences les plus violentes. Les livraisons du mois de juin, en hausse de plus de 40% sur un an à 89 unités, ont d'alleurs montré que le groupe tenait son cap.
L'entreprise a jugé qu'il était temps de permettre au marché de se projeter, en livrant des ambitions de moyen terme.
Plus de 1.100 livraisons à moyen terme ?
"Nous sommes aujourd'hui dans une situation, un marché où la demande est très forte, nous avons atteint un niveau de visibilité que nous n'avons jamais eu auparavant, nous avons mis derrière nous beaucoup de défis, nous avons dégagé l'horizon pour aller de l'avant et nous pensons que nous sommes en bonne posture pour donner des objectifs de moyen terme, ce que nous n'avons jamais fait par le passé", a déclaré aux investisseurs le président exécutif d'Airbus, Guillaume Faury, mardi soir.
"Nous avons aussi coché beaucoup de cases importantes quant à notre capacité à fournir" les avions, a-t-il ajouté.
Ainsi, Airbus a, mardi soir après la clôture du marché, livré ses perspectives à l'horizon 2029 dans le cadre d'un "business update" tenu en marge du salon aéronautique de Farnborough.
Pour 2029, le groupe vise un résultat opérationnel ajusté, le principal indicateur de rentabilité de la société, allant de 12 à 13 milliards d'euros, à comparer avec un chiffre de 7,1 milliards d'euros en 2025. Ce qui implique donc une hausse de 69 à 83%.
Par division, la société a indiqué viser un chiffre de 10 milliards d'euros de résultat opérationnel ajusté en 2029 pour le segment d'aéronautique civile, contre 5,5 milliards en 2025. Le groupe n'a pas fixé explicitement de cible de livraisons mais Oddo BHF rapporte que la direction a indiqué être "à l'aise" avec un chiffre supérieur à 1.100 appareils en 2029.
Pour la division d'espace et de défense, le groupe compte parvenir à un résultat opérationnel ajusté de 1,3 milliard d'euros en 2029, contre 800 millions d'euros en 2025, tandis que la cible a été fixée à 1,2 milliard d'euros pour Airbus Helicopters, contre 925 millions en 2025.
L'ensemble de ces objectifs reposent sur un certain nombre d'hypothèses tels qu'un environnement stable sur les droits de douanes, l'absence d'impact lié aux fusions-acquisitions et un taux de changes euro-dollar de 1,22 en 2029.
Cette dernière hypothèse semble assez prudente (l'euro vaut actuellement 1,14 dollar). Au passage, le groupe a précisé qu'une variation d'un centime sur ce taux de change avait un impact d'environ 250 millions d'euros sur son résultat opérationnel.
En tête du CAC 40
Le directeur financier, Thomas Toepfert, a précisé que la trajectoire ne serait pas linéaire, avec une réalisation "back-end loaded", c'est-à-dire que le groupe se rapprochera de ces objectifs sur la fin de la période.
Cerise sur le gâteau, Airbus a annoncé un programme de rachats d'actions de 5 milliards d'euros sur trois ans qui doit débuter plus tard en 2026.
"Si son montant peut sembler relativement limité (3,2% de la capitalisation boursière d'Airbus), le programme sera flexible (accélération/décélération), sans objectif annuel prédéfini. En cas de génération de flux de trésorerie supérieure aux attentes par rapport à l’objectif de conversion de 1, nous pensons que l’enveloppe pourrait être relevée, le matelas de trésorerie étant maintenu à environ 10 milliards d'euros", décrypte Oddo BHF.
Au passage, la société a confirmé ses objectifs pour 2026, à savoir environ 870 avions livrés, un résultat opérationnel ajusté d'environ 7,5 milliards d'euros et un flux de trésorerie avant mesures de financement des clients d'environ 4,5 milliards d'euros.
Citi juge que l'annonce a de quoi "être bien reçue". L'action Airbus signe effectivement, ce mercredi 22 juillet, la plus forte hausse du CAC 40, prenant 6,7% vers 11h30.
Barclays rappelle qu'Airbus a pour habitude de donner des objectifs prudents. Ce qui signifie que les cibles 2029 communiquées doivent être comprises comme un niveau "plancher" avec une forte possibilité que les résultats finaux soient supérieurs. La banque remarque également que le ton de la direction sur l'exécution industrielle et la préparation de la chaîne logistique s'avère beaucoup plus constructif qu'il y a six mois.
Du potentiel sur l'A350 à plus long terme
Pour atteindre ses objectifs, Airbus comptera sur la montée en puissance de sa production, qui gonflera ses volumes de ventes. Outre ses objectifs 2027-2028 sur la famille A320 neo, le groupe entend parvenir à une cadence de 13 avions A220 par mois en 2028, 5 avions A330 en 2029 et 12 avions A350 en 2028.
Thomas Toepfert a d'ailleurs précisé que le "sweet spot" pour l'A350, c'est-à-dire le moment où le groupe parviendra à maturité en termes de rentabilité, surviendrait après 2029.
Le gros-porteur fait face à des coûts d'apprentissage négatifs sur sa version cargo ainsi qu'à une rentabilité plus faible sur les clients de lancement, c'est-à-dire les clients qui acceptent d'acheter un avion très tôt pour soutenir ses débuts commerciaux.
Deutsche Bank voit cette information d'un bon œil car elle signifie que "l'histoire de croissance d'Airbus se poursuivra après 2029".
"L'objectif actuel de cadence (pour l'A350, NDLR) est de 12 par mois d'ici 2028, mais il pourrait, selon nous, atteindre 14 à 16. Pour l'instant, les goulots d'étranglement se situent principalement du côté des cabines", développe la banque allemande.
Lars Wagner, le directeur général de la division d'aéronautique civil, a expliqué que la rentabilité de la société serait aussi portée par le "mix", c'est-à-dire la capacité de la société à vendre davantage de produits mieux margés.
"Nos clients demande des avions plus grands, avec plus de capacité, avec un rayon d'action plus grand. Vous voyez cette tendance sur les monocouloirs" ainsi que sur l'A350, où les clients considèrent de plus en plus l'A350-100 face à l'A350-900, a-t-il expliqué.
Airbus mise également sur les services, qui incluent par exemple la vente de pièces détachées, le soutien à ses clients, ou encore le numérique avec les solutions vendues à ses clients sur la base des données. La société compte dégager 10 milliards d'euros de revenus sur ces services à l'horizon 2030, avec une rentabilité à deux chiffres.
La direction a par ailleurs précisé que les division "défense et espace" et "helicopters" étaient sur la bonne voie, les activités spatiales étant d'ailleurs en avance sur leur plan d'affaires.
"Ce 'business update 'a permis d’afficher une confiance sur la visibilité de la demande et la reprise en main des défis tout en dévoilant des objectifs dessinés pour être battus", conclut Oddo BHF.
"Airbus entre dans une nouvelle phase de sa thèse d'investissement (en Bourse, NDLR)", apprécie pour sa part Barclays.
"L'accent n'est plus mis sur la mise en œuvre de la montée en puissance, mais sur la rentabilité à moyen terme, la génération de trésorerie et la rémunération des actionnaires", poursuit la banque britannique.
"Dans l'ensemble, nous estimons que les informations communiquées dans le 'business update' sont solides, même si les annonces concernant l'amélioration de la chaîne d'approvisionnement doivent encore se traduire par une accélération significative de la production", tranche de son côté Jefferies.
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