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Encouragé par l'Etat et les médias, le rebond des Bourses chinoises est spectaculaire

samedi 11 juillet 2020 à 07h00
Les Bourses chinoises flambent depuis deux semaines

(BFM Bourse) - Encouragée par les médias d'État chinois, la Bourse de Shanghai a signé lundi sa meilleure performance journalière depuis 2015. Inarrêtable depuis deux semaines, les principaux indices chinois viennent de signer, jeudi, une 8e séance consécutive de hausse. Prudence toutefois car la dernière fois que Pékin avait invité les investisseurs à "profiter du rallye", en 2014, le retour de bâton avait été violent.

Les Bourses chinoises se sont littéralement enflammées lundi. Le SSE Composite, indice phare de la place de Shanghai, a ainsi clôturé sur sa plus forte hausse depuis 2015 (+5,71%) quand le CSI 300 (qui regroupe les 300 plus grandes capitalisations boursières de Shanghai et Shenzhen) s'est envolé de 5,6%. Le bond a été tel qu'il a entraîné dans son sillage les indices européens, comme le notait alors John Plassard, directeur adjoint des investissements chez Mirabaud. "La progression du jour (des indices européens, NDLR) est à mettre notamment sur les commentaires de la China International Capital Corp. (l'une des plus grandes banques d'investissement chinoise) qui affirme que les indices boursiers (chinois) devraient... doubler dans les prochains 5 à 10 ans".

Malmenés depuis le début de l'année (-3% pour le SSE Composite entre le 1er janvier et le 29 juin, les indices chinois se redressent très nettement depuis deux semaines, d'abord timidement dans le sillage d'indicateurs économiques avancés laissant suggérer une reprise économique plus nette que prévu, avant d'accélérer sur fond de lobbying étatique.

"Le marché chinois n'est habituellement pas très réactif aux statistiques économiques, et si les injections de liquidités (de la banque centrale chinoise) peuvent être un facteur haussier, ce rebond est très clairement alimenté par Pékin, qui incite les investisseurs particuliers à investir en Bourse via les médias étatique" constate Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. Or, rappelle-t-il, "58% du flottant des actions chinoises est aux mains d’investisseurs particuliers, c'est un sport national".

"Hahahaha! Les signes d'un "bull market" sont de plus en plus clairs"

La flambée observée lundi a donc surtout été alimenté par un article publié vendredi par le médiat d'État Shanghai Securities News, intitulé "Hahahahaha ! Les signes d'un marché haussier sont de plus en plus clairs". Lundi, un article du Xinhua (l'autre agence de presse nationale) indiquait que les investisseurs "se précipitaient" sur les actions, tandis qu'un éditorial en première page du China Securities Journal, journal public, remettait une pièce dans la machine en évoquant la perspective d'un marché haussier "sain", ajoutant que les investisseurs pouvaient s'attendre à "l'effet de richesse" de la hausse des prix. Ce lobbying étatique a provoqué une explosion des recherches internet "ouvrir un compte en Bourse" et l'envolée des principaux indices.

On pourrait presque qualifier ce rebond de patriotique, tant l'emballement est "alimenté ou du moins cautionné par l’Etat, peut-être plus à des fins externes, pour montrer que le marché chinois est attractif, au moment où de nombreuses entreprises cotées aux États-Unis vont rentrer au bercail" souligne Christopher Dembik. Après le scandale Luckin Coffee, l'administration Trump s'est en effet mise en tête de bouter les groupes cotés chinois hors de Wall Street. Ces derniers sont environ 150 et pèsent collectivement autour de 1.200 milliards de dollars, soit près de 5% de la capitalisation boursière de la place new-yorkaise.

À Shanghai, le CSI 300 s'est ainsi envolé de 17,8% sur les 8 dernières séances, toutes bouclées en hausse, celle-ci s'étant d'ailleurs encore accélérée depuis le lundi 6 juillet (+9,5%). Depuis le début de l'année, il s'affiche désormais en progression de 18,2% et n'évolue plus qu'à 9,3% de son sommet historique atteint le 12 juin 2015 à 5.335 points.

De son côté, le SSE Composite Index (l'indice boursier le plus utilisé pour refléter la performance du marché de la bourse de Shanghai) a également enchaîné huit séances de hausse consécutives au cours desquelles il a progressé de 16,5% (+9,5% depuis le 6 juillet).

