par Elisa Anzolin
BOLOGNE, Italie, 1er avril (Reuters) - Le conflit au Moyen-Orient, qui se répercute sur de nombreux secteurs, affecte également la chaîne d'approvisionnement des produits cosmétiques, le coût des emballages et de la logistique ayant explosé depuis le début de l'offensive israélo-américaine sur l'Iran.
Ce sujet a vivement animé les discussions du salon Cosmoprof, l'un des plus grands salons professionnels du secteur, la semaine dernière à Bologne, lors duquel 3.100 exposants de 68 pays ont présenté leurs produits et innovations.
Cinq dirigeants d'entreprises du secteur ont déclaré à Reuters qu'ils s'inquiétaient de la hausse des coûts des matières premières et du transport, alors que les prix du pétrole explosent et que le transport maritime est perturbé.
"Nous commençons à constater des hausses de coûts liées à l’inflation des prix de l’énergie, aggravées par les retards de livraison", a rapporté Simone Dominici, directeur général du groupe italien de cosmétiques Kiko.
Il estime les coûts logistiques supplémentaires à environ 1,5 million d’euros pour le groupe en 2026, par rapport à 2025.
Kiko, qui vend des rouges à lèvres à partir de 5 euros et des mascaras à partir de 7,5 euros, exploite plus de 1.000 magasins à travers le monde.
"Avec autant de conteneurs bloqués au Moyen-Orient, la disponibilité des conteneurs est plus limitée... et les marchandises ne sont pas acheminées efficacement", a relevé Simone Dominici, mentionnant également la pression de la hausse des prix de certains composants chimiques et emballages.
Alors que la crise iranienne bouleverse les chaînes d'approvisionnement, le groupe Yonwoo, un fabricant de contenants pour L'Oréal, a déclaré qu'il s'efforçait d'assurer des stocks de résine plastique pour fabriquer les pots utilisés pour les soins de la peau et les cosmétiques.
AUTRES VOIES D'APPROVISIONNEMENT
Au-delà de la hausse des coûts, le secteur pourrait également être confronté à un affaiblissement de la demande de la part des consommateurs, dont le pouvoir d'achat est érodé par l'inflation, a averti Simone Dominici.
Intercos et le groupe privé Ancorotti ont déclaré ne pas avoir encore été confrontés à des pénuries d'approvisionnement majeures, mais ont cité comme défis la hausse des coûts logistiques, l'allongement des délais de livraison et la hausse des prix des matières premières.
"Les délais de livraison se sont allongés car les itinéraires sont devenus plus longs et les ports plus encombrés. Ce qui prenait autrefois huit semaines peut désormais prendre 12 à 14 semaines", a déclaré Roberto Bottino, directeur général d'Ancorotti.
Certains clients se sont ainsi tournés vers le transport ferroviaire pour atteindre l'Asie, a souligné le dirigeant.
Il a déclaré qu’il était difficile d’imaginer que les hausses de coûts de la chaîne d’approvisionnement ne soient pas finalement répercutées en aval.
"Les clients du Moyen-Orient accordent de l’importance à la qualité et sont prêts à payer un supplément pour la valeur ajoutée ; ne pas pouvoir accéder à ces marchés peut donc avoir un impact négatif", a déclaré Fabio Franchina, président du fabricant de produits capillaires Framesi.
Il a indiqué que le distributeur de l'entreprise dans la région étudiait d'autres itinéraires de livraison.
"Ils envisagent [...] (des options telles que) l'expédition vers Djeddah, puis le transport des marchandises par la route au lieu de les acheminer via les ports du golfe Persique", a-t-il déclaré.
Certaines marchandises sont actuellement expédiées par avion plutôt que par voie maritime, ce qui augmente davantage les coûts, a-t-il souligné.
(Reportage Elisa Anzolin; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)
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