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Marché : La défiance est historique, pour la première fois depuis 2002, le taux d'emprunt à 10 ans de la France franchit le cap symbolique des 5%

Aujourd'hui à 11:07
Le taux d’emprunt de la France à 10 ans a dépassé les 5%

(BFM Bourse) - Sur le marché obligataire, le rendement du titre de la France à 10 ans a dépassé les 5% pour la première fois depuis l’été 2002.

Un cap symbolique a été atteint. Quelques semaines seulement après l’avoir frôlé, le taux d’emprunt de la France à 10 ans a dépassé le seuil des 5% ce mercredi 21 octobre.

Cette nouvelle étape intervient moins de trois mois après le dépassement des 4%, fin juillet, une première depuis 2009. À plus de 5%, le taux français à dix ans retrouve désormais un niveau inédit depuis juillet 2002

Les événements survenus durant le week-end des 17 et 18 octobre ont renforcé la défiance des marchés envers la France. Les manifestations de samedi ont été émaillées de violences, de dégradations et de pillages dans plusieurs villes. De nouvelles tensions ont éclaté le lendemain, tandis que les images des affrontements étaient largement relayées par les médias étrangers.

"Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à conjuguer apaisement social et redressement budgétaire", avertit Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour eToro.

Ces événements s’ajoutent à un contexte déjà marqué par la dégradation des finances publiques et l’incertitude politique. "Avec la France déjà confrontée à un contexte budgétaire difficile et l’élection de 2027 qui approche, le week-end ajoute une couche supplémentaire de risque politique pour les marchés", estime Deutsche Bank.

La dette française sous pression

Mardi 20 octobre, l’écart de rendement, ou "spread" entre l’obligation française à dix ans et son équivalent allemand a grimpé à 153 points de base.

"L’ampleur de l’élargissement du spread s’explique davantage par le manque d’acheteurs que par un afflux de vendeurs à l’approche du vote sur le budget français. Le Trésor français a, de son côté, maintenu un rythme d’émissions élevé afin d’avoir quasiment achevé son programme d’emprunt avant l’adoption du budget", explique Patrick Barbe, de Neuberger Europe.

Cet indicateur mesure la prime de risque supplémentaire demandée par les investisseurs pour détenir de la dette française plutôt que de la dette allemande. Il avait atteint près de 160 points de base au début du mois d’octobre, avant de se réduire partiellement.

La tension ne peut toutefois pas être attribuée aux seules violences du week-end. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de hausse des taux mondiaux, auquel s’ajoutent les préoccupations propres à la situation budgétaire et politique de la France.

Des finances publiques qui inquiètent

Les investisseurs s’inquiètent notamment de la persistance du déficit, de l’augmentation de la dette et des difficultés politiques à faire adopter un programme crédible de redressement des comptes publics.

Les taux français ont fortement augmenté en 2026. L’OAT à dix ans a ainsi atteint, début octobre, son niveau le plus élevé depuis 2002. Sur certaines périodes, l’ampleur du mouvement a été la plus forte observée depuis près de quarante ans.

"L’enjeu des prochains mois est de restaurer la confiance des marchés dans la solidité budgétaire de la France. D’autant qu’il existe un doute, à ce stade, sur la capacité du prochain président de la République à obtenir un mandat clair pour redresser les finances publiques", poursuit Vincent Juvyns.

Un programme d’emprunts record en 2027

La hausse des taux renchérit progressivement le coût de la dette, alors que l’État prévoit d’émettre un montant record de 340 milliards d’euros de dette à moyen et long terme en 2027, contre 310 milliards en 2026.

Une partie importante de ces émissions servira toutefois à refinancer les titres arrivant à échéance. Les 340 milliards d’euros ne correspondent donc pas entièrement à de la dette nouvelle.

Selon les prévisions budgétaires publiées à l’automne 2026, la charge de la dette a été revue à la hausse d’environ 5 milliards d’euros pour 2026 et de 7 milliards pour 2027 par rapport aux estimations établies un an auparavant.

À la fin du deuxième trimestre 2026, la dette publique française atteignait 3.595 milliards d’euros, soit 119% du produit intérieur brut, selon les données officielles de l’Insee.

"Cela alourdit progressivement le fardeau de la dette pour l’État et donc, à terme, pour les contribuables. Mais c’est aussi un problème pour les entreprises qui ont recours au marché pour se financer", note Christopher Dembik, conseiller en stratégie d’investissement chez Pictet Asset Management.

Un écart croissant avec l’Allemagne

L’écart de rendement entre les emprunts français et allemands s’est progressivement élargi au cours des dernières années. Ce mouvement reflète notamment la divergence entre les trajectoires budgétaires des deux pays et s’est accéléré depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024.

"Tandis que plusieurs pays de la zone euro ont engagé un redressement de leurs comptes publics, la France peine à stabiliser les siens. Le déficit demeure élevé, la dette progresse et la crédibilité de la trajectoire budgétaire est désormais directement questionnée par les investisseurs", analyse David Jourdan, directeur de la gestion crédit chez Ecofi.

"Les inquiétudes budgétaires et politiques en France continuent de peser sur la dette de la zone euro et commencent à se transmettre à d’autres marchés périphériques", souligne John Plassard, de Cité Gestion.

Moody’s souligne les risques politiques

Le projet de loi de finances pour 2027 n’a pas entièrement rassuré les investisseurs. Moody’s a notamment souligné les difficultés que pourrait rencontrer le gouvernement pour faire adopter les textes budgétaires.

"L’adoption de ces deux projets de loi, le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, est loin d’être certaine, car les tensions politiques risquent de s’intensifier au sein d’un Parlement français très morcelé à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2027 et des élections législatives qui devraient suivre", prévient l’agence de notation.

"De plus, la forte hausse des taux des obligations d’État françaises observée ces derniers mois accentue les risques qui pèsent sur la solidité budgétaire de la France, si les coûts d’emprunt devaient se maintenir durablement à des niveaux proches de leurs récents sommets", ajoute Moody’s.

Le coût de financement des entreprises également concerné

La hausse des taux souverains se transmet progressivement au financement des entreprises. "Le mouvement est particulièrement visible sur les signatures les plus fragiles : le rendement moyen du marché européen des obligations à haut rendement atteignait environ 6,4 % à la fin de septembre, contre 5,7 % au début du mois", note Christopher Dembik.

Selon Christopher Dembik, le principal risque serait la combinaison d’une OAT française durablement supérieure à 5 % et d’un élargissement significatif des spreads de crédit.

"Avec une OAT à 5 % et un spread de crédit compris entre 150 et 180 points de base, certaines entreprises pourraient voir leur coût de refinancement approcher 6,5 % à 7 %, voire davantage pour les signatures les moins solides", estime-t-il.

Sabrina Sadgui - ©2026 BFM Bourse
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