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Marché : Va-t-on assister au grand retour de la diversification sur les marchés actions en 2022?

dimanche 23 janvier 2022 à 07h00
2022, l'année du retour de la diversification dans les portefeuilles actions?

(BFM Bourse) - Quelque peu laissée de côté par les gérants depuis des années face au spectaculaire essor du compartiment technologique, notamment outre-Atlantique, la diversification tant sectorielle que géographique pourrait faire son grand retour.

Désuète, la diversification? Pas si vite. Si le Nasdaq 100 a outrageusement dominé les marchés, en termes de performance ces 10 dernières années, cela n'est plus le cas depuis plusieurs mois et les craintes entourant la politique monétaire de la Fed laissent désormais présager une année 2022 plus compliquée que les précédentes pour les valeurs de croissance, notamment technologiques. "Un rebalancement est certainement en train de voir le jour sur le marché des actions" observe ainsi John Plassard, directeur adjoint des investissements chez Mirabaud.

Pour les néophytes, un retour en arrière s'impose. "Il y a 20 ans de cela, se souvient l'expert, pour éviter d’avoir trop de volatilité sur votre portefeuille actions et dégager une performance probante, il vous "suffisait" d’avoir une bonne diversification entre les 11 sous-secteurs du S&P 500". "Cependant, depuis la fin de la crise de 2008, si vous aviez uniquement investi dans le secteur de la technologie américaine, vous auriez largement battu tous les benchmarks existants" rappelle-t-il. À titre d'exemple, le Nasdaq 100 affiche plus de 700% de hausse sur les dix dernières années, contre environ 110% pour notre CAC 40. "Cette "surperformance ciblée" a cependant pris du plomb dans l’aile" récemment, constate John Plassard.

Sur les six derniers mois, les petites capitalisations, les valeurs de rendement, les valeurs moyennes, les marchés émergents, les actions étrangères développées et même les matières premières ont de fait tous surperformé le Nasdaq 100 jusqu’alors intouchable. "Même les anciens parias comme l'énergie et la finance ont fait mieux que le compartiment technologique" relève l'expert. La diversification ferait-elle donc son grand retour?

100 sociétés du S&P 500 en baisse de 20% depuis leurs sommets

S'il est encore "difficile de tirer une quelconque conclusion à ce stade, les faux départs" étant légion en début d’année, les prémisses d’un changement sont de plus en plus évidentes" juge John Plassard.

Le recul des principaux indices américains apparaît certes contenue par rapport à leurs récents sommets (-6,5% pour le S&P, -11,8% pour le Nasdaq à la clôture de ce jeudi) mais certains signaux ne trompent pas. Le fond ARKK US, dirigé par Cathie Wood et qui cible spécifiquement les entreprises les plus innovantes, a perdu plus de 50% depuis son pic. Exemples parfaits de la frénésie qui s'est emparée des investisseurs vis-à-vis de certaines de ces valeurs, Robinhood et Peloton abandonnent chacun plus de 80% depuis leur plus haut respectif.

"En fait, il y a aujourd’hui plus de 100 sociétés du S&P 500 qui sont en baisse de 20% ou plus par rapport à leurs sommets et si la plupart des experts vous disent qu'il est soutenu par tous les GAFAM qui représentent près d’un quart de la pondération du S&P 500, cela ne semble pas être le cas concrètement puisque ces derniers sous-performent l'indice depuis le début de l’année" pointe John Plassard. Ce qui s’explique notamment par le fait que les valeurs cycliques ont pris le relais dans un environnement monétaire qui tend à se normaliser, et les valorisations du secteur technologique avec.

Il existe de nombreuses manières de se diversifier mais John Plassard élude ici les marchés obligataires et les autres classes d'actifs pour se concentrer sur les possibilités au sein des marchés actions.

