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Marché : Pourquoi la Bourse de Varsovie (+31%) laisse les autres places européennes sur le carreau depuis le début de l'année, surtout Paris

Aujourd'hui à 07:00
La Bourse de Varsovie a le vent en poupe

(BFM Bourse) - La place polonaise surperforme largement les autres marchés européens, portée par la croissance économique du pays, la visibilité offerte par une certaine stabilité politique, des valorisations attrayantes et une composition sectorielle très industrielle.

L'année 2026 s'avère, pour l'heure, mitigée pour les actions européennes. Notre CAC 40 national perd 3,9 (*)% depuis le début de l'année, plombé par la chute du luxe et l'incertitude politique, tandis que le Stoxx Europe 600 prend 6,6%.

Une place du Vieux continent affole toutefois les compteurs: celle de Varsovie. L'indice phare de la Bourse polonaise, le WIG20, signe tout simplement la meilleure performance des indices européens, en s'adjugeant 31,3% depuis le début de l'année.

Même au niveau mondial, seules les Bourses dominées par l'intelligence artificielle (IA) et les semi-conducteurs font mieux (Séoul, Tokyo).

Sur un an, le WIG20 s'adjuge 52,68%, une performance qui grimpe à 206% sur quatre ans. Bloomberg remarquait même, début septembre, que la Bourse de Varsovie éclipsait à la fois les places américaines et européennes depuis juin.

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Une croissance vigoureuse

Comment expliquer la vigueur de la place polonaise? La macroéconomie a clairement joué. La Pologne demeure une économie très dynamique avec une croissance qui surpasse largement la moyenne de l'Union européenne. Après un taux de progression de son produit intérieur brut (PIB) de 3,6% l'an passé, la Banque mondiale table sur une hausse de 3,6% pour 2026, une nouvelle fois quand le FMI retient un taux de 3,4%. En comparaison, l'Union européenne devrait afficher une progression limitée à 1,4%.

De fait la Pologne n'a jamais connu de récession depuis la fin du communisme en 1989 et a même été la seule économie européenne à ne pas en subir lors de la crise financière de 2008-2009.

Plusieurs facteurs alimentent la croissance du pays. La Pologne a utilisé à bon escient les fonds structurels européens pour moderniser ses infrastructures et les équipements de ses PME.

Toutefois, Christopher Dembik, conseiller en investissement chez Pictet AM souligne que seulement un huitième de la croissance polonaise depuis 2008 a été générée par ces fonds.

Le spécialiste de marché évoque plusieurs autres atouts, notamment la fiscalité attrayante du pays et la visibilité en termes de politique économique. "Il y a peu de divergences sur ce point entre les deux partis qui ont alterné au pouvoir, les deux sont pro-entreprises et prônent une baisse de la fiscalité ce qui donne une visibilité inédite sur dix-quinze ans", fait-il valoir.

Christopher Dembik met également en avant la situation géographique particulière de la Pologne, qui l'a autrefois desservie mais lui permet aujourd'hui de jouir d'un "statut de hub tant sur le plan logistique que financier". "Le Brexit a bénéficié à l'Irlande mais une partie des activités de back-office ont été relocalisées en Pologne", souligne Christopher Dembik.

La main d'œuvre qualifiée constitue également une force pour le pays d'Europe centrale. "La Pologne dispose de plusieurs atouts, notamment ses infrastructures numériques et sa main d’œuvre qualifiée. Au classement PISA de mathématiques, la Pologne se situe parmi les meilleurs pays au niveau à la fois européen et mondial. De même, la proportion d’emplois occupés par des personnes ayant effectué des études supérieures est relativement élevée (43% de l’emploi total des 24-64 ans)", rappelle ainsi BNP Paribas.

