(BFM Bourse) - Le spécialiste des processeurs graphiques s'échange actuellement autour de 17 fois les bénéfices attendus, moitié moins qu'en 2025, selon les données de Bloomberg.
Cela peut sembler paradoxal mais Nvidia subit actuellement un déclassement en Bourse. Ou plus exactement un "derating", c'est-à-dire une dépréciation de son prix au regard de ses perspectives de résultats.
Pourtant, le spécialiste des processeurs graphiques (GPU), puces devenues incontournables pour donner la puissance de calcul nécessaires à l'entraînement et le développement des grands modèles de langage (LLM) d'intelligence artificielle (IA), reste de loin la plus importante capitalisation boursière au monde. C'est-à-dire l'entreprise dont les actions valent le plus chères en Bourse.
Nvidia vaut actuellement 5.513 milliards de dollars, soit 10% de plus qu'Apple. Par ailleurs, son cours actuel, autour de 228 dollars, n'est pas très éloigné de son record historique de 236,4 dollars, atteint en mai dernier. L'action Nvidia reste d'ailleurs en hausse de 22,5% sur 2026, surperformant le Nasdaq Composite (+17,11% sur la même période).
>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading
Hypercroissance
Toutefois, en Bourse, le prix d'une action s'apprécie au regard de la croissance future des ses résultats. Le thermomètre habituel du marché reste le multiple de bénéfice par action. Plus celui-ci est élevé , plus les investisseurs ont une opinion élevée de l'entreprise cotée et consentent à payer cher pour se positionner sur les perspectives de la société.
Or Nvidia connaît une hypercroissance de ses résultats, via l'incroyable demande de ses clients, pour beaucoup des "hyperscalers" (Oracle, Microsoft, Amazon, SpaceX etc…). Au deuxième trimestre de son exercice 2026-2027, ses revenus ont bondi de 106% et son bénéfice par action de 126%.
Autrement dit, son cours de Bourse doit connaître une progression très forte pour que la société puisse maintenir ses multiples boursiers.
Cela n'est pas le cas. S'appuyant sur ses données, l'agence Blomberg remarque ce mardi que l'action s'échange désormais seulement 17 fois les bénéfices attendus sur les douze prochains mois, moitié moins qu'a l'été 2025, lorsque sa croissance et ses résultats s'avéraient moins probants. Ce multiple est par ailleurs tombé à plus bas d'au moins 10 ans, d'après les données de l'agence.
"Le titre a subi une dépréciation assez importante, ce qui témoigne d’un scepticisme marqué quant à la pérennité de la capacité bénéficiaire actuelle de l’entreprise", a déclaré à Bloomberg Eli Horton, gestionnaire de portefeuille senior spécialisé dans les actions thématiques et les actions à croissance durable chez TCW. "La performance du titre est surprenante, compte tenu de ses fondamentaux exceptionnels, mais elle montre que le marché a des attentes inférieures à celles du consensus (la prévision moyenne des analystes, NDLR) actuel", poursuit-il.
Deutsche Bank rappelle que Nvidia a récemment indiqué tabler sur une croissance pour son prochain exercice, celui clos début 2028, de plus de 70%, alors que les analystes attendaient plutôt une croissance de 45%. Cette annonce, livrée fin août, avait rassuré un marché inquiet des perspectives de moyen terme du groupe, le titre prenant 8,7% sur une séance.
Un milliard de dollars de cash par jour
Toutefois, la marge brute du groupe souffre, pénalisée par la flambée des coûts des puces mémoires.
"Nvidia a revu à la baisse ses prévisions de marge brute, tablant désormais sur une fourchette de 71% à 72 % pour le quatrième trimestre de son exercice clos en 2027 et de 72% à 73 % pour l'exercice achevé 2028, en raison de la hausse des coûts de la mémoire", écrivait ainsi Bank of America en août.
"Le principal frein à l’IA n’est plus de trouver des clients, mais de disposer de suffisamment de mémoire. Cette tension commence à peser sur les marges, désormais attendues entre 71% et 72 % au plus bas avant de remonter avec les futures hausses de prix", abondait alors Josh Gilbert d'Etoro.
Le groupe devrait toutefois être en mesure de dégager des liquidités importantes avec le boom de son activité, ce qui pourrait entraîner une réappréciation de ses multiples boursiers.
"D'ici l'année prochaine, NVDA pourrait générer près d'un milliard de dollars PAR JOUR de flux de trésorerie disponible, ce qui lui donnerait une marge de manœuvre plus que suffisante pour honorer ses engagements envers l'écosystème ET pour consacrer une somme importante au soutien de son action", projette Bank of America.
"Nvidia n’est plus seulement un fabricant de puces : l’entreprise est devenue la couche d’infrastructure sur laquelle repose l’ensemble du développement de l’IA. C’est probablement l’aspect de son modèle économique que les concurrents ont le plus de mal à reproduire. Amazon s’est notamment engagé à acheter 2 millions de GPU supplémentaires sur les deux prochaines années, tout en développant ses propres puces. La concurrence existe bel et bien, mais personne n’a encore trouvé comment contourner Nvidia", juge pour sa part Josh Gilbert.
David Russell, chef de la stratégie de marché chez TradeStation s'attend au contraire à ce que la concurrence s'intensifie, car les clients de Nvidia veulent réduire leurs dépendances, détestant les situations de monopole.
"Les entreprises souhaitent réduire leur dépendance vis-à-vis de Nvidia ; il est donc tout à fait envisageable que sa position sur le marché s'affaiblisse avec le temps, ce qui signifie que les marges brutes ont plus de chances de baisser que de s'améliorer, ce qui constitue un problème majeur pour les investisseurs", a-t-il déclaré à Bloomberg.
"Les multiples (boursiers, NDLR) augmentent lorsque les entreprises sont bien positionnées et ont un potentiel de progression, ce que Nvidia n'offre pas", juge encore le spécialiste de marché.
Selon Bloomberg, les faibles multiples de valorisation du groupe avaient poussé son emblématique directeur général, Jensen Huang, à affirmer, lors d'une conférence organisée par Goldman Sachs en septembre, que sa société était "incroyablement mal comprise".
