(BFM Bourse) - Alors qu'une tendance claire peine toujours à se dégager sur le CAC 40, l'utilisation du levier peut s'avérer utile pour dynamiser la performance d'un portefeuille, ou se couvrir en cas d'accident sur les marchés. Des outils tels que les warrants ou les turbos, adaptés à tous les scénarios, peuvent ainsi efficacement compléter une allocation d'actifs, comme l'explique Olivier Gentier, responsable vente et marketing des produits de Bourse à la Société Générale.
Tradingsat.com : Qui sont les clients types des warrants et des turbos ?
Olivier Gentier : Des investisseurs assez actifs en Bourse, des particuliers ou bien des gérants privés en gestion conseillée ou sous mandat. Dans une certaine mesure, le warrant tend à être considéré comme un produit de « spécialistes ». Son utilisation requiert de comprendre des notions telles que la volatilité implicite et la valeur temps, qui rendent le produit un petit peu plus technique, mais aussi plus stratégique. Le turbo est le produit phare des « day traders ». Les positions se tiennent sur quelques heures, quelques jours maximum, mais vous ne tiendrez pas sur un ou deux mois, ce n'est pas fait pour ça, alors que c'est possible avec des warrants.
Tradingsat.com : A quelles stratégies l'utilisation de warrants ou de turbos répond-elle ?
Olivier Gentier : Ce sont des produits à levier ou de dynamisation, qui permettent de miser sur la hausse ou à la baisse, en l'amplifiant. Mais leurs leviers ne sont pas de même nature. Les warrants, comme les turbos, peuvent servir pour dynamiser la performance d'un portefeuille, ou pour le couvrir contre la baisse.
Tradingsat.com : Comment fonctionne l'effet de levier dans les deux cas ?
Olivier Gentier : Les turbos reposent sur un levier dit « financier », construit synthétiquement par recours à l' « emprunt ». On prend position sur le sous-jacent, par exemple, l'indice CAC 40, sans payer l'intégralité du prix. Dans le cas d'un turbo call de prix d'exercice 3600 pts, acheté pour miser sur la hausse du CAC 40, les 3600 premiers points sont financés, reste seulement à payer l'écart par rapport au niveau actuel de l'indice, soit 200 pts pour un indice à 3800 pts. L'effet de levier se situe là : l'acheteur bénéfice de l'intégralité de la variation de l'indice alors qu'il n'en a payé qu'une petite part.
Avec le warrant, on entre dans le monde des options. Le levier est de type « optionnel ». En prenant position, vous vous réservez le droit en théorie d'acheter (pour un call) ou de vendre (pour un put), à une date donnée (échéance) à un prix fixé à l'avance (prix d'exercice) un sous-jacent, qui peut être un indice, une action, une matière première etc… La prime du warrant (son prix) va varier en fonction du temps qu'il reste avant l'échéance, et des variations du sous-jacent, deux variables qui déterminent la probabilité de réalisation de votre scénario.
Tradingsat.com : Quelle part occupe le risque dans ces produits ?
Olivier Gentier : Le risque se limite à la prime investie. C'est un vrai confort lorsque l'on veut monter une stratégie à levier, surtout si l'on compare avec d'autres outils, tels que les CFD, les Futures, ou les options, qui permettent de prendre des positions sur lesquelles le risque peut aller bien au delà de l'investissement initial. Pour appréhender ce risque, le possesseur d'un turbo doit avoir conscience que son produit comprend une barrière désactivante, qui correspond au prix d'exercice, ou « niveau d'investissement » (3600 dans l'exemple précédent) qui, dès qu'elle est franchit, fait perdre toute valeur au produit. En comparaison, le possesseur de warrant n'a pas à s'inquiéter si le sous-jacent franchit le prix d'exercice, mais il doit gérer le passage du temps et la volatilité implicite, qui influent sur la valeur de son produit.
Tradingsat.com : Qu'est ce qui va permettre de choisir entre un Warrant et un Turbo ?
Olivier Gentier : Ces produits vont convenir à des investisseurs qui font preuve d'une aversion à des risques différents. La maîtrise, la connaissance du produit, et donc du risque associé à chaque produit, sont extrêmement importantes. Mais bien sûr, il faut avoir au départ une appétence pour le levier. Dans un second temps, la pertinence de l'un ou l'autre des produits s'analyse en fonction des prix d'exercice, de l'échéance et des effets de levier disponibles au regard du scénario de marché.
Tradingsat.com : Les sous-jacents sont-ils aussi variés dans les deux catégories de produits ?
Olivier Gentier : Il y a une multitude de sous-jacents des deux côtés. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, 70 à 80% du marché des turbos se concentre surtout sur les turbos sur indices. Nous avons aussi développé une gamme de turbos sur devises et matières premières, ainsi que sur trackers Lyxor pour avoir accès aux pays émergents. On ne propose pas en revanche de turbos sur actions. Le « day trader » préfère généralement investir pour capter une tendance globale sur le marché en appliquant un effet de levier important (jusqu'à 40 fois), plutôt que de miser sur une action en particulier.
Tradingsat.com : Et pour les warrants ?
Olivier Gentier : Aujourd'hui, grosso modo, 60 à 70% des volumes sur les warrants se font sur le CAC 40, une vingtaine de pourcents sur les actions, et le reste sur les autres types de sous-jacents. Mais la part des actions en France remontent traditionnellement au delà de 50% lorsque la tendance sur les marchés repart à la hausse.
Tradingsat.com : Quelle est la méthode pour couvrir un portefeuille avec des warrants ou des turbos ?
Olivier Gentier : Pour calculer le nombre de turbos ou de warrants nécessaire à la couverture, il faut convertir son portefeuille en nombre d'indices. Un portefeuille de 38 000 euros représente l'équivalent de 10 indices pour un CAC 40 à 3800 pts. Si vous achetez des warrants ou des Turbos dont la parité est de 200, vous devrez acheter 200 x 10 soit 2000 warrants ou Turbos. Ensuite, les mécanismes diffèrent. Pour un Turbo de prix d'exercice 4000, vous neutralisez les variations de votre portefeuille face au marché jusqu'à 4000 pts, à la hausse comme à la baisse ; au-delà la couverture saute. Puis, si le marché baisse de 200 pts par exemple, la couverture permet de récupérer l'équivalent en cash. Mettre en place une couverture avec un warrant s'apparente à l'achat d'une assurance : vous payez pour vous prémunir d'un possible accident ; si l'accident survient d'ici l'échéance, vous touchez votre dédommagement moins la franchise.
Tradingsat.com : Comment vous positionnez vous par rapport aux politiques qui critiquent la vente à découvert ou qui veulent l'interdire ?
Olivier Gentier : Sans entrer dans le débat politique, nous ne faisons qu'offrir un service aux investisseurs. Certains recherchent du levier, d'autres utilisent nos produits pour couvrir un risque, nos instruments ne font que répliquer ce type de stratégie. Je rappelle d'ailleurs qu'en France, il est interdit de spéculer à la baisse sur les valeurs financières. Un investisseur qui achète un put warrant sur une valeur financière doit le faire dans le but de couvrir une position, et doit être capable de prouver qu'il détient bien les titres en cas de contrôle.
Propos recueillis par François Berthon