Des valeurs bancaires sous-valorisées

Selon lui, plusieurs secteurs peuvent continuer à surperformer leur indice de référence, à commencer par les valeurs bancaires. Si les grands noms du secteur enregistrent déjà des rebonds probants depuis le krach de mars 2020, le spécialiste des investissements souligne que le compartiment affiche encore "une sous-valorisation évidente par rapport aux autres secteurs". Selon les données de Factset, les valeurs bancaires se traitent avec un ratio cours-bénéfices de 8,4x contre MSCI Europe, "ce qui fait du secteur l'un des plus sous-valorisés en Europe derrière le mal-aimé de l'énergie (6,6x)". John Plassard rappelle en outre que l'essentiel de la profitabilité des établissements bancaires provient des marges nettes d'intérêt, et qu'ils restent ainsi très sensibles à l'évolution des taux interbancaires, eux-mêmes corrélés notamment à l'évolution du Bund allemand. "La récente hausse des taux souverains, qui devrait se poursuivre, devrait évidemment alimenter la thématique" estime-t-il. Les banques ont par ailleurs surmonté la crise sans trop de difficultés, et conservent un attrait évident avec leurs dividendes conséquents, ajoute l'expert.

"Compte tenu des défis tant conjoncturels (stagnation voire baisse des taux longs, reprise durable de la croissance économique) que structurels (émergence de nouveaux modes de consommation des services bancaires, pression réglementaire, etc.), il est cependant peu probable que l’on retourne à des niveaux que nous connaissions à "l’âge d’or des banques"" nuance-t-il.

Le secteur de l’énergie fait également partie des secteurs "en retard" selon l'expert, qui considère que les valeurs pétrolières devraient bénéficier "de la hausse du prix du baril de pétrole, de l’évolution des profils ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, NDLR) des sociétés (surtout européennes), du retour des dividendes, d’une sous-valorisation et d’une poursuite d’un short squeeze".

Luxe et semi-conducteurs

D'autres compartiments, s'ils n'ont pas autant été délaissés que les deux premiers cités, conservent un potentiel important. Certains secteurs de croissance ne sont pas "morts", avance l'expert, qui cite notamment celui du luxe et pointent les solides résultats trimestriels dévoilés par Burberry ou Richemont cette semaine. Les valeurs du secteur disposent également toujours de nombreux relais de croissance avec la Chine, les ventes en ligne ou encore les "millennials et la "génération Z".

Un sous-secteur du large compartiment technologique trouve également grâce aux yeux de l'expert: celui des semi-conducteurs, dont la pénurie devrait se poursuivre en 2022 en raison des tensions commerciales entre États-Unis et Chine, de la poursuite du déploiement des véhicules électriques, du cycle de remplacement des smartphones ou encore de la demande accrue pour les cryptomonnaies. De l'autre côté, l'offre peine à répondre à cette augmentation exponentielle de la demande, et les champions des puces électroniques, bien installés au regard du coût d'entrée très élevés pour d'éventuels prétendants, devraient en profiter.

Vers une Europe qui surperforme?

En termes géographiques, l'expert privilégie l'Europe, qui pourrait avoir enfin fini de manger son pain noir. "C’est en tout cas la question que l’on se pose en début d’année après plus de 15 ans de surperformance des indices américains". S'il suggère d'investir sur le Vieux continent, c'est en premier lieu car, "même si certains considèrent cela comme une erreur de politique monétaire, la BCE conserve une longueur de retard sur la Fed en termes de normalisation monétaire". "Les taux ne devraient effectivement pas remonter avant 2023 en Europe alors qu'ils devraient être relevés au moins à 3 reprises outre-Atlantique" argue-t-il.

À cela on peut ajouter que le déploiement du plan de relance budgétaire paneuropéen sera lancé cette année et "devrait dynamiser les entreprises cycliques du bloc", tandis que le différentiel de valorisation avec les Etats-Unis "peut aussi être un argument en faveur d’une surperformance européenne" du Vieux continent. "Selon les données de Bloomberg, les multiples cours-bénéfices dans la région sont inférieurs d'environ 20% aux sommets atteints avant la pandémie, tandis que ceux des États-Unis sont supérieurs d'environ 10%" signale John Plassard.

L'Europe jouit enfin d'un profit beaucoup plus "value-cyclique" que les Etats-Unis, et il suffit de jeter un œil à la composition du MSCI Europe (432 valeurs) et du S&P 500 pour s'en convaincre. Alors que le compartiment technologique pèse 8,5% de l'indice élargi européen à fin décembre, il représente plus de 28% de la capitalisation de son homologue new-yorkais - quand bien même Amazon est classé dans la catégorie "consommation discrétionnaire".

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
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