Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Mis au ban du SBF 120, le secteur des biotechnologies s'est pourtant rarement si bien porté

dimanche 13 décembre 2020 à 07h00
Manipulation en laboratoire

(BFM Bourse) - Avec l'exclusion de Genfit, l'indice large de la Bourse de Paris ne va plus compter aucune biotech dans ses rangs. Pourtant, le secteur connaît objectivement une forte revalorisation, les investisseurs ne se sont jamais autant intéressé au secteur que cette année. Explications.

La relégation pour Genfit, une des anciennes vedettes tricolores des biotechnologies. Le conseil scientifique des indices d'Euronext a décidé, lors du dernier remaniement trimestriel, a décidé d'exclure la biotech du SBF 120 (Tarkett l'accompagne vers la sortie, tandis que McPhy Energy, Verallia, Kaufman & Broad et Carmila intègrent/réintègrent l'indice large de la Bourse de Paris).

Lors de la précédente retouche trimestrielle, DBV Technologies avait subi la même punition que Genfit. Ces deux sociétés, qui cherchent à mettre sur le marché des traitements innovants, accusent il est vrai chacune un recul de l'ordre de 75% cette année, reflet de retentissantes déconvenues. En l'occurrence pour Genfit, l'absence d'efficacité significative de sa molécule élafibranor comparée à un placebo en phase finale d'essais dans le traitement de la stéatohépatite non-alcoolique (ou NASH, une affection du foie provoquée par une alimentation trop riche), et pour DBV le refus des autorités américaines d'homologuer son traitement de l'allergie aux arachides.

En sachant qu'Innate Pharma avait déjà quitté le SBF 120 en 2017, l'indice large va être ainsi purgé de la présence de toute société de recherche biopharmaceutique - ce qui ne renvoie pas forcément une image réaliste de l'état de santé du secteur en France.

La sortie de DBV Technologies et de Genfit représente en effet davantage un accident de parcours propre à ces anciennes vedettes, dont l'engouement des investisseurs il y a quelques années avait porté la valorisation jusqu'au milliard, voire ponctuellement 2 milliards d'euros. Des niveaux inédits pour des biotech tricolores cotées, et visiblement disproportionnés par rapport au risque réel. Mais derrière ces entreprises en particulier, la relève se présente avec des arguments parfois plus concrets.

"Les deux anciennes stars du secteur Genfit et DBV ont beaucoup pesé sur la valorisation globale puisqu'elles perdent 74% et 76% en 2020. Pour autant, si on exclut ces deux valeurs, la valorisation des biotechs françaises atteint un plus haut historique !" observe Sacha Pouget, Directeur Associé de Kalliste Biotech Advisors, une structure qui cherche à mettre sur pied son troisième fonds dédié aux sociétés de Biotechnologies cotées.

La capitalisation totale calculée au 8 décembre de la totalité des 37 biotechs françaises cotées atteint 7,15 milliards d'euros, au plus haut depuis octobre 2017. Et en prenant le même échantillon, hors Genfit et DBV, la valorisation atteint alors un record historique à 6,71 milliards d'euros (contre un précédent pic à 6,08 milliards d'euros le 20 juillet 2015).

Autrement dit, alors que Genfit et DBV ont perdu à elles deux plus de 1,17 milliard d'euros de capitalisation, les 35 autres biotechs françaises ont récupéré 2,81 milliards. "Au final, en excluant les deux accidents de 2020, la valorisation des biotechs françaises n'a jamais été aussi élevée" constate le spécialiste.

Ce qui n'a rien pour l'étonner puisque "fin 2019, lors de rencontres avec des investisseurs pour lancer un nouveau fonds dédié nous avions mentionné un probable re-rating [revalorisation] des biotechs françaises en raison de la valeur des projets, qui était en inadéquation avec la valeur boursière". À cette époque, "nous expliquions aux investisseurs que le secteur se trouvait face à une situation inédite, le marché ne valorisant pas ou plus les projets de nombreuses sociétés, avec un reflux anormal des institutionnels et donc un redressement probable de la situation à venir".

Depuis, la trajectoire du secteur s'est bel et bien redressée, comme le montrent différents indicateurs. D'une part, 59% des biotechs françaises sont désormais valorisées plus de 100 millions d'euros, un proportion inédite depuis mi-2017. D'autre part, les volumes de négociation sont au plus haut des 15 dernières années, avec un triplement par rapport à 2019... Le cap de 100 millions d'euros négociés par séance en moyenne sur un mois a été dépassé à trois reprises, ce qui ne c'était jamais produit par le passé, indique le spécialiste.

"Si le rattrapage est significatif, nous sommes conscients qu'à l'avenir tout se jouera sur le suivi et la sélectivité, ce que nous savons faire puisque nous sommes en contact permanent avec les dirigeants des sociétés - ce qui n'est jamais évident pour des non spécialistes. Plus que jamais, nous sommes toujours disposés à lancer ce Fonds III et sommes en discussions avec différents interlocuteurs car la France a une véritable carence en fonds dédiés aux Biotechnologies".

Pour la suite, Sacha Pouget souligne qu'il faudra que le flux d'actualité des entreprises du secteur vienne confirmer ces bonnes dispositions courant 2021.

Le spécialiste souligne par ailleurs qu'au fil des années, le secteur tricolore a perdu son rang de leader en Europe... Et fait face désormais à la concurrence de biotechs asiatiques, y compris chinoises, qui ont eu le temps d'émerger significativement depuis 2014. Si 2020 marque donc un regain réel de vigueur pour la biotechnologie française, il faut désormais mettre les bouchées doubles en termes de financement notamment pour véritablement échapper au déclassement.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+325.90 % vs +10.57 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat