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NFT, véhicules électriques, cryptos, l'effervescence règne sur certains segments du marché

mercredi 17 novembre 2021 à 17h30
NFT, véhicules électriques, cryptos, l'effervescence règne sur les marchés

(BFM Bourse) - Des constructeurs ayant tout à prouver dont la valorisation fait pâlir Tesla d'envie, de nouveaux entrants faisant le poids d'entreprises technologiques chevronnées sur la simple promesse de se positionner sur les univers numériques de demain : les marchés frétillent de bulles plus ou moins grosses… qui pourraient ne pas crever de sitôt.

On a senti comme une pointe de condescendance. Invité par un abonné Twitter avec qui il échange volontiers à s'exprimer sur le phénomène Rivian Automotive, Elon Musk ne s'est pas fait prier pour remettre les choses en place. Lorsque Tesla s'est introduit en Bourse, à 1,7 milliard de dollars, son premier véhicule le Roadster était déjà commercialisé depuis deux ans et la firme californienne venait d'épater le monde avec la présentation de son Model S, a rappelé Sam Kelly (@SamTwits) "Sans vouloir critiquer Rivian, 24 heures après son IPO sa capitalisation est de 100 milliards de dollars pour zéro revenus. Un signe des temps @elonmusk" ?

"J'espère pour eux qu'ils parviendront à atteindre une production de masse et l'équilibre des cash-flows. C'est là le vrai test", a répondu l'intéressé. "Il y a eu des centaines de jeunes pousses automobiles, tant dans l'électrique que dans les moteurs à combustion, mais Tesla est le seul constructeur de voitures américain à avoir atteint des volumes de production élevés & des cash-flows positifs au cours des 100 dernières années". Sous-entendu, essayez-donc de venir nous chercher si vous vous en sentez capables… En attendant, Rivian et ses 156 pick-up électriques livrés le mois dernier (l'objectif étant d'atteindre 1000 véhicules d'ici la fin de l'année) a allègrement franchi la barre de 100 milliards de dollars que Tesla avait mis plus de dix ans à atteindre –début 2020 seulement.

L'envolée de Rivian Automotive se poursuivait en ce début de semaine, avec une capitalisation totale de 150 milliards de dollars à la clôture mardi, faisant de l'entreprise la troisième plus grosse capitalisation du secteur automobile (oui, devant Volkswagen, Ford, General Motors, Ferrari ou même d'autres acteurs 100% électriques comme NIO ou Xpeng) : seuls Tesla et Toyota pèsent davantage à ce jour. Et dans son sillage un autre nouveau-venu, Lucid Motors, qui se positionne sur le segment du luxe, avec des performances exceptionnelles en termes d'autonomie et de rapidité de charge, atteint près de 90 milliards de dollars, pour l'équivalent de 1,7 milliard de dollars de carnet de commandes.

En parallèle, d'autres segments liés aux applications potentielles de la technologie blockchain donnent des signes d'exubérance. Les (rares) "pure players" du marché des crypto-monnaies se paient déjà cher : 90 milliards de dollars pour Coinbase, dont les revenus sur les neuf premiers mois de 2021 s'élèvent à 4,56 milliards de dollars – au moins son activité est-elle largement bénéficiaire.

Des airs de bulle internet

Du côté des NFT et des métavers, les compteurs s'emballent encore plus rapidement, notamment en France dans le sillage de l'apparition récente, hors cote pour le moment, d'une nouvelle licorne: fondée en 2018 Sorare vient d'atteindre une valorisation de 4,6 milliards d'euros dans le cadre de son dernier tour de financement. Pour la partie cotée sont arrivés de nouveau acteurs dont Crypto Blockchain Industries, une société partenaire d'Atari, qui s'est hissée en quelques jours parmi les plus grosses capitalisations d'Euronext Growth. D'autres cherchent à se repositionner : Artmarket.com, une firme lyonnaise qui n'a pas manqué de lancer une plateforme dédiée, baptisée "artprice-nft.com". Un gisement "d'énormes revenus" selon la firme. Depuis son arrivée sur le "Nouveau Marché" en 1999, Artmarket n'est pas précisément réputée pour la modestie de ses prétentions, revendiquant à chaque époque sa capacité à "disrupter" le marché de l'art avec un positionnement avant-gardiste.

Pour Charles Liu, de River Tuolumne Capital, tout ceci rappelle furieusement la bulle internet : promesse de futur radieux, valorisations absurdes. "Certaines de ces entreprises PPT [entreprises PowerPoint, au sens où leur principal argument réside dans une alléchante présentation faute de résultats tangibles, NDLR] et, vu leur taille, cela va affecter l'ensemble du marché. Réveillez-vous les gars !", alerte ce gérant de hedge fund.

