(BFM Bourse) - La hausse des prix du pétrole, qui ont dépassé les 100 dollars le baril ce lundi, fait craindre la résurgence d'une forte inflation couplée à une croissance anémique. Cette configuration malmène les obligations et augure de hausses de taux de la BCE.
Les obligations souffrent depuis l'éclatement du conflit au Moyen-Orient. Ces titres sont pourtant censés constituer des abris pour les investisseurs lorsque les risques géopolitiques effraient les marchés. Ce parce que les faillites des états développés n'existent théoriquement pas, et rendent donc ces titres "sûrs".
Ainsi lors de chocs majeurs, les investisseurs ont tendance à se réfugier sur les obligations au détriment des actions, un phénomène que l'on appelle le "flight to quality".
Cette "ruée vers la qualité" ne s'est toutefois guère produite avec la flambée des cours du pétrole due à la guerre en Iran.
La journée de ce lundi le démontre un peu plus. Les rendements obligataires (qui évoluent dans le sens inverse de la valeur des titres de dette) grimpent fortement alors que le baril de Brent gagne 15,3% à 106,89 dollars.
Quand les investisseurs vendent massivement des obligations d’État, leur prix sur le marché baisse parce que l’offre devient plus importante que la demande. Or les intérêts versés par ces obligations (les coupons) restent fixes. Résultat: pour un nouvel acheteur qui paie l’obligation moins cher, le rendement est plus élevé. Autrement dit, plus le prix des obligations baisse, plus leur taux de rendement augmente. C’est pourquoi, sur les marchés, une vague de ventes d’obligations se traduit mécaniquement par une hausse des taux d’intérêt.
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Risque de stagflation
Le taux de l'obligation américaine à 10 ans prend 6 points de base (0,06 point de pourcentage) à 4,196%, tandis que le rendement de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) français à 10 ans gagne 6,4 points de base à 3,592%, après avoir monté jusqu'à 3,636%.
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les taux de ces deux obligations se sont respectivement tendus d'environ 25 points de base et de 27 points de base.
L'envolée des cours du baril crée un risque de "stagflation", une situation qui décrit un scénario où les grandes économies développées doivent composer à la fois avec une inflation galopante et une croissance anémique.
"L'escalade du conflit au Moyen-Orient augmente le risque d'un ralentissement de la croissance et d'une hausse de l'inflation dans la zone euro", écrit d'ailleurs ce lundi Barclays.
Ce type de configuration économique pèse sur la valeur des obligations car elle se traduit par des anticipations de hausse de taux d'intérêt et des taux directeurs (ou par des prévisions de baisses moins prononcées). Ce phénomène surpasse la demande "de sécurité" qu'offrent ces titres.
"Très clairement les marchés anticipaient une baisse des taux de la Fed (la Réserve fédérale américaine, NDLR) en juin et ils ont reporté leurs anticipations à septembre, ce qui a pénalisé le marché obligataire", expliquait vendredi à BFM Bourse Vincent Juvyns, responsable de l'investissement chez ING Belgium.
Ces anticipations ne se limitent pas à la Fed. Selon Bloomberg, les investisseurs anticipent depuis ce lundi deux baisses de taux directeurs de 25 points de base (donc 50 points de base au total) pour cette année de la part de la Banque centrale européenne (BCE).
Vers des relèvements des taux directeurs
"La BCE et la Banque d'Angleterre sont pratiquement paralysées: assouplir sa politique monétaire dans un contexte de choc pétrolier risque de nuire à leur crédibilité, tandis que la resserrer risque de compromettre la croissance", a déclaré Evelyne Gomez-Liechti, stratège chez Mizuho International à l'agence.
"Nous pensons que les risques de stagflation inciteraient la Banque centrale européenne à faire preuve de patience, les taux directeurs devant rester à leurs niveaux actuels, car le Conseil des gouverneurs devrait trouver un équilibre entre le ralentissement de l'activité économique et la hausse des pressions inflationnistes", juge pour sa part Barclays.
"La guerre en Iran complique considérablement les perspectives politiques de la BCE et entraîne une incertitude accrue. Il y a moins de deux semaines, la BCE semblait faire face à des perspectives d'inflation globalement conformes à son objectif de 2% et à une économie raisonnablement résiliente qui était sur le point de bénéficier d'un soutien supplémentaire grâce à la mise en place progressive de mesures de soutien budgétaire en faveur de la défense (UE) et des infrastructures (Allemagne)", écrit de son côté UBS.
"Aujourd'hui, la BCE est confrontée à un choc énergétique qui exercera une pression à la hausse sur l'inflation et une pression à la baisse sur la croissance, mais dont la gravité dépendra essentiellement de la durée du conflit et des perturbations qu'il entraînera", conclut la banque suisse.
En conséquence, "les taux européens et britanniques ont fortement augmenté parallèlement aux prix des matières premières, sans que cette réévaluation soit excessive compte tenu des risques d'inflation qui en résultent", constate Goldman Sachs.
