FRANCFORT, 23 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) n'hésitera pas à resserrer sa politique monétaire si les pressions inflationnistes liées à l'énergie semblent s'ancrer, maintenant la hausse globale des prix à un niveau élevé pendant une période prolongée, a déclaré lundi Peter Kazimir, membre du Conseil des gouverneurs de l'institut monétaire.
La BCE a laissé jeudi ses taux inchangés mais a signalé que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran risquait de faire grimper l'inflation bien au-delà de son objectif de 2%, tout en freinant la croissance et en perturbant les chaînes d'approvisionnement.
"Nous ne pouvons pas faire grand-chose contre la flambée de l'inflation au cours des prochains mois", écrit Peter Kazimir dans un message posté sur un blog. "Mais si nous estimons que le risque que l'inflation reste au-dessus de notre objectif pendant une période prolongée est significatif, nous agirons avec la fermeté nécessaire pour ramener l'inflation à notre objectif."
L'inflation, qui a atteint l'objectif de la BCE au cours de l'année écoulée, pourrait grimper à 2,6% selon le scénario le plus optimiste de la banque centrale et revenir à 2% l'année prochaine. Mais selon un scénario pessimiste, l'inflation pourrait rester supérieure à 2% pendant des années, le choc énergétique affectant les prix d'autres biens et services.
"Le souvenir des années de forte inflation est encore frais dans l’esprit de beaucoup", souligne le gouverneur de la banque centrale slovaque. "Le seuil pour déclencher des hausses des prix pourrait désormais être plus bas pour de nombreuses entreprises. Les ménages pourraient commencer à réclamer plus tôt des salaires plus élevés."
La BCE pourrait ainsi être confrontée à un dilemme entre une inflation élevée persistante et une croissance économique affectée par le choc énergétique.
"Les gens peuvent être assurés que nous ne faiblirons pas dans l’accomplissement de notre mandat", assure Peter Kazimir. "Si le chemin à parcourir devient plus difficile, nous le dirons. Si cela nécessite des mesures audacieuses, nous n’hésiterons pas."
Ces propos font écho à ceux d'autres responsables de la BCE, comme le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau qui a assuré la semaine dernière que l'institut avait la capacité d'agir "autant que nécessaire".
Sur les marchés financiers, la perspective d'une inflation plus élevée et d'un recalibrage des politiques monétaires des grandes banques centrales vers un biais plus restrictif fait s'envoler les rendements des obligations d'Etat.
(Rédigé par Balazs Koranyi ; version française Blandine Hénault, édité par Augustin Turpin)
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