par Liangping Gao et Marius Zaharia
27 mai (Reuters) - Une offre d'emploi pour recruter des bergers dans les prairies reculées et accidentées du nord de la Chine est devenue mercredi la publication la plus populaire du jour sur les réseaux sociaux locaux, signe d'une forte tension sur le marché du travail dans le pays.
"Il semble que les gens ordinaires aient du mal à trouver du travail." a constaté Zuo Xiaoyong, le propriétaire d'une exploitation agricole chinoise à l'origine de cette offre d'emploi.
Plus de 700 personnes ont postulé pour les deux postes, parmi lesquelles des employés issus des mégapoles de Shanghai et Chongqing, des ouvriers de toute la Chine, et même des diplômés universitaires.
"Je ne m'attendais pas à ce que cela devienne viral", a déclaré Zuo Xiaoyong, ajoutant qu'un dixième des candidats venait tout juste de terminer des études universitaires.
D'autres ont dit être endettés ou occuper des emplois industriels pénibles.
UN MARCHÉ DE L'EMPLOI IMPITOYABLE ET PEU RÉMUNÉRATEUR
Alors que le taux de chômage officiel est juste au-dessus de 5%, le sous-emploi augmente en Chine et les revenus du secteur privé ont marqué le pas par rapport au rythme de la croissance économique pendant la majeure partie de la dernière décennie.
Les ouvriers comme les employés du secteur des services se plaignent notamment de la culture du "99", qui consiste à travailler de 9h à 21h, six jours par semaine.
Les analystes s'attendent à ce que la situation sur le marché du travail se détériore dans les mois à venir, les usines faisant notamment face à une hausse de leurs coûts en raison de la guerre en Iran.
En outre, l'adoption généralisée de l'intelligence artificielles s'accélère, créant des tensions supplémentaires, et un nombre record de 12,7 millions de diplômés universitaires se lanceront à la recherche d(un emploi cet été.
Selon Shaun Rein, directeur général du China Market Research Group, les titulaires d'un master issus des meilleures universités sont susceptibles de voir la majeure partie de leurs revenus être engloutie par la location d'un petit appartement et les dépenses quotidiennes de base.
Une employée de bureau dans le commerce électronique, Wu, âgée de 28 ans, - qui n'a donné que son nom de famille pour des raisons de confidentialité - gagne 10.000 yuans (1.265 euros) par mois, mais le métier de bergère a éveillé son intérêt.
"Je veux échapper à la vie urbaine et ne plus avoir à composer avec toutes sortes de personnes difficiles", dit-elle. "Je pourrais profiter d’une vie paisible et isolée, loin du monde".
James Guo a quant à lui postulé à ce poste parce qu'il se sent épuisé par son travail dans une usine de fabrication de conteneurs maritimes.
"Vous n'avez aucune idée de ce que c'est que de travailler plus de 13 heures par jour, à serrer des vis jusqu'à ce que vos mains soient enflées et couvertes d'ampoules, sans même avoir le temps d'aller aux toilettes", a déclaré le jeune homme de 21 ans.
"La charge de travail est trop intense, je n’en peux plus", a-t-il souligné.
Zuo Xiaoyong était à la recherche de bergers, de préférence un couple, pour emmener 3.000 moutons paître sur un pâturage de 2.000 hectares pendant l'été, et pour des tâches d'alimentation et de nettoyage pendant l'hiver, quand les températures peuvent descendre en dessous de -30 °C.
Le salaire proposé était 8.000 yuans par mois, bien au-dessus de la moyenne nationale urbaine dans les entreprises privées, qui est d'environ 6.000 yuans, le logement et ka nourriture étant fournis.
"Le salaire est élevé, mais ce qui compte le plus, c'est de savoir si l'on peut travailler à long terme et passer l'hiver", a déclaré Zuo Xiaoyong. "Ce n'est pas du tourisme."
Finalement, il a embauché quatre bergers – deux couples – tous nés dans les années 1980 et ayant déjà travaillé dans une ferme.
"Chez nous, il se peut que vous ne voyiez personne pendant une année entière. Je ne sais pas si quelqu'un peut supporter une telle solitude", a noté Zuo Xiaoyong pour expliquer sa préférence pour un couple.
(Par Liangping Gao et Marius Zaharia, avec la participation de Xiuyuan Ning; Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)
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