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Marché : Le rhodium, ce cousin du palladium dont le cours flambe de 70% depuis le 1er janvier

samedi 25 janvier 2020 à 11h00
Le rhodium prend 70% depuis le 1er janvier

(BFM Bourse) - Le métal précieux issu de l'extraction des mines de platinoïdes a vu son cours être multiplié par 10 en moins de 3 ans et s’échange désormais à plus de 10.000 dollars l’once. Décryptage.

Cousin du palladium dont nous avons récemment évoqué la flambée, le rhodium est également un sous-produit issu de l’extraction des mines de platinoïdes. Il n'existe pas de mines de rhodium à proprement parler et sa production annuelle est extrêmement limitée (23,2 tonnes en 2017, soit l'équivalent de 63 kilos par jour). Une offre qui grimpe à "40 tonnes par an avec le recyclage" précise Vincent Donnen, fondateur de la Compagnie des métaux rares (CDMR) et co-créateur d’un fonds d’investissement dédié à ces mêmes métaux.

Si l'offre est restreinte, la demande de rhodium, elle, a bondi depuis le "dieselgate", le fameux scandale du logiciel truqueur sur les émissions polluantes des modèles diesel de Volkswagen, qui a incité les acheteurs à privilégier les véhicules à essence dont les pots catalytiques contiennent du platine, du palladium... et du rhodium en petite quantité. L'automobile, c'est "plus de 80% de la principale application du rhodium" indiquent les experts de Mirabaud Securites dans une note consacrée au métal précieux également utilisé en chimie (comme catalyseur de réactions chimiques) ou en bijouterie (il entre dans la composition de bijoux, dont les pierres Swarovski).

"Pour revenir à la demande automobile, on se souvient qu’en mars 2019, Fiat Chrysler Automobiles (FCA) avait rappelé aux États-Unis plus de 800.000 véhicules à essence non conformes aux normes américaines de pollution. Les améliorations avaient nécessité l’utilisation (entre autres) de rhodium pour les pots catalytiques" relèvent les experts de Mirabaud. L'agence allemande de l'automobile avait également ordonné à Volkswagen de rappeler 2,4 millions de voitures. Un rappel que le groupe allemand avait étendu à l'ensemble des 8,5 millions de véhicules concernés en Europe.

Un cours multiplié par 10 en trois ans

Cette subite hausse de la demande conjuguée à la faiblesse de l'offre ont fait s'envoler le prix de l’élément chimique de numéro atomique 45, passé de 1.000 dollars l'once Troy (33,1 grammes) fin mars 2017 à plus de 10.000 dollars aujourd'hui. Le rhodium a donc vu son cours être multiplié par 10 en moins de trois ans. Plus impressionnant encore, celui-ci prend près de 70% depuis le 1er janvier 2020. À 10.250 dollars l'once, le rhodium a touché jeudi 23 janvier un nouveau sommet historique, effaçant des tablettes le record précédent qui datait de 2008.

"Après avoir flambé au-dessus des 9.000 dollars l’once, la crise financière a frappé de plein fouet le marché automobile. Le rhodium a ainsi subi le même sort, en perdant près de 90% de sa valeur en quelques mois seulement" rappellent les experts de Mirabaud, qui soulignent également que "les prix avaient fortement progressé avant à cause de grèves et de conflits sociaux dans les centrales électriques en Afrique du Sud en 2008 qui avaient provoqué un stress et une peur de pénurie du métal".

Le complexe igné de Bushveld, clef de voûte du marché

À elle seule, l'Afrique du Sud est responsable de plus de 80% de la production de rhodium (82,4% en 2017), le reste de l'offre étant réparti entre la Russie, le Zimbabwe et le Canada. Et la grande majorité de la production sud-africaine est concentrée au sein du "complexe igné du Bushveld", une formation géologique au Nord de Pretoria qui contient quelques-uns des plus riches gisements minéraux de la planète, dont celui de rhodium. Vincent Donnen insiste sur l'importance stratégique de ce vaste complexe divisée en trois lobes, un oriental et un occidental ainsi qu'une extension septentrionale (au Nord). "À l'est et à l'ouest, ce sont des mines souterraines dont les coûts de production sont très élevés (main d'oeuvre, dépendance à l'énergie électrique, etc.) tandis que les mines qui se développent dans le lobe nord du complexe sont à ciel ouvert très peu intensives en main d'oeuvre et qui ne subissent pas de problèmes de coupures de courant" explique Vincent Donnen.

