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Pour Jupiter AM, les forces déflationnistes vont l'emporter sur le sursaut d'inflation

dimanche 6 juin 2021 à 07h00
L'inflation ne devrait être que temporaire selon Jupter AM

(BFM Bourse) - La pression inflationniste liée à la reprise économique sera de courte durée, sans doute pas plus d'un ou deux trimestres. Le montant effarant de la dette mondiale, le vieillissement démographique et les bouleversements technologiques continueront à exercer une pression baissière sur les taux, affirme la société de gestion britannique.

L'éventualité d'un retour de l'inflation, et ses répercussions sur la politique des banques centrales, sont au cœur des préoccupations du moment sur les marchés financiers. Attention toutefois à ne pas confondre une série ponctuelle d'artefacts statistiques avec le début d'une nouvelle tendance. Pour les spécialistes de Jupiter Asset Management, Ariel Bezalel, responsable de la stratégie de taux, et Harry Richards, gérant de fonds obligataires, les pressions inflationnistes qui apparaissent traduisent un phénomène cyclique, sans doute très bref, et non pas un changement structurel.

S'interrogeant sur une "illusion de l'inflation", ils concluent que les forces déflationnistes dominent toujours largement... Ariel Bezalel et Harry Richards ont la ferme conviction "que nous resterons dans un environnement de taux d’intérêt bas encore quelques temps". Il y aura sans doute un pic de croissance et d’inflation avec la réouverture des économies, mais résultant principalement d'un effet de base faible et de certains goulets d’étranglement temporaires de l’offre. Ces pressions s’estomperont "après un ou deux trimestres tout au plus", estiment-ils.

À court terme, les pressions inflationnistes fluctueront, mais en tant qu’investisseurs cherchant à équilibrer le risque et le gain, Jupiter regarde les tendances à plus long terme. Or, un peu partout dans le monde l’inflation structurelle est contenue par les facteurs combinés de l’endettement excessif, de la "zombification" d'une partie des entreprises, du vieillissement démographique et des nombreuses disruptions liées à la mondialisation, à la technologie et à la main d’oeuvre à faible coût.

La bonne nouvelle est que le succès du déploiement du vaccin sur les marchés développés a créé un niveau d’optimisme justifié, observent Ariel Bezalel et Harry Richards. Ce qui reste plus difficile à déterminer, c’est si les valorisations du crédit aux entreprises et des actions peuvent être maintenues si le soutien des banques centrales venait à disparaître... S’il semble que les banques centrales ne veulent pas faire de vagues pour l’instant (en fait, les gérants doutent de voir des hausses de taux avant des années), les problèmes structurels sous-jacents justifient la prudence.

Dans un monde très endetté, il est très difficile de générer de la croissance

Le montant exorbitant de la dette mondiale est la principale raison de croire que la hausse de l’inflation est transitoire plutôt que structurelle. Les niveaux de la dette mondiale ont augmenté de 40.000 milliards de dollars au cours des douze derniers mois seulement. Au total, le monde est assis sur une dette de 280.000 milliards de dollars, selon le FMI. C’est 3,2 fois plus que le PIB mondial, qui s’élève à 87.500 milliards de dollars. Ce qui finit généralement par peser sur la croissance et donc freine les pressions inflationnistes.

La zone euro, le Japon et la Chine ont des niveaux d’endettement encore plus élevés que les États-Unis. Il est probable que ces derniers continueront à surpasser les autres grandes zones économiques en termes de croissance économique.

Les changements démographiques, tels que le vieillissement de la population, ont également tendance à limiter la vitesse de circulation de la monnaie. Les États-Unis sont en passe de voir un cinquième de leur population entrer dans la catégorie des 65 ans et plus d’ici la fin de la décennie. Pour chaque année qui passe, la population des États-Unis vieillit d’un mois. Mais la situation est bien pire en Chine, où la population vieillit de 6 mois chaque année. L'an dernier, la population chinoise a diminué pour la première fois depuis 1949 et certains s'attentent à voir la population diminuer de moitié d’ici 2070.

Le vieillissement démographique a un impact sur les dépenses de consommation, qui culminent généralement au début de la quarantaine (on dépense presque moitié moins à partir de soixante-dix ans). C’est l’une des principales raisons pour lesquelles Jupiter s'attend à ce que les gouvernements et les banques centrales devront continuer à intervenir par le biais de la politique fiscale et monétaire afin de soutenir les économies. "Les populations plus âgées épargnent simplement plus et dépensent moins de leurs revenus".

Pas plus d'inflation dans la décennie 2020 qu'au cours de la précédente?

La faible croissance des salaires est un autre facteur susceptible de freiner l’inflation à long terme. Le déclin des syndicats ainsi que le pouvoir et l’influence accrus d’une poignée de monopoles mondiaux laissent présager une pression à la baisse continue sur la progression des salaires. Les disruptions liées à l'intelligence artificielle, à la robotique et à l’automatisation vont probablement renforcer la faible croissance des salaires. Pour que l’inflation structurelle devienne une préoccupation durable, il faudrait que l’inflation des salaires s'ancre et s’accélère...

Au sortir de la dernière crise financière, la décennie 2010 a connu le plus long boom économique de l’histoire de l’après-guerre avec le plein emploi, l’assouplissement quantitatif et des réductions d’impôts pour les entreprises – et pourtant, l’inflation n’a atteint que 1,6 % en moyenne aux États-Unis. Si l’inflation ne s’est pas manifestée en 2018 alors que les marchés étaient enthousiasmés par les réductions d’impôts de Donald Trump et que le marché du travail était considérablement plus tendu qu'aujourd'hui, pourquoi devrions-nous nous y attendre maintenant?

Les spécialistes rappellent également que la banque centrale du Japon s'est évertuée pendant trente ans à tirer tous les leviers (que l’Europe et les États-Unis ont mis en œuvre ensuite) afin de générer une inflation durable, sans aucun résultat.

Ariel Bezalel et Harry Richards soulignent également de noter que l’injection de crédit par la Chine est en repli, ce qui pourrait constituer un vent contraire pour le secteur manufacturier mondial. "Nous pensons qu’il s’agit de l’un des meilleurs indicateurs avancés des tendances macroéconomiques mondiales au cours des dix dernières années", indiquent-ils, les statistiques de la dernière décennie montrant un lien étroit entre la vigueur du crédit en Chine et celle des PMI manufacturiers mondiaux.

Attention au suivisme du scénario inflationniste

"Lorsque tout le monde est assis du même côté, même un petit courant de travers peut faire chavirer le bateau", avertissent les gérants, enjoignant donc les investisseurs à la prudence. Autrement dit "Nous ne pensons pas qu’il soit judicieux de suivre le consensus sur le retour de l’inflation, en particulier lorsqu’une grande partie de celle-ci est déjà intégrée dans les marchés".

La société de gestion britannique maintient une stratégie flexible consistant à détenir en portefeuille des obligations d’entreprises soigneusement sélectionnées ainsi que des obligations d’État américaines et australiennes à moyen et long terme, dans le but de préserver la performance face à tout événement défavorable inattendu susceptible de se produire au cours des prochains mois.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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