(BFM Bourse) - L'appréciation rapide de la monnaie japonaise face au dollar perturbe les opérations de "carry trade", une technique d'arbitrage qui consiste à s'endetter dans une devise à faible taux d'intérêt et à placer les fonds empruntés dans une autre devise à plus haut rendement.
La remontée fulgurante du yen japonais dans la perspective de la hausse des taux d'intérêt que la Banque du Japon (BoJ) bouleverse le "carry trade", une opération très populaire consistant à emprunter dans une devise à faible taux d'intérêt afin d'investir dans une autre offrant un meilleur rendement.
La devise japonaise a atteint mardi son plus haut niveau depuis près de sept mois, à 152,89 yens pour un dollar, ce qui représente un revirement de tendance brutal pour une devise qui oscillait autour de 160 il y a moins d'une semaine.
Un plus bas niveau du yen depuis 40 ans
En juillet dernier, le yen avait même atteint son plus bas niveau depuis 40 ans, ce qui avait entraîné une intervention conjointe des États-Unis et du Japon sur le marché des changes.
L'appréciation de la devise pousse désormais les opérateurs sur le marché des changes à liquider leurs positions courtes.
"Le carry trade est vulnérable car ces liquidations interviennent avant même que la Banque du Japon n'ait procédé à la hausse des taux attendue", souligne Charu Chanana, stratège chez Saxo.
"Certaines positions courtes sur le yen ont déjà été liquidées, mais les ?positions semblent encore importantes ; ainsi, un nouveau raffermissement du yen pourrait transformer une réduction progressive de l'effet de levier en une liquidation beaucoup plus rapide et auto-renforçante", dit-elle.
Un niveau
Les emprunts transfrontaliers en yens, un indicateur du carry trade, ont atteint le niveau record de 360.000 milliards de yens (2.350 milliards de dollars) en mars, selon une analyse de Jefferies s'appuyant sur les données de la Banque des règlements internationaux, ce qui en fait la plus forte accumulation de "carry trade" de ces trois dernières décennies.
"Les acteurs du carry trade sur le yen ont pris de spositions excessivement importantes et la liquidation de ces positions s'accélère désormais", a déclaré Akira Moroga, stratège chez Aozora Bank.
Les investisseurs partaient alors du principe que la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, pourrait poursuivre sa politique monétaire accommodante, parallèlement à ses mesures de relance budgétaire.
Les analystes indiquent que des ordres "stop-loss", des instructions automatiques d'achat ou de vente qui se déclenchent dès qu'une devise atteint un niveau prédéfini, se sont ?activées à certains niveaux, accélérant la fluctuation du taux de change dollar/yen.
Ce mouvement a été généralisé, le yen s'étant apprécié de près de 5% depuis le début du mois de septembre face au peso mexicain et la livre turque, deux devises habituellement privilégiées dans le carry trade.
La volatilité nuit à ces opérations, car les fluctuations rapides de la valeur d'une devise peuvent annuler les gains tirés des écarts de taux d'intérêt.
Les conséquences d'une liquidation désordonnée sont apparues au grand jour en 2024, lorsqu'une hausse des taux d'intérêt décidée par la banque centrale nippone a entraîné une appréciation de la devise, provoquant des ondes de choc sur les marchés mondiaux pendant plusieurs jours.
Les analystes estiment toutefois que la situation est différente cette fois-ci.
Kenneth Goh, directeur de la gestion de fortune privée chez UOB Kay Hian, souligne qu'en 2024, quand le yen s'était raffermi, les capitaux n'avaient nulle part où aller.
"C'est là que réside le changement. Les capitaux n'ont plus besoin de quitter le Japon pour générer un rendement", dit-il, ajoutant que le rendement des obligations d'État nippones à 10 ans oscille près de son plus haut niveau depuis 30 ans.
À l'heure actuelle, selon les données de Tokyo Tanshi, la probabilité que la BoJ relève son taux directeur de 25 points de base, à 1,25%, s'élève à 97%, contre 52% il y a seulement un mois. Les chiffres indiquent également une probabilité de 27% d'une hausse des taux en octobre et de 61% en décembre.
(Avec Reuters)