Et le spécialiste de développer : "En période de vache maigre (entre 2008 et 2016, NDLR), ils ont fermé des mines dans les UG2 et Merensky (est et ouest) pour en ouvrir dans le Platreef (au Nord). Le soucis étant qu'ils ont fermé beaucoup de puits, notamment ceux qui avaient la plus forte teneur en sous-produits du platine (8g de rhodium par tonne dans le UG2 contre 3g par tonne, en moyenne, dans les mines du Nord), donc la production à venir sera encore plus basse" prévient l'expert. Si la récente flambée des cours les incitent à rouvrir des mines, "cela prend du temps", indique Vincent Donnen, qui ajoute qu'avec la fermeture des gisements UG2, "il faut extraire beaucoup plus de roche dans les autres mines pour maintenir la production de rhodium".

Le spécialiste pointe par ailleurs du doigt l'industrie sud-africaine du platine qui souffre notamment de l'instabilité politique et d'une corruption systémique. L'Afrique du Sud pourrait également être plongé dans la tourmente à cause de la dette colossale (26 milliards d'euros) du géant de l'électricité Eskom. "Afin de préserver ce fleuron national et d’éviter des coupures d’électricité généralisées, le gouvernement sud-africain serait au chevet de la société, mais le coût du sauvetage dégraderait les finances publiques du pays, déjà guère reluisantes" anticipait ainsi Saxo Bank dans ses "10 prévisions chocs pour 2020". Entre "Eskom et l'AMCU (pour "Association of Mineworkers and Construction Union"), un syndicat qui organise régulièrement des grèves pour négocier une revalorisation des salaires des mineurs, "c'est le gros bazar en Afrique du Sud" observe Vincent Donnen.

Vers de nouveaux records ?

Le rhodium peut-il continuer sur sa lancée et atteindre prochainement de nouveaux sommets? Malgré "des fondamentaux hyper solides, il faut se méfier car quand la presse commence à en parler, c'est généralement le moment de vendre" avertit Vincent Donnen. Lui en avait acheté à 1.300 dollars l'once et a tout revendu jeudi 23 janvier, "il faut savoir prendre ses gains" estime-t-il. "Je pense qu'il ira plus haut mais lorsqu'on touche un sommet historique, ça passe ou ça casse" avertit le spécialiste. "Ce qui a précipité ma vente, précise-t-il, c'est le Nouvel An chinois car tout ferme à cette période qui est généralement baissière pour les métaux car le manque d'acheteurs induit de l'incertitude" sur le marché.

L'ambition de son fonds qui est "long-only" car "il n'y a aucune capacité de ce hedger sur ce marché" est d'"offrir un levier sur la révolution technologique qui a de plus en recours aux métaux rares" en proposant aux investisseurs un "nouveau type d’actif tangible décorrélé de l’or". C'est donc avec une attention toute particulière qu'il suit la révolution technologique à l'oeuvre sur le marché automobile. "Ce qu'il se passe aujourd'hui sur ce marché est la même chose que ce qu'il s'est passé entre Nokia et Apple il y a 15 ans, avec des hyperdominants qui n’ont rien compris au changement technologique et font face à la petite boîte qui grossit". "La progression de la part de marché du véhicule électrique ne sera pas forcément linéaire et on peut anticiper qu'elle sera de 5-10% d’ici quelques années" estime-t-il.

Si le rhodium peut donc "aller plus haut à court terme", Vincent Donnen juge que le métal précieux "n'a pas d'avenir". "À long terme, le rhodium est un très mauvais investissement, il n'y a pas de technologie du futur qui repose dessus et la prise de conscience écologique va favoriser l'émergence du véhicule électrique". "Le seul platine à l’avenir radieux est le ruthénium, qui est utilisé dans des industries très spécifiques" conclut-il.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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