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Xavier d’Ornellas : Correction intermédiaire ou "bear market" ?

Xavier d'OrnellasXavier d'Ornellas

(Tradingsat.com) - Faut-il voir la chute du marché durant les premières semaines de janvier comme une (violente mais) simple correction ? Comment envisager 2016 avec le plongeon du pétrole et les inquiétudes sur la croissance chinoise ? Les réponses de Xavier d’Ornellas, gérant associé et responsable du Pôle Flexible d’Amplegest.

Tradingsat.com : Comment analysez-vous la récente baisse du marché ?

Xavier d’Ornellas : En premier lieu, la chute du pétrole inquiète les marchés en raison du risque de liquidité globale en cas d’incapacité des pays émergents producteurs de pétrole à rembourser leurs dettes. De même, on peut craindre des faillites dans le secteur de l’exploration-production aux Etats-Unis, la situation se répercutant alors à l’industrie manufacturière, ce qui causerait un ralentissement que l’on constate déjà, alors même que la Fed a commencé à normaliser sa politique monétaire…

Tradingsat.com : La Chine semble aussi inquiéter les marchés, à raison ?

Xavier d’Ornellas : La Chine ralentit depuis un certain temps, elle est en bas de cycle, ce n’est pas un scoop. Pour les autorités chinoises, le moment était donc propice pour mener des politiques accommodantes de relance. Et c’est exactement ce qui se produit avec la réduction des taxes sur les achats d’automobile, les baisses de taux visant à remettre de la liquidité dans le système. Le seul véritable facteur d’instabilité est la façon dont la Chine va mener la politique d’internationalisation de sa monnaie, le renminbi. La communication sur la libre convertibilité de la monnaie est floue, ce qui peut alimenter un sentiment de méfiance chez les investisseurs.

Tradingsat.com : Sur la question de la menace sur la liquidité, quels sont les mécanismes à l’œuvre ?

Xavier d’Ornellas : Au fur et à mesure que le pétrole baisse, il y a un certain nombre de vendeurs naturels qui doivent compenser la baisse de leurs revenus, notamment tous les grands fonds souverains qui disposent de réserves qu’ils peuvent vendre. Ce faisant, ils accentuent la pression sur les marchés. Sachant cela, les acheteurs ne se précipitent pas pour acheter. Deuxièmement, les investisseurs s’interrogent sur les effets de la normalisation de la politique monétaire de la Fed, tandis que la communication de la BCE n’a pas été particulièrement convaincante en début d’année, ce qui a nui au marché du crédit et des obligations haut rendement.

Tradingsat.com : Les annonces faites le 21 janvier par Mario Draghi ont-elles répondu aux interrogations ?

Xavier d’Ornellas : Oui, parce que l’absence de communication avait pu laisser une impression de flottement face à la crise. Monsieur Draghi a donc joué son rôle en annonçant que la BCE reverrait en mars tous ses outils de politique monétaire. Il a en tout cas confirmé qu’il surveillait de très près ce qu’il se passait et qu’il était prêt à intervenir en temps utile et surtout « sans limite », de quoi justement rassurer sur la question de la liquidité.

Tradingsat.com : Peut-on envisager un rebond durable du marché ?

Xavier d’Ornellas : Pour l’instant, la baisse s’est arrêtée sur des seuils techniques très importants. Etant donné l’ampleur et la rapidité de la baisse, un rebond marqué est possible à très court terme. Ensuite, je pense que l’on devrait connaître une période de stabilisation assez prolongée après ce que l’on vient de vivre. Les investisseurs ne prendront pas de risque supplémentaire tant qu’ils n’auront pas de vision plus claire de ce que vont faire en mars la BCE et la Fed. En attendant, d’un point de vue macroéconomique, la situation ne nous inspire par d’inquiétude pour l’instant. L’amélioration de la situation s’accélère en Europe, c’est un fait avéré. Les premiers résultats d’entreprises tombent et sont plutôt bons, ce qui est moins le cas aux Etats-Unis où la tendance est à la dégradation de la dynamique des résultats.

Tradingsat.com : Selon vous, il faudra donc attendre le mois de mars pour y voir plus clair.

Xavier d’Ornellas : Pour envisager que les marchés remontent, il faut d’abord que s’opère un mouvement très net et continu de resserrement des spreads de taux. Lors de la récente accélération baissière du marché, juste avant le rebond, les spreads entre les taux des obligations d’Etat des pays d’Europe du Sud et les taux des pays d’Europe du Nord se sont réécartés brutalement. Ils ont depuis commencé à se resserrer. Le mouvement doit se poursuivre sur le marché de l’Investment grade et sur le marché du high yield, ce qui sera le premier signe de remontée de l’inclinaison au risque des investisseurs, le mouvement pouvant ensuite se propager aux actions.

Tradingsat.com : En termes de stratégie, êtes-vous très investis sur le marché actuellement ?

Xavier d’Ornellas : Dans le fonds flexible, le plus dynamique, nous sommes aujourd’hui investis à 60%, soit dans le milieu de notre fourchette d’investissement de ces dernières années. Nous avons davantage interprété la récente chute du marché comme une correction intermédiaire plutôt que comme un véritable « bear market ». Les vrais « bear markets » sont causés par une récession – mais vous ne le savez qu’après coup – et puis il y ceux, moins graves, provoqués par un événement. En l’occurrence cet événement est aujourd’hui double avec l’évolution du renminbi vers une monnaie flottante et l’effondrement du pétrole. Ce type de « bear market » est généralement assez court, n’oublions pas que le marché baisse depuis avril…

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