Mais d'un certain point de vue, l'énormité des valorisations notamment dans le véhicule électrique traduisent peut-être la volonté des investisseurs de payer la vitesse des changements auxquels la société est confrontée, tirés par l'urgence d'agir face au réchauffement climatique. "Sans la Cop26 sur le climat on n'aurait sans doute pas vu ça, mais désormais chacun a intégré une bascule rapide du thermique à l'électrique", souligne Alexandre Baradez, Chief Market Analyst d'IG. D'une certaine façon, ces acteurs participent à un point d'inflexion unique à l'échelle de la planète, pour citer Lucid Motors dont la première berline de luxe, la Lucid Air, tout juste entrée en production vient d'être désignée par le prestigieux magazine automobile MotorTrend voiture de l'année.

"Face à la nécessité d'opérer un changement drastique de l'univers automobile tel que nous le connaissons afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, les politiques privées et publiques qui se sont enclenchées entraînent la réallocation d'immenses capitaux pour adapter la mobilité aux nouveaux besoins", souligne Alexandre Baradez. "De ce point de vue là les valorisations de sont pas complètement délirantes… mais peut être excessivement en avance. Vu le soutien d'Amazon à Rivian, vu les capacités exceptionnelles des véhicules de Lucid, il n'est pas absurde d'imaginer que ces sociétés sauront dans la décennie à venir justifier de telles valeurs. Mais à court terme, les chiffres sont forcément choquants, notamment si on les compare à des constructeurs traditionnels qui sont loin de rester les bras croisés face à l'électrification", explique-t-il. S'agissant des NFT, le spécialiste constate que le pic de volumes remonte au mois d'août, mais que depuis septembre le niveau hebdomadaire des transactions s'est un peu assagi.

"Une correction est évidemment possible, mais au-delà des NFT dédiées au gaming ou à l'art, les tokens pourraient trouver toutes sortes d'applications commerciales nous permettant d'évoluer dans un monde numérique avec ses propres actifs : dans ce cas cela ouvre des perspectives gigantesques et le marché actuel des NFT n'en est qu'à ses balbutiements".

Une remontée des taux qui devrait calmer les investisseurs

"Je suis convaincu que les excès de court terme vont entraîner une grosse correction, mais un juste équilibre finira par s'installer entre les perspectives d'avenir et le fait de payer des résultats au-delà de la valeur réelle. C'est d'ailleurs ce qui s'était produit avec internet, où des acteurs avaient très vite bénéficié de valorisations plantureuses avant de corriger lourdement, mais un certain nombre ont fini par retrouver leurs sommets", observe le spécialiste d'IG. De manière globale, "il est hautement probable que la remontée des taux d'intérêt va nettement calmer les esprits d'ici deux à trois ans".

Certains investisseurs ne s'inquiètent pas des possibles moins-values des auxquelles s'exposent des investisseurs suffisamment téméraires (ou visionnaires, selon le point de vue) pour payer de possibles géants de demain à des prix injustifiables par leurs résultats d'aujourd'hui, mais des dégâts collatéraux qu'engendrerait l'explosion brutale de ces bulles. Au plus fort de l'euphorie "technologie-médias-télécoms" en 1999-2000, la capitalisation totale du marché américain était de 121% du PIB. Aujourd'hui cet indicateur, parfois surnommé la jauge Buffett car le milliardaire y fait parfois référence, atteint… 177%. C'est une fois de plus la banque centrale américaine qui est à blâmer, selon Jeremy Grantham, le co-fondateur de GMO. Après avoir créé la bulle internet en 2000, puis la bulle immobilière jusqu’à entraîner la crise financière de 2008, la Fed stimule à l'excès l'économie et alimente l'irrationnalité des marchés.

Mais pour Alex Pitti, investisseur pour compte propre et contributeur sur Upfina et SeekingAlpha, c'est un peu le propre des marchés. Lorsque l'argent frais se déverse vers un nouveau secteur, il y a toujours des excès : en réalité, la bulle est mouvante, mais toujours présente quelque part. "On peut dire que c'est un prolongement permanent des marchés. Mon scénario de travail est celui d'un crash des valeurs électriques l'an prochain, mais n'affectant presque pas le marché", avance-t-il.

Dans ce schéma, le mouvement de correction sur les crypto-monnaies depuis une semaine pourrait marquer le début d'une phase d'allègement sur les actifs les plus risqués: "les principales crypto-devises s'orientent à la baisse ces derniers jours sans cette fois d'élément déclencheur marqué de type de craintes quant à l'écosystème chinois ou menace de régulation: c'est peut être le commencement d'un dégonflement qui se propagerait à l'ensemble des valeurs de croissance avec le tapering de la Fed qui commence maintenant", remarque Alexandre Baradez.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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