Un "engouement un peu fragile"

Christopher Dembik prévient toutefois que cet "engouement est un peu fragile". Il serait en outre "étonné s'il n'y pas de revirement d'ici la fin de l'été". "Le problème quand une majorité du flottant est aux mains de particuliers,c'est que le marché est très volatil, donc il est difficile de maintenir la hausse" explique-t-il, avant de développer: "L'aspect marché boursier administré par Pékin peut durer un moment mais il ne faut pas que, du jour au lendemain, les indicateurs économiques soient trop dégradés et contrastent excessivement avec l'optimisme affichée par les autorités".

De plus, si Pékin considère que l'engouement est trop exacerbé et qu'il peut entraîner dans la foulée une chute très lourde, le gouvernement calmera selon lui le jeu. Christopher Dembik rappelle que la Chine a fait de nombreux efforts ces dernières années pour "réduire la spéculation et attirer les investisseurs étrangers", les indices chinois étant désormais intégrés dans les grands baromètres internationaux. Ces efforts ont permis de réduire la part du flottant détenu par les particuliers de 79% en 2015 à 58% actuellement, alors il ne "faudrait pas (pour Pékin, NDLR), que les marchés boursiers chinois soient de nouveau perçus comme étant trop volatils par les institutionnels", au risque que ces derniers les fuient.

Le précédent de 2014-2015

Le lobbying étatique entrepris depuis lundi n'est pas sans rappeler celui effectué par Pékin à partir de l'été 2014. Et à l'époque, les autorités chinoises avaient entrepris dès la fin d'année 2014 de davantage réguler leurs marchés, car ils étaient devenus fous.

Au début de l'été 2014, le gouvernement chinois avait de fait affirmé son intention de donner un nouveau souffle aux marchés boursiers, en multipliant notamment les mesures pour encourager le financement des petites et moyennes entreprises. Fin novembre 2014, la Banque centrale chinoise (PBOC), inquiète du léger coup de frein de l’économie, avait également baissé ses taux directeurs -une manœuvre qui avait alors surpris son monde- pour soutenir le crédit aux particuliers. La mise en place de la connexion entre les Bourses de Shanghai et de Honh Kong (permettant aux investisseurs basés à Hong Kong d'investir en direct sur le marché chinois, et vice versa) avait également attiré en masse les investisseurs étrangers. La flambée avait aussi été favorisée par le système d'achats par endettement (auprès d'un courtier) avec effet de levier (dit d'opérations "sur marge") largement utilisé par les particuliers pour multiplier leurs gains.

En avait résulté une flambée inédite des principaux indices chinois, le CSI 300 s'étant alors envolé de 2.164 points mi-juillet 2014 à 5.335 points (record historique) le 12 juin 2015, soit une hausse de... 146% en moins d'un an, avant de replonger à 3.202 points fin septembre de la même année. Le tiers de la valeur des titres cotés à Shanghai a été perdu en l'espace d'un mois seulement. Le piège s'est alors refermé sur les particuliers utilisant ces "opérations sur marge", obligés de vendre dans l’urgence (et sous la pression des "brokers") pour couvrir leurs pertes, continuant à alimenter la baisse.

Eviter un violent retour de bâton

Pékin prend alors des mesures pour le moins drastiques. Les investisseurs institutionnels sont interdits de vendre des titres et les spéculateurs particuliers sont menacés d'emprisonnement et le recours aux opérations "sur marge" est drastiquement limité. Des milliers d’actions se retrouvent suspendues de cotation durant plusieurs jours voire semaines et la banque centrale chinoise avait pris les marchés de court en dévalorisant le yuan face au dollar, alimentant les inquiétudes des particuliers qui régnaient en maîtres sur le marché.

Nul doute que Pékin tentera d'éviter cette fois un retour de bâton aussi violent qu'en 2015, possiblement en tentant de limiter l'ampleur de la flambée actuellement observée, car ils "ont parfaitement conscience qu’ils ne peuvent pas se permettre une nouvelle dégringolade", au risque de briser la confiance qu'ils tentent d'établir avec les investisseurs étrangers et institutionnels. D'ailleurs, cette année, une nouvelle loi a été promulguée en mars pour que la réglementation locale corresponde plus à celle en vigueur sur les marchés occidentaux.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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