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Marché : En Bourse, parier sur des valeurs décotées ne paie plus

samedi 19 septembre 2020 à 07h00
Les investisseurs se focalisent sur les valeurs de croissance, au détriment des décotées

(BFM Bourse) - L'ancrage des taux d'intérêts à long terme à un niveau plancher depuis 2008 a incité les investisseurs en quête de rendement à se tourner vers les valeurs de croissance ("growth") au détriment des titres "value", du nom de ceux qui se négocient avec une décote. Une tendance qui devrait persister selon les spécialistes.

Identifier des entreprises sous-valorisées en Bourse et miser dessus dans l'espoir d'une remontée de son titre: le pari, autrefois globalement rentable, ne paie plus depuis quelques années et encore moins avec la crise sanitaire.

Parmi les catégories de valeurs, les investisseurs différencient les actions dites décotées ("value"), et celles de croissance ("growth"). Les "values" sont celles dont l'actif net comptable, c'est-à-dire le montant des avoirs de l'entreprise si elle remboursait toute sa dette, est inférieur à sa valorisation en Bourse.

"Depuis quelques années, la définition s'est élargie pour inclure les valeurs qui ne sont pas sur une dynamique favorable en termes de croissance des résultats", détaille à l'AFP Régis Bégué, directeur de la gestion et de la recherche actions de Lazard Frères gestion. Aujourd'hui, les banques, les télécoms ou les entreprises pétrolières en font partie.

Investir sur ces titres a longtemps constitué un "bon plan". "Historiquement, ces valeurs réussissent bien quand l'économie est en phases d'expansion", qui sont plus fréquentes que les périodes de récession, explique-t-il. Elles réussissaient mieux que les titres dits de croissance, qui ne dépendent pas des cycles économiques, comme la technologie, la santé ou dans une moindre mesure, le luxe et l'agroalimentaire.

Taux d'intérêt bas

Mais cet élan a été brisé après la crise de 2008: malgré la phase d'expansion économique dans le monde, les "values" ont connu de moins bonnes performances que les valeurs de croissance. "Les impacts de la crise 2008, de la crise de la dette en Europe et la baisse de l'inflation ont provoqué la baisse des taux d'intérêt à long terme", avance Régis Bégué. Cette baisse bénéficie aujourd'hui aux géants de la technologie américaine, qui attirent les investisseurs en quête de rendement.

Sur les marchés européens, une inflexion a semblé s'amorcer au cours du dernier trimestre 2019. Mais la rotation sectorielle a été "tuée dans l’œuf" par la crise sanitaire, toujours selon Régis Bégué. Le Covid-19 a favorisé les valeurs technologiques et de santé tandis que le luxe a bien résisté. La "polarisation des marchés" a donc été encore plus "marquée" avec le rebond des cours, a noté Jean-Jacques Friedman, directeur général de Natixis Wealth Management, au cours d'un point presse de rentrée.

Ainsi, depuis le 1er janvier les performances des "values" ont été 27% inférieures à celles de croissance, selon une note des analystes de JP Morgan.

Pour combien de temps encore?

Les marchés sont donc à l'affût du moindre signe de rotation sectorielle, en regardant notamment l'essoufflement ponctuel des valeurs technologiques cet été et leur glissade début septembre. "Davantage de secteurs sont désormais concernés par une reprise en Bourse, notamment ceux qui sont implantées en Chine, qui est le premier pays à sortir de la crise", selon Jean-Jacques Friedman. Pour lui, "le marché croit à une résolution avec un vaccin", qui permettrait à l'activité, et donc à ces valeurs cycliques déclassées, de repartir.

Mais le chemin vers un vaccin est encore long. JP Morgan ne voit pas la roue tourner d'ici à la fin de l'année. Pour la banque américaine, si des "renversements périodiques" sont inévitables, les conditions ne sont pas réunies pour "les faire durer plus longtemps que quelques jours seulement".

L'actualisation de la politique de la Fed, annoncée fin août lors de la grand-messe des banques centrales, le symposium de Jackson Hole, "renforce" JP Morgan dans son analyse sur le maintien de la différence de rentabilité à moyen terme entre les deux styles d'investissements. En effet, "la Fed sera encore plus tolérante à l'égard de tout dépassement de l'inflation" au-delà de 2%, ce qui favorise "l'ancrage des taux courts à des niveaux extrêmement bas pendant plus longtemps", tout comme les taux longs, écrivent les analystes actions.

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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