Composition sectorielle

Certes, le pays a récemment accusé une dégradation de ses finances publiques, avec un déficit public de plus de 7% en 2025, et attendu à 6,5% en 2026 puis 6,3% en 2027 par la Commission Européenne. La note de crédit du pays a d'ailleurs été récemment dégradée par l'agence Moody's à "A3" contre "A2 précédemment".

Toutefois, plusieurs nuances doivent être apportées. Premièrement, ce déficit s'explique avant tout par un effort important dans les dépenses militaires, avec une cible de 5% du PIB attendue cette année. Par ailleurs l'endettement reste maîtrisé. Le ratio de dette rapporté au PIB s'établissait à 59,7% en 2025 et est attendue à 68,3% en 2027.

"À l’heure actuelle, le risque souverain ne soulève pas d’inquiétudes majeures. Le taux d’intérêt apparent, estimé à 3,5% en 2026, reste inférieur à la croissance du PIB nominal. La charge d’intérêts rapportée aux recettes de l’État est modérée, même si ce ratio a augmenté au cours des années passées", explique BNP Paribas.

La vigueur de la croissance ainsi que les prix élevés de l'électricité et de l'énergie ont à la fois pu porter des groupes de consommation comme le grand distributeur Dino Polska ou la société d'e-commerce Allegro, ou des entreprises énergétiques, comme Orlen, première capitalisation boursière du pays (45,73 milliards de dollars) qui raffine du pétrole et distribue des carburant, explique Bloomberg.

Un marché actions d'un pays développé

La conjoncture porteuse a aussi bénéficié au secteur bancaire comme PKO Bank Polski ou Erste Bank Polska respectivement deuxième et troisième capitalisations boursières à Varsovie.

La composition sectorielle de la place a également pu jouer, avec une ressemblance marquée avec celle de Londres, (finance, secteur minier, pétrole). Avec la particularité de compter parmi ses plus importantes valeurs l'éditeur de jeux vidéo CD Projekt, connu pour la série "The Witcher" ou "Cyberpunk 2077".

"L’autre argument massue, c’est que c’est un indice avec peu de tech - tout le monde en a déjà massivement dans les portefeuilles. Il est surtout concentré sur l’industrie et le secteur financier (ce dernier représentant environ 40% de la pondération)", note Christopher Dembik.

La valorisation bon marché des actions polonaises a pu s'ajouter à la liste. "En 2022, l’indice se payait 7 fois ses bénéfices, contre 12 fois aujourd’hui, ce qui est un niveau assez standard pour le pays. La moyenne pour l’Europe se situe à 16 fois, contre 23 fois pour le S&P 500", rappelle Christopher Dembik.

La proximité de la Russie pourrait être perçue comme un facteur négatif. Mais "cela joue très peu sur l’indice. Et souvent plutôt positivement. En début d’année, lorsque le marché espérait un peu naïvement un accord entre la Russie et l’Ukraine, les actions de la construction à la Bourse de Varsovie avaient fortement augmenté", expose Christopher Dembik.

Après le rallye, le moment est-il opportun pour se positionner sur le marché actions polonais? Pour Christopher Dembik, les secteurs phares de la place de Varsovie ont encore du potentiel.

"Il est loin d'être évident de déterminer si les actions polonaises sont devenues d'un niveau de cherté alarmant après près de quatre ans de marché haussier", a de son côté déclaré à Bloomberg Tomasz Hondo, analyste chez le fonds commun de placement Quercus TFI SA.

"Elles semblent chères, voire très chères, si l'on se base sur des indicateurs de valorisation utilisant les résultats historiques — mais leur valorisation paraît plus modérée par rapport aux prévisions de bénéfices", a-t-il ajouté.

Dans tous les cas, le rallye boursier a permis à la Bourse de Varsovie de changer de statut. Fin août dernier, le fournisseur d'indices S&P Dow Jones a reclassé la Pologne de marché émergent à marché développé, une décision qui n'entrera toutefois en vigueur qu'en septembre 2027, lorsque la société mettra à jour ses différents indices.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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