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Jean-Laurent Bruel : "Les biotechs européennes à l'aube d'une nouvelle dimension"

(Tradingsat.com) - Après quelques prises de bénéfices au milieu de l’été, le secteur des biotechnologies retrouve des couleurs, tandis que les medtechs (sociétés de technologie médicale) continuent à connaître des parcours plus mitigés. Jean-Laurent Bruel, président du directoire de Gestys (gestys.com) et gérant du seul fonds éligible au PEA et PEA-PME, spécialisé sur les biotechs européennes (Gestys Santé Biotech FR000705762) nous livre son analyse.

Tradingsat.com : Comment expliquer les parcours boursiers décevants de sociétés medtechs comme Mauna Kea Technologie ou EOS imaging ?

Jean-Laurent Bruel : Avec les medtechs, l’investisseur ne prend, de prime abord, moins le risque d’un refus d’autorisation par les autorités de santé, mais davantage le risque commercial. Ce risque est d’autant plus grand que beaucoup de medtechs se sont introduites en bourse sur la base de valorisations généreuses, tenant compte de perspectives ambitieuses. Or, les Etats-Unis, qui représentent le principal marché mondial des technologies médicales, n’affichent plus le même dynamisme qu’il y a quelques années. La loi Obamacare de réforme du système de santé américain se traduit par des incertitudes réglementaires qui freinent, notamment, les investissements des hôpitaux. Les derniers chiffres de Mauna Kea montrent des ventes en légère baisse, avec une nouvelle déception aux Etats-Unis que ne compensent pas de belles performances dans d’autres zones géographiques. Dans l’esprit des investisseurs, la réussite d’une société de technologie médicale sur le marché américain est déterminante.

Tradingsat.com : Le risque commercial ne touche-t-il pas aussi les biotechs ?

Jean-Laurent Bruel : La problématique de commercialisation existe aussi chez les biotechs. Le parcours de la société de biotechnologie belge ThromboGenics en est une belle illustration. Sa capitalisation boursière a été divisée par cinq à cause d’une stratégie commerciale aux Etats-Unis qui n’a pas eu les résultats escomptés pour son produit phare, le Jetrea. Dans l’actualité récente, on peut également s’interroger sur la baisse de cours qui a suivi le feu vert de la FDA pour le Ruconest de la biotech néerlandaise Pharming Group. Malgré un partenaire commercial local, Salix Pharmaceuticals, le fait que l'efficacité du produit n'ait pas été établie chez les patients présentant des crises d'AOH laryngé peut expliquer la prudence des investisseurs à ce stade. En sens inverse la signature de Cellectis avec Pfizer, le numéro un mondial de la pharmacie, bien que très en amont d’une future commercialisation, a tout de suite entraîné une revalorisation boursière à la hauteur de la réputation de ce partenaire prestigieux. Tout ceci montre qu’il faut accorder une grande importance à l’efficience de la distribution commerciale, et tenir compte de la qualité des accords de partenariats.

Tradingsat.com : Le modèle économique des medtech reste-t-il plus sûr que celui des biotechs?

Jean-Laurent Bruel : Par le simple fait qu’elles disposent dans la plupart des cas de produits déjà commercialisés, les « medtechs » sont traditionnellement considérées comme étant un investissement plus sûr. Cependant, on s’aperçoit que leurs performances commerciales ne supportent pas le moindre écart par rapport aux projections. L’investissement dans les « medtechs » n’est donc pas forcément plus sécurisant qu’investir dans certaines biotechs.

Tradingsat.com : Sur quels critères sélectionnez-vous vos valeurs au sein de Gestys Santé Biotech?

Jean-Laurent Bruel : A la base, les valeurs sont sélectionnées en fonction de leur technologie, leurs partenariats associés au développement de certaines molécules, leurs éléments financiers – notamment la consommation de trésorerie – et enfin la qualité de leur management. Au regard des développements de ces derniers mois, il semblerait falloir aussi privilégier les dossiers qui intéressent les investisseurs américains : ceux qui génèrent un intérêt pour les investisseurs spécialisés – qui ont participé par exemple aux levées de fonds de DBV Technologies, Innate Pharma, Genfit, ou encore Erytech -, et ceux qui commencent à faire l’objet d’un suivi par les acteurs « généralistes », à l’image de Genfit à la suite de l’étude réalisée par Deutsche Bank.

Tradingsat.com : Adocia était la première position de Gestys Santé Biotech au 30 juin.

Jean-Laurent Bruel : C’est un pari raisonné et raisonnable. Le laboratoire américain Eli Lilly avait mis fin en 2013 à un contrat de licence sur la BioChaperone d’Adocia pour la formulation d'un analogue de l'insuline à action rapide. Mais selon la société les derniers résultats sur d’une part le produit BioChaperone Combo, combinaison d’insuline basale glargine et d’insuline rapide Lispro et d’autre part sur l’insuline ultra-rapide BioChaperone Lispro, sont très positifs. Le groupe dispose aujourd’hui des arguments pour conclure un accord sur des bases bien supérieures – en termes de royalties, de paiements initial et d’étapes – à celles auxquelles il aurait pu prétendre il y a quelques mois.

Tradingsat.com : Integragen et TXcell figurent également parmi les principales lignes du fonds.

Jean-Laurent Bruel : Integragen offre des perspectives prometteuses dans le traitement de l’autisme avec son dernier test « Arisk2 ». En outre, la société a levé récemment des fonds pour promouvoir ses produits en cancérologie auprès des leaders d’opinion, et son activité historique de séquençage génomique, très rentable, bénéficie du lancement de la première plate-forme clinique avec l’Institut Gustave Roussy. TXcell est en pointe dans l’immunothérapie cellulaire, nouvelle approche innovante dans laquelle les grands laboratoires investissent de plus en plus. Un partenariat a déjà été signé avec la société biopharmaceutique suisse Ferring spécialisée dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.

Tradingsat.com : Quelle est votre opinion sur Carmat, l’inventeur du cœur artificiel total « le plus avancé au monde » ?

Jean-Laurent Bruel : Pour l’instant je n’ai pas réintégré le titre dans le portefeuille après l’avoir cédé vers 140 euros lors de sa dernière envolée. Le titre souffre à mes yeux de deux handicaps : d’une part son évolution semble un peu « coiffée » à chaque bonne nouvelle par les allègements de positions d’actionnaires historiques et d’autre part, le groupe doit encore franchir plusieurs étapes importantes avant même d’arriver à la phase commerciale.

Tradingsat.com : Quel est votre pronostic pour le secteur des biotechs françaises dans son ensemble au second semestre ?

Jean-Laurent Bruel : Pour paraphraser Oddo Securities, « 2014, déjà une année historique… et ce n'est pas fini », je suis convaincu que le marché français des biotechs va bénéficier dans les mois qui viennent d’un flux d’annonces très porteuses qui confirmeront définitivement son avènement en tant que secteur à part entière. Les biotechs sont souvent caricaturées, présentées comme un investissement des plus risqués, mais vous verrez que, à terme, ceux qui se méfient de ce qu’ils considèrent comme des dossiers spéculatifs, finiront par s’intéresser à ces sociétés qui sont peut-être les « Sanofi » de demain. J’en suis persuadé.

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